Hell Driver (Patrick Lussier, 2011)

de le 18/03/2011
 
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Que peuvent bien avoir en commun le fameux Dracula 2001 avec Gerard « This is Sparta » Butler, le sombrement anecdotique La voix des morts – La lumière et le vilain remake de Meurtres à la St Valentin en 3D? Ce sont les trois précédents attentats nanardo-filmiques du canadien Patrick Lussier, monteur de profession pour nombre de films de Wes Craven (Freddy sort de la nuit, Scream, Cursed, Le Vampire de Brooklyn, ses meilleurs) et pour divers films de genre en général, dont le Mimic de Guillermo Del Toro (enfin, de Miramax…). C’est dire si on ne l’attendait pas vraiment son Hell Driver « tourné en 3D », et ce malgré la présence de la sublime Amber Heard et du génial Nicolas Cage (point de vue totalement subjectif mais assumé). Pourtant, avec ses faux airs de production grindhouse, une des bandes annonces parmi les plus jouissives diffusées ces derniers temps, et une cool attitude largement revendiquée, ce Hell Driver est devenu un petit espoir de passer un vrai bon moment régressif au cinéma, dans la voie de Machete, à savoir faire du bis, voire du Z, avec un budget confortable derrière. À l’arrivée il y a un peu de ça, mais pas totalement, et pas seulement. Hell Driver c’est un grand n’importe quoi incroyablement con, à un point presque inimaginable pour une production de cette ampleur. Mais c’est assez sympa, ou pas.

Le plaisir ressenti devant Hell Driver est bien réel. Un plaisir immédiat, éphémère, et un brin coupable. On ne peut nier de prendre son pied devant le faux amateurisme général, les éclats gores avec bouts de chair en 3D lancés vers notre visage, les dialogues excessivement cons ou les séquences complètement barges. C’est un fait, le côté nanar peut emporter l’adhésion. Il y a un ton particulièrement jouissif développé, mais sans doute trop pour être tout à fait honnête. Ce road movie bisseux, qui bouffe à tous les râteliers et peu importe leur qualité, de Boulevard de la mort à Ghost Rider en passant par Terminator, se résumerait presque en une seule scène. Moment clé, où tous les enjeux dramatiques (tout est relatif, attention) se dévoilent: un gunfight dans une chambre d’hôtel crasseuse, en ralenti façon The Killer de John Woo, mais où le romantisme cède sa place à la vulgarité, éliminant la justification de l’effet de style. Dans cette séquence on assiste pantois à la démonstration d’un Nicolas Cage butant tous ses agresseurs avec un flingue dans une main, une bouteille de whisky dans l’autre, tout en continuant à pilonner la pétasse rencontrer au bar dans la scène précédente. Un modèle d’étalage de mauvais goût qui symbolise tout l’esprit de Hell Driver.

Monté sur un scénario prétexte à un étalage de barbaque et de punchlines tellement écrites pour devenir cultes qu’elles tombent à plat ou provoquent un rire gêné, Hell Driver est aussi jouissif que malhonnête au final. Cette crétinerie abyssale on peut très bien l’excuser à une petite production au budget ridicule portée par l’ambition de faire du cinéma barge, décérébré mais passionnée. C’est plus difficile avec un film qui bénéficie de 50 millions de dollars qui sont sans doute tous partis dans les cachets du casting. Le scénario de Hell Driver (écrit par le tâcheron Todd Farmer) ? Minable, simple prétexte à un étalage de scènes qui jouent à fond la carte de la pose héroïque. Il y a une telle recherche permanente de l’image culte qu’on ne peut pas croire à la sincérité du projet, c’est impossible. Mais c’est tellement crétin, tellement too much, que ce petit plaisir malsain est tout de même bien présent. D’autant plus qu’il y a bien une poignée de scènes qui valent leur pesant de cacahuètes, même si elles n’ont finalement pas grand chose d’original. Par exemple, les scènes d’introduction et conclusion sont formidables. Mais entre temps il y a à boire et à manger, et tout ne laisse pas un goût agréable.

Un des gros échecs de Hell Driver est d’avoir confié la réalisation du machin à Patrick Lussier. Dénué du moindre talent pour la mise en scène, cherchant l’effet tape à l’oeil plutôt que la construction d’une image sensée, il ne possède pas non plus le grain de folie qui aurait été bienvenu pour que le film dépasse la simple blague de mauvais goût. Dans d’autres mains, il y avait clairement le matériel pour faire quelque chose de dingue (on risque de voir ce que ça aurait pu donner avec Ghost Rider 2 du duo Neveldine/Taylor, de vrais artistes aussi fous que doués) mais là c’est tout de même excessivement faible techniquement, à l’image des SFX limite honteux compte tenu du budget. Donc ça baise, ça flingue, ça saigne, ça explose, ça transpire l’alcool et la cool attitude, mais tout ça sans véritables fulgurances cinématographiques. Et si on pleure encore d’y voir une Amber Heard si pudique et transparente, la classe de William Fichtner, la composition en roue libre de Billy Burke et la nonchalance totale de Nicolas Cage y sont pour beaucoup dans le petit plaisir déviant que constitue Hell Driver, à défaut de marquer les mémoires.

[box_light]Hell Driver c’est sans doute ce qu’Hollywood a produit de plus crétin depuis des années. Con, vulgaire, globalement moche et pas vraiment sincère, il n’empêche que le nouveau film du tâcheron Patrick Lussier provoque parfois un réel plaisir déviant. Le tout à condition d’éprouver de l’émotion devant des morceaux de corps humain voler dans les airs en relief. Mais avec un minimum d’objectivité c’est tout de même mauvais et très Z à l’écran. Autant dire qu’on peut craindre le pire pour Halloween III…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Milton est prêt à tout pour rattraper les fanatiques qui ont assassiné sa fille et kidnappé le bébé de celle-ci pour le sacrifier à la prochaine pleine lune. Avec la séduisante Piper, il se lance à la poursuite de Jonah King et ses adeptes, du Colorado à la Louisiane. Pourtant, le chasseur pourrait bien devenir le gibier… Un homme mystérieux aux pouvoirs surnaturels, le Comptable, est lui-même à la recherche de Milton. Alors que la route devient le théâtre d’une véritable vendetta, une course-poursuite en cache une autre. Milton pourra-t-il rattraper King avant que le Comptable ne lui mette la main dessus ? Carburant à la rage et au bolide, Milton va poursuivre sa mission. Il n’a que trois jours…