Harry Potter et les Reliques de la Mort : 1ère partie (David Yates, 2010)

de le 15/11/2010
 
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Après le Prince de Sang-Mêlé, sixième épisode tout simplement calamiteux qui avait le mérite de réévaluer les sitcoms d’AB Production à la hausse, on n’attendait plus grand chose de la saga Harry Potter, d’autant plus quand l’annonce fut faite d’en redonner les rênes à David Yates, coupable du précédent film et de l’Ordre du Phénix. Après l’abandon judicieux de la 3D et la décision d’en faire deux films plutôt qu’un, autant pour faire repasser le spectateur à la caisse que pour ne pas couper trop gras dans le roman, Harry Potter et les reliques de la Mort, première partie en attendant la suite dans 8 mois, débarque sur les écrans dans quelques jours. Et si l’auteur de ces lignes n’a lu aucun des romans – si vous cherchez une comparaison ou savoir si l’adaptation est fidèle vous pouvez passer votre chemin – il faut avouer que la campagne de promotion de ce chapitre final avait de quoi faire saliver. Des bandes annonces efficaces, une galerie d’affiches tout simplement sublimes dans la noirceur affichée, c’est suffisant pour occulter un temps le nom du réalisateur et s’intéresser de plus près à la chose. Et au final, à la sortie de la salle, une seule chose s’impose: Harry Potter et les Reliques de la Mort est sans le moindre doute le meilleur opus de la saga, après bien sur le redoutable Prisonnier d’Azkaban d’Alfonso Cuaron, grand film et matrice visuelle pour toutes les suites. Mais meilleur film que les autres ne rime pas forcément avec grand film, et ces Reliques de la Mort se voient handicapées par des défauts tout de même assez agaçants.

Pour une fois il n’y a pas mensonge sur ce qui attend le spectateur. En effet ce septième épisode d’Harry Potter est sans doute possible le plus noir de la saga. Noir à l’image bien entendu, David Yates reprenant à son compte l’esthétique de dark fantasy imprimée à la série par Cuaron, mais surtout noir dans le propos. Et qui dit noir dit adulte. Les personnages ont grandi et ont définitivement troqué leurs sourires d’enfants émerveillés contre le masque du désespoir. Pour tous le chemin qui a été parcouru depuis le début de l’aventure a laissé des traces indélébiles, et cela se ressent dans les Reliques de la Mort, nouveau film de la rupture après le 3ème et le 6ème. Rupture car le décor merveilleux de Poudlard est complètement abandonné. L’univers magique et féerique qui y régnait laisse sa place à un monde extrêmement sombre tandis que les personnages se retrouvent embarqués dans une quête qui prend rapidement des allures de fuite continue.

Il semblerait que le personnage mort à la fin du Prince de Sang-Mêlé, sorte de symbole du bien, ait laissé derrière lui un monde dévasté que vont parcourir Harry, Ron et Hermione dans ce qui prend la forme inattendu d’un survival. Il s’agit sans doute de la même chose que dans le roman mais il se dégage d’HP7 un sentiment d’urgence qui atteint parfois des sommets. Ainsi on se surprend à y retrouver des éléments typiques des films de zombies nouvelle génération tels que 28 Jours Plus Tard, dans le rythme imprimé et dans cette sensation d’un monde où le mal peut frapper n’importe où et n’importe quand. Bizarrement on pense aussi au Seigneur des Anneaux pour cette quête d’objets magiques, le film de Peter Jackson étant carrément cité lors d’une séquence où Harry décide de partir assumer son destin tout seul. Mais si tout ça c’est bien beau, si on sent quelques pistes du récit se recouper enfin, si on a le plaisir de retrouver certains personnages, il n’empêche que David Yates a un mal fou à maintenir le rythme de son film qu’il plombe en étirant ses scènes plus que de raison tout en tombant dans cette sale manie de la répétition, comme s’il fallait à tout prix remplir 2h30 de film. Et à côté de ces problèmes déjà majeurs, il y a le fait qu’il s’agisse d’un demi-film, et que c’est agaçant.

Forcément des personnages sont sacrifiés, et comme par hasard ce sont les plus intéressants, à savoir Lord Voldemort, Bellatrix Lestrange et le professeur Rogue qui n’héritent que de peu de scènes. Tout est concentré sur le trio en fuite et sur leurs sentiments ambigus les uns envers les autres, et il s’agit là d’une décision à double tranchant. Toutefois cela donne lieu à plusieurs séquences intéressantes et justement très adultes dans le ton, notamment sur la symbolique de la baguette qui prend une telle ampleur qu’elle devient symbole clair et net de masculinité et donc de pouvoir. Et de voir comment évoluent ces 3 personnages tantôt castrés, tantôt retrouvant leur pouvoir, en même temps qu’ils doivent assumer leur destin, s’avère être une des meilleures idées du film. Visuellement pas de miracle, David Yates est toujours un metteur en scène relativement peu inspiré mais qui a le mérite de tenter des choses nouvelles. Ceci dit, dès qu’il se frotte à des pointures telles que Mel Gibson ou Juan Carlos Fresnadillo dans des séquences de courses à travers les bois, la comparaison fait assez mal à l’anglais qui ne s’avère être qu’un simple faiseur et non un artiste de l’image. Sans surprise également l’ensemble du casting assure dans la continuité, ni mieux ni moins bien, mais leur évolution parait naturelle. Quant aux nouveaux venus, c’est un plaisir sans nom d’écouter la partition d’Alexandre Desplat et de croiser les trognes de Bill Nighy et Rhys Ifans.

[box_light]Il faut encore attendre quelques mois pour juger définitivement la conclusion de la saga Harry Potter mais cette première partie est une excellente surprise. On n’attendait plus rien de David Yates, il fait pourtant très bien son boulot de yes-man en livrant le film le plus adulte et désespéré de la saga, un mélange assez habile d’aventure épique et d’urgence mortelle typique d’un survival. C’est noir, très noir même, et ça serait excellent s’il réussissait à maintenir un rythme continu. On s’ennuie parfois beaucoup mais on s’attendait à tellement pire. Et on s’imagine le chef d’oeuvre que cela aurait pu devenir si Guillermo Del Toro s’en était occupé…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Le pouvoir de Voldemort s'étend. Celui-ci contrôle maintenant le Ministère de la Magie et Poudlard. Harry, Ron et Hermione décident de terminer le travail commencé par Dumbledore, et de retrouver les derniers Horcruxes pour vaincre le Seigneur des Ténèbres. Mais il reste bien peu d'espoir aux trois sorciers, qui doivent réussir à tout prix.