Halloween (Rob Zombie, 2007)

de le 04/04/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

S’attaquer à un remake n’est déjà pas la chose la plus originale qui soit pour un réalisateur, aussi talentueux soit-il. Se mettre en tête de refaire un film aussi important qu’Halloween de John Carpenter tient de la folie pure. En effet, il faut bien se souvenir qu’au-delà du « simple » statut de film culte dont il bénéficie, le film de Big John est un mythe fondateur du cinéma de genre en général, et du film d’horreur en particulier. 2 ans avant Vendredi 13, Halloween posait les bases d’un sous-genre, le slasher, genre extrêmement codifié dans lequel un boogeyman à tendance psychopathe enchaîne les meurtres de jeunes filles en fleur avec un rythme de métronome. Hérésie donc de s’atteler au remake d’un film aussi important et qui n’a pas pris une ride, surtout quand ce sont des producteurs aussi peu scrupuleux que les frères Weinstein qui se retrouvent aux manettes, des types qui ne semblent respecter qu’un seul de leurs poulains, Quentin Tarantino. Mais même si tous ces éléments nous pousseraient presque à rentrer dans le costume du cinéphile conservateur, il y a quelque chose qui attise la curiosité, un nom, celui de Rob Zombie. Artiste complet (musique avec son groupe de métal White Zombie puis en solo, dessin et réalisation) il a prouvé en mettant en scène certains de ses clips qu’il avait un certain talent pour l’image. Il a confirmé tout ça avec un délire jouissif nommé la Maison des 1000 Morts suivi d’un pur chef d’oeuvre (si si), The Devil’s Rejects, sans doute le plus grand film de genre de ces dernières années, une merveille de cinéma sauvage et engagé.

Et voir un des réalisateurs américains majeurs apparu ces derniers temps s’engager dans ce remake apporte tout de suite un certain cachet à l’entreprise, même si la méfiance subsiste. Mais n’y allons pas par quatre chemins, avec sa version d’Halloween, Rob Zombie signe peut-être le meilleur remake d’un film d’horreur qu’on ait pu voir dans cette vague incessante de relectures récentes. Concrètement, il est à positionné aux côtés de l’Armée des Morts de Zack Snyder et la Colline a des Yeux d’Alexandre Aja, ce dernier étant toutefois le remake d’un film certes culte mais terriblement faible en restant objectif. En fait Rob Zombie trouve comme ses petits camarades l’approche idéale du remake, celle que devraient adopter tous ces apprentis réalisateurs, à savoir trouver l’équilibre parfait entre respect vis-à-vis du modèle sans tomber dans l’hommage inodore et imposer ses propres obsessions pour en sortir une oeuvre singulière avec une véritable identité. Il a réussi sur cet Halloween, bien que le film soit tout de même imparfait, à cause d’une dichotomie parfois gênante.

Dès l’introduction, les quelques doutes qu’on pouvait avoir s’évaporent. Zombie nous dresse un portrait de famille américaine comme il les maitrise si bien. Une famille tout ce qu’il y a de plus disfonctionnelle, père absent remplacé par un poivrot doublé d’une ordure de la pire espèce, mère aimante mais impuissante qui souffre de l’image de son métier (elle est stripteaseuse), les enfants ne peuvent pas y être psychologiquement stables. Sans pour autant chercher d’excuse au comportement animal du Michael Myers adulte, le réalisateur lui crée un background crédible qui l’éloigne de la vision de Carpenter, qui en avait fait un être vide de toute substance, simplement guidé par le mal et le désir de tuer. Chez Rob Zombie, Myers est humanisé, même s’il est toujours l’image du mal absolu, mais sa quête sanglante est tout de même dictée par des enjeux compréhensibles. Ainsi toute la première partie, jusqu’à ce que Myers quitte l’asile, est un film typique du cinéma de Zombie, c’est à dire violent, extrême, sauvage et réaliste, jouant à fond la carte de la déconstruction familiale et créant une forme d’empathie pour les monstres à visage humain.

Par contre, quand arrive la seconde moitié du film, il est vrai que le film faiblit de façon assez surprenante. Si le me familial reste bien présent, il n’est plus qu’un filigrane, le réalisateur adoptant plutôt la forme de la référence totale. En effet, cette partie devient un pur slasher dans lequel les codes ne sont plus pervertis, il suit tout simplement le modèle avec les règles qui vont avec. Mais tout cela affecte surtout la forme du récit, qui devient une succession de meurtres. Car on n’est tout de même pas dans un slasher lambda, c’est un fait. Myers n’est pas un monolithe inhumain, il ne tue pas au hasard et tous ses meurtres ont un sens dans sa propre logique. Donc malgré l’apparence relativement classique de la chose, Rob Zombie n’en oublie pas son approche spécifique qui vise à rendre monstrueux des humains et humanisés des monstres. Michael Myers est certes une sorte d’animal, un surhomme, mais il a un objectif presque touchant et comme il l’avait fait dans le final de Devil’s Rejects, Zombie réussit à nous émouvoir quand Michael se retrouve face à Laurie et que le monstre laisse renaitre l’homme derrière le masque.

Mais la grande force d’Halloween version 2007, outre les obsessions dérangeantes de son réalisateur, c’est sa mise en scène. Avec son talent inné, le bonhomme atomise toutes les tentatives de slasher récentes. Il impose un style sauvage, imprime un rythme nerveux, adoptant tour à tour le point de vue de Myers et de ses victimes. Il crée des tableaux aussi glauques que fascinants dans leur composition, utilise la violence viscérale en lieu et places des jumpscares faciles qui plombent souvent le genre, fait vivre sa caméra qui épouse les mouvement du boogeyman dans ses explosions de fureur, on ne peut nier l’efficacité de la techniques, c’est merveilleux! Il faut dire que Rob Zombie agrémente le tout d’un montage imparable et d’une bande son absolument géniale, comme sur ses films précédents. De plus la photographie magnifique accentue cette ambiance ultra glauque et noire à souhait qui crée une impression persistante de tension pour le spectateur.

Bien aidé pour cela par des choix de casting pertinents, à commencer par le jeune Daeg Faerch qui entre directement au panthéon des gosses les plus flippants du cinéma. On retrouve la plupart des têtes connues du cinéma de Rob Zombie, avec sa femme Sheri Moon bien sur (toujours aussi… comment dire?), les acolytes William Forsythe, Bill Moseley, Sid Haig et Ken Foree qui sont toujours aussi bons et nous rappellent à chaque apparition toute une tripotées de séries B ou Z, celles qui forgent une culture déviante. Malcom McDowell endosse brillamment le costume du Dr Loomis qu’a porté Donald Pleasance pendant des années tandis que Scout Taylor-Compton succède sans problème à Jamie Lee Curtis, transformant même le personnage en femme forte dans la dernière partie du film, pur moment de barbarie cinématographique de toute beauté. À grands coups de caméos et clins d’oeils bien sentis, Rob Zombie déclare une nouvelle fois sa flamme à tout un pan du cinéma de genre, sans oublier de faire son film, il revisite avec brio un objet de culte qui semblait intouchable, l’assaisonne à sa façon pour en sortir un nouveau modèle du genre, qu’on aurait aimé peut-être plus original encore dans sa seconde partie. Mais ça reste du très très haut de gamme, un film nerveux parcouru de fulgurances enragées, superbement maitrisé et qui n’oublie jamais ses personnages.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un 31 octobre, à Haddonfield, Illinois, le soir de la fête des masques de Halloween... La vie du jeune Michael Myers, 10 ans, bascule. Troublé par des pulsions morbides, moqué par ses camarades d'école parce que sa mère est strip-teaseuse, harcelé par son beau-père, tourmenté par les premiers émois sexuels de sa soeur aînée, il revêt un masque en latex et, dans un accès de folie, assassine la moitié de sa famille au couteau de cuisine. A la suite de cette nuit de cauchemar, il est pris en charge par le Docteur Sam Loomis, un brillant pédopsychiatre, mais tue sauvagement une infirmière, précipitant le suicide de sa mère, désespérée. Un 31 octobre, 17 ans plus tard. Toujours dissimulé derrière un masque et enfermé dans son mutisme, Michael s'échappe de la prison psychiatrique où il a grandi et recommence à semer des cadavres sur sa route. Convaincu qu'il est une incarnation du mal à l'état pur, le Docteur Loomis part sur sa piste. Celle-ci mène directement à Haddonfield, là où se trouve toujours la petite soeur de Michael, Laurie, seul membre de sa famille encore en vie.