Green Lantern (Martin Campbell, 2011)

de le 13/07/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Cela fait de longs mois qu’on s’attend au pire avec Green Lantern, depuis les premières images qui écrasaient le niveau de kitch de Thor jusqu’à ce premier teaser aux SFX honteux compte tenu du budget à disponibilité. Le film de Martin Campbell, simple yes man dont les seuls faits d’armes mémorables resteront la relance de la franchise James Bond par deux fois (Goldeneye puis Casino Royale), fièrement armé de ses quelques 200 millions de dollars, possède tous les attributs du gouffre financier. Le comic-book à l’origine du film est une petite merveille, graphiquement éclatant et extrêmement complexe dans son récit à tiroirs, à découvrir d’ailleurs depuis quelques mois avec une belle porte d’entrée à l’univers que constitue l’arc Blackest Night. Le soucis est que cet univers foisonnant, quelque part très proche d’un space opéra, n’est pas un matériau idéal en termes de cinéma. Et la raison principale est évidente, il s’agit d’un univers très coloré, avec des teintes qui tirent vers le fluo sans que cela ressemble à des fautes de goût. Sauf qu’au cinéma ça ne passe que rarement, à moins d’avoir un grand metteur en scène capable de transcender cette contrainte, et on a tous en mémoire le ratage graphique (entre autres écueils) de Batman et Robin de Joel Schumacher dont Green Lantern est assez proche pour l’aspect kitch se prenant très au sérieux.

L’autre soucis est que Green Lantern ne développe pas la moindre once de second degré qui viendrait détendre l’atmosphère et faire passer la pilule, on ne peut même pas y aller en espérant se bidonner devant un nanar, ce qu’il n’est malheureusement pas. Les tares de la purge que nous sert Martin Campbell sont tellement nombreuses qu’en livrer une liste détaillée relève d’une gageure. Mais au rayon des erreurs grossières les plus embarrassantes, il convient de souligner un traitement visuel clairement pas au niveau tout d’abord. Et nous parlons ici d’un film à 200 millions de dollars de chez la Warner, pas d’une production fauchée. C’est absolument honteux de constater l’étendue des dégats sur ce point tant le résultat fait plus que flirter avec le foutage de gueule. Du moindre petit effet numérique dégueulasse (le masque, ouvertement montré du doigt à l’intérieur même du film lors de la dernière séquence) aux immondes plans d’ensemble, qui restent pourtant ce qu’il y a de plus réussi dans le film, tout est moche. C’est une catastrophe. Avec les quatre scénaristes au travail, et pour trois d’entre eux habitués au format série TV, on espérait sans trop y croire un vrai travail de fond sur le récit, mais là aussi c’est minable. Rarement on avait vu un film de super-héros, même introductif, aussi mal écrit. Du héros au bad guy, les personnages ne possèdent pas la moindre épaisseur, coincés dans leur carcan caricatural à souhait entre deux variations maladroites du complexe d’Oedipe.

[quote]Vers l’infini et au-delà. Ou pas.

[/quote]

Leur évolution au traitement enfantin ne parvient jamais à nous passionner tant on se situe à un niveau basique qui ne peut pas décemment combler un spectateur au raisonnement adulte. Et cette tare se cristallise dans le personnage de Sinestro, pilier de l’univers Green Lantern dans le comic-book, personnage fascinant relayé ici au rôle de simple faire-valoir un peu débile. L’absence de talent de Martin Campbell nous éclate ici au visage, tombant dans le piège du ridicule avec ce personnage à la peau rose bonbon, aux oreilles pointues et portant la moustache, quand Guillermo Del Toro s’en sortait merveilleusement pour illustrer tous les personnages de Hellboy, tout aussi casse-gueule sur le papier. Le spectateur ne se sent de ce fait jamais véritablement concerné par ce qui se passe à l’écran, quand il s’y passe quelque chose. Car il faut avouer qu’on ne peut même pas se consoler du vide scénaristique avec les séquences d’action, excessivement rares et passablement foirées elles aussi.

Le grand pouvoir de Green Lantern n’est jamais vraiment impressionnant, tout comme on ne le sent jamais vraiment en danger, ce qui pose un sérieux problème d’identification. Identification de toute façon détruite dès le départ avec le personnage de Hal Jordan juste insupportable, et dont les motivations de héros ne sont jamais claires, ou ne suivent aucune évolution logique. Il faut dire que le personnage lui-même n’est pas aidé par un Ryan Reynolds mauvais comme ce n’est pas permis, dans une composition plus proche de Blade: Trinity ou X-Men Origins: Wolverine que de Buried ou Mi$e à prix. Avec son regard vide de teckel abandonné au bord de la route avant un départ en vacances et les nombreux plans sur son physique plutôt avantageux (ah ça, les plans abdos/pectoraux il sait les faire Martin Campbell) il ne crée rien d’autre qu’une distance entre lui et le spectateur qui grandit minute après minute. D’autant plus qu’à la mise en scène Martin Campbell ne fait pas de miracle et se contente d’une illustration paresseuse sans la moindre étincelle de vie ou un brin de personnalité. Sans même mentionner des effets ringards comme ce flashback minable pendant une séquence de vol en introduction, involontairement proche de celle de Hot Shots! Ce qui aboutit sur un blockbuster complètement désincarné, qui se vautre pour introduire l’univers, pour créer les personnages, pour développer une intrigue et pour divertir au niveau action.

[box_light]Un film qui se vautre sur toute la ligne donc, et qui pour couronner le tout essaye de s’en sortir avec un humour là encore très embarrassant, comme s’il n’y avait plus que cette option pour donner une étincelle de vie au projet. L’ensemble est une piteuse relecture verdâtre de Superman quand le matériau de base s’en éloigne grandement. C’est moche, mal écrit et mis en scène de façon pataude. C’est un échec sur toute la ligne.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans un univers aussi vaste que mystérieux, une force aussi petite que puissante est en place depuis des siècles : des protecteurs de la paix et de la justice appelés Green Lantern Corps, une confrérie de guerriers qui a juré de maintenir l’ordre intergalactique, et dont chaque membre porte un anneau lui conférant des super-pouvoirs. Mais quand un ennemi du nom de Parallax menace de rompre l’équilibre entre les forces de l’univers, leur destin et celui de la Terre repose sur leur dernière recrue, le premier humain jamais choisi : Hal Jordan. Hal est un pilote d’essai talentueux et imprudent, mais les Green Lanterns ont un peu de respect pour les humains, qui n’ont jamais exploité les pouvoirs infinis de l’anneau auparavant. Hal est clairement la pièce manquante du puzzle et il possède, en plus de sa détermination et de sa volonté, une chose qu’aucun des autres membres n’a jamais eu : son humanité. Soutenu par son amour d’enfance, le pilote Carol Ferris, Hal doit rapidement maîtriser ses nouveaux pouvoirs et vaincre ses peur, pour prouver qu’il n’est pas que la clé pour vaincre Parallax… mais peut-être le plus grand Green Lantern de tous les temps.