Histoires de fantômes chinois (Ching Siu-Tung, 1987)

de le 31/01/2008
 
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Cela fait plus de vingt ans déjà qu’est sorti ce monument appelé Histoires de fantômes chinois! À l’époque le film a fait le tour des festivals du monde entier, récupérant de nombreux prix un peu partout, mais il a surtout lancé la vague du cinéma « asiatique » sur l’occident. Un nouveau cinéma exotique et virevoltant était en train de naître et paradoxalement, comme souvent, le succès à Hong Kong n’a pas vraiment été au rendez-vous. Pourtant le film entre tout à fait dans l’impulsion de la Film Workshop à cette époque là, c’est à dire apporter une relecture moderne de légendes du passé et révolutionner à sa manière une industrie au ralenti. C’était le nouvel âge d’or, au moins sur le plan artistique, de Hong Kong pour les dix années à venir.

La magie de ce premier Histoires de fantômes chinois tient dans une alchimie quasi-parfaite entre les différents et nombreux intervenants porteurs de ce projet unique : Tsui Hark à la production (et qui voulait/devait se racheter après l’échec cuisant de Zu, les guerriers de la montagne magique), Ching Siu-tung à la réalisation (seulement 2 films au compteur en tant que réalisateur à l’époque: le sublime Duel to the Death et Le Sorcier du Népal avec Chow Yun-fat, mais chorégraphe déjà plus que confirmé), le regretté James Wong à la musique et 2 jeunes acteurs prometteurs (Joey Wong et Leslie Cheung, qui deviendront les immenses stars que l’on sait). Le tout pour aboutir sur une oeuvre essentielle, inoubliable, divertissante et en même temps métaphorique. Du cinéma populaire intelligent en somme.

Il est difficile de dire à quel genre appartient le film… mélange de romance, de fantastique, de kung-fu avec un zeste de comédie! De la kung-fu comedy mais pas seulement. Mais ce qui est certain c’est que la réussite artistique de l’ensemble est telle qu’elle a engendrée une quantité phénoménale de copies plus ou moins réussies. Histoires de fantômes chinois est une oeuvre pleine de poésie macabre, d’amour impossible, une véritable tragédie si on s’amuse à creuser les thématiques. Il rejoint d’ailleurs le meilleur de l’oeuvre de Tim Burton sur certains points. C’est aussi une expérimentation de tous les instants pour Tsui Hark et Ching Siu-tung qui ont été plus que marqués par les réussites que sont La Guerre des étoiles (pour l’utilisation des SFX) et Evil Dead (pour la façon de bouger la caméra, la shakycam chère à Sam Raimi) et souhaitent imposer ces nouveautés dans l’industrie locale.

Les scènes d’action sont nombreuses et dépassent l’imagination avec des chorégraphies démentielles superbement mises en scènes dans le style inimitable du cinéma KH des années 80-90. Mais ce qui reste en mémoire c’est l’émotion. Ces instants de rare beauté entre Leslie Cheung et Joey Wong (la scène du baiser dans le bac rempli d’eau donneraient presque des frissons). Ces jeunes acteurs donnent vie à ce jeune lettré et cette fantôme qui n’appartiennent pas au même monde alors que l’amour qui les lie est immense. En poussant la réflexion, il apparaît comme évident qu’ils se font les représentants de Hong Kong et de la Chine, 10 ans avant la rétrocession.

[box_light]Classique instantané, chef d’oeuvre en puissance qui n’a pas pris une ride, fer de lance d’un septième art en pleine ébullition, Histoires de fantômes chinois est un film symbole d’un cinéma et d’une époque révolus mais qui ont façonné le divertissement populaire pendant 10 ans. À consommer sans modération bien sur, sachant qu’il ne fait pas ses 20 ans malgré des effets parfois très cheap.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour se protéger d'une averse torrentielle, Ning Thaisen, collecteur des impôts, trouve refuge dans le temple Lan Ho, monastère réputé pour être hanté. Là, il fait la connaissance de l'étrange moine Yen Chek Hsia et de la sublime Li Siu-See dont il tombe follement amoureux. Bientôt le trio est victime de créatures fantomatiques et va se retrouver plongé dans l'Au-delà pour y affronter des bataillons de spectres.