Hansel & Gretel: Witch Hunters (Tommy Wirkola, 2013)

de le 08/02/2013
 
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Après une parodie grossière de Kill Bill et une comédie horrifique à base de zombies nazis plutôt fun, le norvégien Tommy Wirkola s’exporte pour une relecture du célèbre conte de Grimm. Sorte de Van Helsing mou du bulbe porté par un duo d’acteurs peu inspirés, par une narration désastreuse et une mise en scène au diapason, Hansel & Gretel: Witch Hunters s’adresse un peu trop ouvertement à un certain public adolescent avide de médiocrité, reposant sur 3 pauvres scènes d’action torchées à la va-vite, un humour beauf et un rythme aux abonnés absents. De quoi sérieusement réévaluer à la hausse Les Frères Grimm de Terry Gilliam.

De Tommy Wirkola, qui s’est également chargé du scénario, on pouvait légitimement attendre quelque chose de très con mais très amusant avec cette relecture d’Hansel et Gretel. En effet, son Dead Snow était par exemple plutôt fun, à défaut de s’imposer comme une totale réussite. Avec Hansel & Gretel: Witch Hunters, le bonhomme se prend un peu trop au sérieux et livre un film d’une platitude inattendue, à peine élevé par une poignée de séquences d’action qui amène enfin un semblant de rythme et une volonté de jouer la carte du gore bien graphique et frontal avec des débordements d’hémoglobine salvateurs, mais jamais dérangeants. Hansel & Gretel: Witch Hunters joue la carte de la fantasy pour adolescents avec une violence somme toute modérée, car tournée en dérision par ses excès, et une charte « cool » respectée du début à la fin, quitte à légèrement oublier de raconter une histoire. La conséquence logique de cet oubli volontaire est que le film a beau se sentir très fun, il est surtout très chiant, avec ses personnages insipides baladés d’un lieu à un autre sans véritable motivation, son absence d’enjeux autres que celui d’essayer vainement de procurer un plaisir basique au spectateur, et très laid.

HANSEL & GRETEL: WITCH HUNTERS

Hansel & Gretel: Witch Hunters s’ouvre sur quelques minutes qui laissent penser qu’il prendra le ton d’une fable déviante avant de plonger tête baissée dans une action décérébrée illusoire, car le film oublie ses promesses en une vingtaine de minutes. A ce titre, la toute première partie maintient l’illusion. Avec une direction artistique solide et des excès en tous genres, jamais vraiment transcendés par une mise en scène pantouflarde, on se prend presque au jeu de ces frères et sœurs devenus guerriers exterminateurs de sorcières. On en oublierait presque les maquillages hideux, les effets pas franchement réussis et les mouvements des personnages d’une bêtise hallucinante. Car pour plaire à son public, Hansel & Gretel: Witch Hunters joue une carte un peu débile, celle d’illustrer chaque apparition d’Hansel et Gretel, chacune de leur action, par des plans faussement iconiques qui effacent les personnages pour laisser place à des acteurs qui prennent la pose. Une pose voulue badass mais finalement assez ridicule tant la notion de danger n’est jamais présente dans le film. Ils ont beau sortir leurs grosses armes et éclater de la sorcière maquillée au burin tant qu’ils veulent, il est bien difficile de se prendre au jeu tant on se trouve face à un ersatz de Van Helsing, en plus décomplexé mais en tout aussi minable. D’autant plus que le récit prend ensuite une direction tortueuse du plus mauvais effet, signe que Tommy Wirkola oublie au passage qu’il avait prévu de livrer quelque chose de fun et saignant au profit d’une narration hoquetante cherchant par tous les moyens à créer une dramaturgie artificielle. Les vannes voulues cool ne passent pas, la violence n’est là que par intermittences et ne remplit jamais véritablement le cahier des charges, tandis que s’égrainent les minutes jusqu’à la libération finale. Une libération là encore décevante car malgré le gentil massacre orchestré pour l’occasion, on ne comprend pas grand chose à ce qui se déroule à l’écran et on ne peut pas y croire une seule seconde.

HANSEL & GRETEL: WITCH HUNTERS

Chaque séquence d’action est une aberration de montage et de mise en scène, donnant lieu à des scènes tout simplement incompréhensibles et surdécoupées. On comprend bien que Tommy Wirkola n’a pas d’autre choix que de jouer la carte du cache-misère avec des acteurs aux mouvements pachydermiques, mais le résultat à l’écran s’avère à peine regardable. D’autant plus que le film est en 3D et qu’elle est catastrophique. Hansel & Gretel: Witch Hunters en 3D peut quasiment se regarder du début à la fin sans lunettes tant le relief est inexploité et généralement relayé à l’arrière-plan, avec un avant-plan tout plat. Cheap jusque dans son utilisation de la technologie, Hansel & Gretel: Witch Hunters ne décolle jamais et fait peine à voir face à ses modèles, et notamment Blade auquel le film doit énormément jusque dans le design des costumes. La pauvre Famke Janssen semble errer sans but dans un rôle de bad girl extrêmement mal écrit jusqu’à la révélation finale sous forme de capillotractage intégral, Peter Stormare et sa moustache sont en roue libre, tandis que le soit-disant duo de choc formé par Jeremy Renner et Gemma Arterton ne fait jamais naître la moindre alchimie. Le premier a laissé sa coolitude au placard tandis que la seconde n’a jamais été aussi fade, voire ridicule lors de ses scènes de combat. De cette débâcle on ne retiendra que les petits excès gores rigolos, une bande-son métal plutôt réussie, un générique de fin haut en couleurs (et rythmé, enfin) ainsi qu’un personnage secondaire assez passionnant mais sous-exploité, le troll Edward, figure old school qui hérite de la seule vraie bonne scène d’action de tout le film. Une sacrée déception donc tant le film ne réussit même pas à s’imposer comme un divertissement fun et décérébré.

FICHE FILM
 
Synopsis

Liés par le sang, Hansel et Gretel ont aujourd’hui soif de vengeance, et ils s’en donnent à cœur joie. Pourtant, sans le savoir, ils sont désormais victimes d’une menace bien plus grande que leurs ennemis : leur passé.