Hana-Bi (Takeshi Kitano, 1997)

de le 13/03/2009
 
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Hana-Bi est le film qui a fait exploser la carrière de Kitano en occident, en partie grâce à son Lion d’or obtenu à Venise mais aussi grâce à sa simplicité et son message universel. Cet ancien flic, qui va perdre peu à peu toute notion de réalité, de bien et de mal, après deux épreuves tragiques qui vont le ronger, on ne peut que le comprendre. Se mettant une fois de plus en scène, une fois de plus dans un rôle quasi mutique qui va à l’extrême opposé de son image publique au Japon, où il joue un véritable clown de télévision, Kitano nous émeut jusqu’aux larmes, et ce sans artifice… Sans doute son plus beau film.

Première apparition devant la caméra pour Kitano après son accident de moto qui a failli lui coûter la vie et qui lui laissa la moitié du visage paralysée, Hana-Bi est un film véritablement émouvant, mais dans lequel nos émotions ne sont guidées ni par la mise en scène ni par la musique, tout le contraire d’un mélo lacrymal en fait, et d’autant plus puissant. Et pourtant la musique est fabuleuse, composée par Joe Hisaishi (surtout connu chez nous pour ses compositions pour Miyazaki mais qui travaille sur tous les films de Kitano depuis A Scene at the Sea jusqu’à Dolls), elle apporte une poésie et une mélancolie qui élèvent encore plus le film.

Pour ce qui est du casting, Kitano se donne le premier rôle et s’entoure de ses collaborateurs habituels. Il livre une prestation exemplaire (on pourrait dire comme à son habitude) malgré une économie de dialogues qui peut rebuter… On n’entend pas sa voix avant 1/4 d’heure et s’il prononce 10 lignes pendant le film c’est beau!

Kitano doit être le seul acteur au monde à réussir à faire passer autant d’émotions rien qu’avec son visage mais sans son regard qui est caché derrière des lunettes noires pendant tout le film. De son aveu, il ne souhaite pas que le spectateur soit guidé dans ce qu’il ressent. Il incarne à merveille cet homme qui se pose en symbole d’une société japonaise en pleine mutation. Il lâche tout et emmène sa femme avec lui dans ce qu’on voit de suite comme leur dernier voyage, loin de la ville pour profiter de choses aussi simples que la neige ou le bord de mer. En personnage naïf, Nishi veut donner à des choses toutes simples une importance vitale, comme ce matériel d’artiste qu’il envoie à son ami cloué dans un fauteuil, ou cet argent de la pègre qu’il redistribue autour de lui. On retrouve comme dans presque tous ses films la présence de yakuzas. ici ils ne sont pas au centre du récit mais viennent perturber le voyage et ramènent Nishi à la réalité.

La mise en scène est sobre, on trouve surtout des plans fixes comme toujours chez le réalisateur. Des scènes paisibles qui aussi soudainement que brièvement, comme son personnage de Nishi, sont traversées d’excès de violence. On rigole aussi beaucoup. Une image résume à elle seule le film, la femme de Nishi qui arrose un bouquet de fleurs fanées, scène incompréhensible pour l’ignorant qui passe par là. Hana-Bi signifie feu d’artifice, Hana signifie Fleur (Symbole d’amour), et Bi signifie Feu (symbole de mort)… Que dire de plus?

FICHE FILM
 
Synopsis

Terriblement traumatisé par la fin prochaine de sa femme et la paralysie d'un de ses collègues, blessé au cours d'une fusillade, le détective Nishi quitte la police. Il va commettre un hold-up pour soulager les misères de ceux qui l'entourent. La sérénité du dernier voyage qu'il entreprend avec sa femme, vers le mont Fuji, va être brisée par l'arrivée de yakusas vengeurs.