Halal police d’état (Rachid Dhibou, 2011)

de le 21/02/2011
 
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Fût un temps où Eric et Ramzy étaient un duo efficace. Entendre par là qu’ils étaient drôles, voire très drôles. C’était l’époque de la série H ou de leurs sketchs, car leur humour lourdingue fonctionne à plein régime sur une courte durée. Ils en avaient retrouvé la grâce le temps de La Tour Montparnasse infernale, souvent hilarant, avant de se ramasser copieusement par la suite dans des productions de plus en plus médiocres, des Dalton à Seuls Two (ce dernier ne manquant pas d’ambition pourtant). Au milieu de la débâcle, une lueur de génie mal aimée appelée Steak. Ils n’y étaient qu’acteurs, n’ont rien écrit et étaient bien dirigés. C’est sans doute la raison pour laquelle une certaine curiosité malsaine nous pousse encore à se déplacer pour aller voir leurs nouveaux films. Avec Halal, police d’état ils touchent le fond, littéralement. La bonne nouvelle c’est que leur prochain film sera forcément meilleur, la mauvaise c’est que ce film est un supplice comme on en vit finalement assez peu au cinéma. Il n’y a rien, mais absolument rien, à sauver de ce naufrage surréaliste qui flirte avec les pires nanars jamais produits dans l’hexagone. Avec Halal, police d’état il convient de relativiser et revoir à la hausse tout un tas de comédies qu’on pouvait trouver pitoyables. Mais qu’est-ce qui est le plus inquiétant? Ce film lamentable ou les salles pleines à craquer de spectateurs hilares qui le diffusent?

Halal, police d’état, avec son titre déjà improbable, part pourtant d’une excellente idée, même si elle n’a rien de révolutionnaire : tourner en dérision un maximum de clichés racistes. Ramzy Bedia est coutumier du fait, il avait déjà participé activement aux côtés de sa compagne au calamiteux Il reste du jambon? qui sombrait dans l’humour beauf sans raison apparente. Là c’est un peu la même chose, mais en pire. On veut bien croire que tout cela parte d’une volonté de faire un clin d’eil appuyé à L’Inspecteur Tahar, série de films algériens, tout en essayant de proposer un spectacle aussi nonsensique qu’irrévérencieux, sauf que ça ne fonctionne jamais et par conséquent le film devient insupportable au bout de cinq minutes. Le principal soucis est qu’une telle comédie, pour être drôle, se doit de proposer quelque chose de novateur. Hors dans le cas présent, en plus d’un humour tellement ciblé pour le public beur qu’il en deviendrait presque vexant pour les autres (c’est sans doute très drôle d’entendre Eric Judor écorcher des mots arabes avec son hyperaccent français sauf que quand on ne parle pas l’arabe on ne comprend rien aux vannes), Halal, police d’état ne repose que sur du déjà vu, en mieux.

Ainsi le coup de la parodie policière fonctionnait mille fois mieux dans La Cité de la peur ou Mais qui a tué Pamela Rose?, Halal, police d’état arrivant seulement 10 ans trop tard. La caricature de l’accent arabe par Ramzy n’apporte rien de nouveau par rapport à ce que fait Gad Elmaleh depuis des années (mais Les inconnus et Michel Leeb le faisaient aussi il y a longtemps) et l’overdose de clichés envers toutes les communautés, des noirs aux chinois en passant par les juifs, ne prend malheureusement jamais. L’infiltration dans une secte d’extrémistes n’est qu’une vulgaire resucée de ce qui a été fait en bien plus fin dans le dernier OSS117 et ce ne sont pas les clins d’oeils appuyés à des références cinéphiles (ou pas d’ailleurs) telles qu’Avatar, Psychose, Saw ou le Métronome de Lorànt Deutsch, qui changeront quoi que ce soit : Halal, police d’état est un exemple de comédie ratée, une accumulation de contrepèteries et jeux de mots absurde, un film en roue libre qui évite soigneusement toute finesse et qui au final n’a rien d’irrévérencieux ou de politiquement incorrect. C’est juste très mauvais, à moins d’être un inconditionnel du duo comique qui est pourtant capable de tellement mieux!

On ne le dira jamais assez, Eric et Ramzy peuvent être très drôles, mais pour cela ils ont besoin de quelqu’un capable de les guider, de canaliser leurs idées. Et c’est raté avec Rachid Dhibou, cadreur et réalisateur de making-of issu de l’écurie Europa Corp. qui se révèle incapable des les diriger. Halal, police d’état transpire l’amateurisme et l’improvisation malgré la présence de techniciens sérieux. En roue libre constante les deux comédiens prouvent encore une fois que leur sens de l’humour ne fonctionne pas sur le format long, d’autant plus qu’ils n’ont personne en face pour leur renvoyer la balle tant les seconds rôles sont massacrés. Il y a bien Jean-Baptiste Shelmerdine qui s’en sort pas trop mal en caricature de Norman Bates mais c’est bien trop peu pour sauver le film du naufrage. Et la mise en scène faussement élaborée, truffée de faux raccords dégueulasses, n’est là qu’en temps que cache-misère pour un résultat excessivement décevant. Mais l’humour est ce qu’il y a de plus subjectif au cinéma, donc il ne fait aucun doute que beaucoup y trouveront leur compte.

[box_light]Sans surprise, Halal, police d’état est bien la bonne grosse bouse attendue. Jamais drôle, à l’exception de 2-3 gags visuels, assez mal écrit et mis en scène sans passion, le nouveau film d’Eric et Ramzy ne fait que confirmer qu’ils auront toujours du mal à faire vivre leur humour nonsensique et leurs jeux de mots sur grand écran. Le film est tellement mauvais qu’il en devient vite épuisant en plus d’être ridicule, les blagues ne passent pas, et on se demande comment il est possible de financer ça alors que de vrais jeunes talents galèrent pour monter leurs projets. Y voir une oeuvre salutaire et nécessaire serait presque inquiétant.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Paris 2011, un serial killer sévit dans les épiceries de Barbès. Parmi les victimes, la femme d’un diplomate Algérien. C’est assez pour que la Police Algérienne entre en jeu et mette à disposition de la Police Nationale Française le plus grand duo de flics d’Afrique du Nord… l’inspecteur Nerh-Nerh et Le Kabyle, deux blédards aux méthodes pas très … académiques.