Hara-Kiri : Mort d’un samouraï (Takashi Miike, 2011)

de le 15/10/2011
 
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Après Venise, Takashi Miike s’invite en compétition officielle au Festival de Cannes. Signe que l’apocalypse est proche? Que le festival s’ouvre aux films foutraques du trublion japonais? Non, rien de tout ça. Takashi Miike a simplement trouvé sa place parmi les auteurs. Il était temps! Lui, le réalisateur à l’oeuvre si dense, où les chefs d’oeuvres côtoient les nanars, il est enfin « reconnu ». Il faut dire que le récent succès critique de 13 assassins n’est sans doute pas étranger à cette sélection, ses films les moins barges ayant tendance à disparaître des esprits de la presse, à moins qu’ils n’aient jamais vraiment été mis à l’honneur, ou vus. Quoi qu’il en soit, Hara-Kiri : Mort d’un samouraï est un évènement à différents niveaux, en plus du point précédent. Tout d’abord il s’agit du premier film de Takashi Miike tourné en 3D, le réalisateur considérant à juste titre la technologie comme un outil révolutionnaire plus que comme un gadget. Mais c’est aussi, et surtout, l’entreprise suicidaire de faire un remake d’un des plus grands classiques japonais, un modèle de chambara qui n’en était pas tout à fait un (un seul vrai combat au sabre dans le final, c’est tout) et une puissante réflexion sur le ridicule de la féodalité, plus qu’une simple histoire de vengeance. Il est d’ailleurs étonnant de voir que Takashi Miike considère le chef d’oeuvre de Masaki Kobayashi comme une oeuvre extrêmement simpliste.

Il y aura deux publics devant Hara-Kiri version Miike. D’un côté le spectateur vierge qui n’a jamais vu le monument original ou ne l’a plus en mémoire, et de l’autre celui qui l’a très bien en tête. Deux publics pour deux approches et réactions totalement différentes vis à vis de l’oeuvre présente. Là où les seconds auront de grandes chances d’être émerveillés par ce récit stupéfiant de vengeance mêlé à une habile et poétique satire du bushido, les premiers risquent fort de crier à l’imposture. En effet, à quelques détails près au niveau de la narration, Le Hara-Kiri de 2011 est exactement le même que celui de 1962, un calque parfois agaçant puisqu’il efface, par son mimétisme, toute progression dramatique pour quiconque a l’original en tête. Les différences se ressentent pourtant, et si elles sont de l’ordre du détail, elles ont leur importance. À vrai dire le récit du film de Miike est beaucoup moins percutant que celui de Kobayashi car il dévoile bien plus tôt des éléments essentiels à travers d’autres personnages que le ronin. Il détruit ainsi une des grandes qualités de l’original, son déroulement dramatique rempli de surprises et qui voyait le regard du spectateur évoluer constamment vis-à-vis des évènements. Par conséquent, Hara-Kiri : Mort d’un samouraï se rapproche plus de l’exercice de style façon Psycho de Gus Van Sant, en moins extrême car il varie tout de même les compositions des plans. Mais c’est clairement un ovni, une expérience de cinéma qui mérite d’être vécue car elle reste inédite, ne serait-ce que dans la folie furieuse du projet. Car Takashi Miike, s’il passe à côté du message original tout en refaisant presque le même film (et son erreur est traduite par le traitement réservé à l’armure symbolique, pas souillée chez Miike), n’en sort pas moins une sorte de bijou expérimental pour lui.

Il retrouve un récit comme il les affectionne, avec beaucoup de dialogues pendant la majorité de la durée, ponctués d’une séquence « choc » pour aboutir sur un final grandiose. En gros il nous caresse dans le sens du poil et nous apaise avant de nous assommer le temps d’une conclusion phénoménale. Mais là encore, il suffit d’avoir vu le film original pour le savoir à l’avance. Reste qu’il impose avec Hara-Kiri une esthétique presque nouvelle pour lui, extrêmement posée et héritière des grands maîtres japonais. Lui l’agitateur aux accents épileptiques, lui qui brisait le rythme de ses films en leur appliquant une loi du chaos, lui qui manipulait l’image, il signe un film classique qu’on qualifie d’expérimental. Car c’est bien le cas, par le mouvement extrêmement élégant qu’il applique à des cadres attendus, par sa fine utilisation de la 3D qui s’impose au fur et à mesure que le récit avance, par la symbolique qu’il invoque et la maîtrise absolue de sa mise en scène, Takashi Miike signe une expérience rare. Et si comparé avec l’original il s’avère plus faible sur tous les tableaux, jusqu’aux acteurs, Hara-Kiri est un objet de cinéma fascinant et couillu, porté par la sublime composition de Ryuichi Sakamoto.

[box_light]Il convient de saluer au moins deux choses avec Hara-Kiri. Le respect absolu de Takashi Miike par rapport au monument original et le courage de l’entreprise d’un tel remake. Pour le reste, il y a de quoi être désarçonné par cette proposition de cinéma à la fois stupéfiante et bâtarde. On est entre la copie futile et l’expérience totale, et le ressenti face à cette oeuvre d’une classe folle dépendra essentiellement du rapport du spectateur au Hara-Kiri de Masaki Kobayashi. Mais il serait idiot de nier qu’il y a la poésie du grand cinéma là-dedans.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Voulant mourir dignement, un samouraï sans ressources, Hanshiro, demande à accomplir un suicide rituel dans la résidence du clan Li, dirigé par le chef Kageyu. Essayant de décourager Hanshiro, Kageyu lui conte l’histoire tragique d’un jeune ronin, Motome, venu récemment avec la même requête. Hanshiro est traumatisé par les détails horrifiants du sort qui fut réservé à Motome mais il persévère dans sa décision de mourir dans l’honneur. Au moment de se faire hara-kiri, il présente une ultime requête : il désire être assisté dans son acte par trois lieutenants de Kageyu, qui sont absents tous les trois, par une étrange coïncidence. Méfiant et furieux, Kageyu demande à Hanshiro de s’expliquer. Ce dernier révèle ses liens avec Motome et livre le récit doux-amer de leurs vies. Kageyu comprendra bientôt que Hanshiro s’est lancé dans une épreuve de force. Les codes de la chevalerie des samouraïs s’en trouveront bousculés dans leurs certitudes, pour mieux réapparaître dans leur humanité.