Harry Potter et les Reliques de la Mort : 2ème partie (David Yates, 2011)

de le 14/07/2011
 
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10 ans déjà, et 8 films au total, que la saga Harry Potter a transformé un phénoménal succès littéraire en raz de marée au box-office cinématographique mondial. Les chiffres donnent le tournis, à peu près 4.5 milliards de dollars de recettes, c’est colossal. Pour relativiser la chose, il suffit d’observer que le meilleur épisode de la saga, Harry Potter et Le Prisonnier d’Azkaban, a réalisé le plus petit score et reste le plus mal-aimé des fans qui n’ont pas pardonné à Alfonso Cuarón de maltraiter le matériau de base mollasson pour en faire un vrai film de cinéma. Sans ouvrir à nouveau cet éternel débat qui ne devrait pas en être un, qu’importe la fidélité d’un film au roman dont il est tiré si le film est bon. En l’occurrence, l’exemple Harry Potter est magnifique car le seul film qui s’en affranchit est le seul grand film de la série. Quoiqu’il en soit, c’est à David Yates, aux commandes depuis le plutôt pas mauvais, même si oubliable, Harry Potter et l’ordre du Phénix, qu’incombe la lourde tâche de conclure une saga qui aura accompagné une bonne partie du jeune public (toujours moins regardant, et aujourd’hui adolescent en toute logique) pendant de longues années. Et s’il avait franchement réussi la première partie de sa conclusion, malgré de gros passages à vide, il peine à lui mettre un point final avec cette seconde moitié incroyablement bancale dans sa construction. Mais il parait que les fans sont aux anges…

Oui car ce final est soit-disant « fidèle » au roman et que toutes les tares doivent donc lui être pardonnées. Sauf que non, il va falloir arrêter avec cette réflexion indigne de soit-disant amateurs de cinéma. Harry Potter et les Reliques de la Mort: partie 2 possède de vraies qualités, et déclarer le contraire serait injuste, mais il est à des années lumières de ce qu’on pouvait attendre pour achever une aventures longues de 11 ans. Le pont entre la première partie et la seconde est brutal. En effet, quand le film précédent ouvrait enfin le décor pour laisser vivre les personnages au grand air tout en les lançant dans une fuite permanente, la suite referme à nouveau. Retour à l’école donc, et retour à une imagerie bien connue et qui a fait ses preuves. Harry Potter et les Reliques de la Mort: partie 2 est un beau produit de studio sans âme donc l’objectif est assez clair : conclure la saga et rattraper les échecs commerciaux des prises de risque de l’année en cours, avec en tête Sucker Punch. Et si au passage on peut émouvoir les amoureux du sorcier et leurs oeillères qui les empêchent de voir des erreurs grossières, tant mieux. Ainsi, ce dernier opus est un modèle de construction scénaristique ratée de A à Z dans lequel la moindre séquence est désamorcée dès qu’elle commence à prendre de l’ampleur. C’est assez agaçant car cela élimine toute fluidité dans le récit qui ressemble à une succession bâtarde de petites scènes collées les unes aux autres sans trop savoir comment les lier. À vrai dire on ne peut même plus parler d’ellipses à ce niveau, mais c’est sans doute à cause d’un matériau de base trop dense dans lequel le scénariste n’ose pas couper de peur de se mettre les fanboys à dos, à tord.

[quote]Une conclusion incroyablement mal construite pour une saga trop rarement séduisante.

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Mais passons, il y a toujours eu de sérieux soucis de rythme dans la saga Harry Potter. David Yates a de l’ambition, à défaut d’un quelconque talent, et ce film en est la preuve. L’ambition d’opérer un retour aux sources tout en illustrant un monde définitivement transformé, l’ambition de mêler le drame intime et la fresque épique, celle essentiellement de conclure sur une belle note. Les intentions c’est bien, le résultat c’est mieux, et c’est là que tout cela pose problème. Avec ses sérieux soucis de rythmique, l’aventure humaine et spectaculaire ne trouve jamais le ton, et c’est bien dommage car de belles choses sont amorcées mais avortées aussitôt ou presque. Sans entrer dans les détails, le duel tant attendu ne tient pas ses promesses. Et sur l’intime ce n’est pas nécessairement mieux avec une absence d’émotion assez incroyable compte tenu des enjeux. Des personnages disparaissent et on s’en fout royalement tant les évènements trop nombreux sont balayés en un ou deux plans. C’est le syndrome du scénariste appliqué qui veut à tout prix intégrer les moments forts pour le lecteur (un baiser, une mort, une ligne de dialogue…) mais ne se rend pas compte qu’il ruine le récit de cinéma. Et pour prendre un point de comparaison, par essence défavorable à Harry Potter, il suffit de se remémorer la superbe conclusion du Seigneur des anneaux, quand Le Retour du roi nous submergeait d’émotion et nous faisait les adieux les plus majestueux à un univers qu’on avait parcouru pendant plusieurs années. Simplement car le film alliait scénario brillant et mise en scène flamboyante pour arriver au but, ce qui n’est pas le cas ici.

Tout le monde est très appliqué pourtant, des acteurs à fond dans le rôle de leur vie à David Yates qui essaye de se surpasser et cherche toujours le gros morceau de bravoure de sa carrière. La photographie d’Eduardo Serra est toujours aussi belle pour illustrer l’univers de dark fantasy flirtant avec le post-apocalyptique, la composition d’Alexandre Desplat ne manque pas d’ampleur, mais l’ensemble donne l’impression d’un gâchis. Comme s’il fallait se débarrasser de ce final en y mettant tous les éléments attendus par les fans mais sans prendre le temps de les disposer correctement. Dommage car au sein même du récit il y a de belles choses dévoilées sur les personnages, ainsi que des propositions intéressantes sur le plan visuel (une séquence avec des flammes particulièrement réussie ou de brèves visions d’invasion) mais l’ensemble s’avère juste acceptable et pas passionnant pour un sou. On ne s’attardera pas sur la post-conversion en 3D, purement gadget et mercantile, n’apportant rien en terme de cinéma. C’est bien de s’adresser aux fans, mais ils ne sont pas les seuls à aller au cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans la 2e Partie de cet épisode final, le combat entre les puissances du bien et du mal de l’univers des sorciers se transforme en guerre sans merci. Les enjeux n’ont jamais été si considérables et personne n’est en sécurité. Mais c’est Harry Potter qui peut être appelé pour l’ultime sacrifice alors que se rapproche l’ultime épreuve de force avec Voldemort.