God Bless America (Bobcat Goldthwait, 2011)

de le 06/10/2012
 
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Se réclamant des grands vigilantes de ces trente dernières années, le crétin God Bless America joue au plus malin. Sauf qu’il confond allégrement transgression et bêtise crasse. Un film à jeter sans tri sélectif.

La relation que chacun entretient avec la morale est un facteur des plus personnels. Ainsi, l’Inspecteur Harry ou Irréversible auront provoqué bien des réactions outrées. Au-delà de la transgression, ce comportement de rejet exprime une sensation d’être chahuté dans l’ordre établi par ses valeurs. Or, cette considération amène à deux questions qui mériteraient bien des thèses pour y répondre. D’un, existe-t-il une bonne et une mauvaise façon de choquer ? De deux, le cinéma a-t-il vocation à tout montrer ? Le cas de God Bless America pose bien des problèmes moraux se confrontant à ces questionnements. Se sentir mal à l’aise devant un film ne relève pas d’une chose proscrite, on ne s’érigera pas en parangon de la bienséance et l’on n’a jamais cru ici à la morale de la mise en scène qu’aime tant Rivette. Alors, qu’est-ce qui fait que le film de Bobcat Goldthwait donne envie de gerber quand son modèle inavoué, Bonnie & Clyde d’Arthur Penn, offrit un nouveau rapport à la violence ? On ne reprochera pas au film de chorégraphier cette dernière tant c’est devenu chose courante depuis Peckinpah. Non, ce qui donne vraiment envie de crier au scandale, c’est la connerie crasse qui le caractérise. La frontière peut-être mince dans le vigilante movie. Prenons le cas de Kick-Ass. Pour les uns, c’était une relecture formidable de la figure du super-héros où la violence tournait en dérision l’absurdité des comportements. Pour d’autres, la complaisance morale de Matthew Vaughn glorifiait sans le vouloir ce qu’elle dénonçait. Mais le film avait au moins le mérite de construire une logique destructrice et de soigner sa copie.

La construction simpliste de God Bless America crée déjà un fossé. Frank perd injustement son emploi et apprend qu’il a une tumeur incurable. Excédé par les âneries débitées à la télévision, ce loser décide de dézinguer à l’arme à feu ces stars du petit écran. L’histoire est débile mais pourquoi pas. Simplement, le spectateur se trouve rabaissé à sa condition d’abruti fini. Pendant pas moins de quinze minutes, on subit en guise de mise en contexte le zapping interminable du personnage sur tous les programmes les plus clichés. C’est ainsi qu’on se coltine des pseudo-émissions à la MTV, des télés-réalités dont « Mon incroyable anniversaire », des chaines d’information en continu bien propagandaires. Goldthwait insiste jusqu’à l’assommement pour paraitre politiquement incorrect ; l’enfonçage de portes ouvertes le plus crétin de l’année. Rien de moins original que de dire que les pin-ups et les beaux gosses sur MTV sont des phénomènes de la culture de masse détestables. Tout le monde a envie de baffer les gens qui font du bruit dans les salles de cinéma. Ça n’a rien non plus de très subversif de dénoncer les militants du Tea Party et les réactionnaires de tous types. Pis, le long-métrage ne choisit pas un angle original ni même n’exagère la réalité. En revanche, le châtiment est net et sans bavure. Frank, aidé par une jeune étudiante dont on ne saisit jamais vraiment les motivations, abat les gens qu’il déteste. C’est d’une idiotie sans nom tant on saisit finalement mal pourquoi une haine aussi saillante se déclare. Bonnie et Clyde avaient, dans leur anarchisme, quelques motivations palpables (le besoin d’argent, le besoin de plaire à ses parents pour Bonny, un amour dévorant). Frank et Roxy n’apparaissent que comme des écorchés vifs, pas des archétypes au dessein de redéfinir une morale.

Ce défouloir pourrait encore passer si le réalisateur gardait du recul. Sauf que le discours final achève de croire au moindre sens parodique qui le renverrait du côté de ce bourrin de Robert Rodriguez. Jusqu’à l’expiation finale, un regard dédaigneux se porte sur ces deux êtres, humiliés comme une souris prise au milieu de boas affamés. C’est là que le film est profondément dégueulasse. Il se moque de la société, se moque de ses personnages et s’enorgueillit de jouer avec eux, d’un regard condescendant. Goldthwait devrait comprendre qu’en plus d’être mauvais à ce niveau, il est nul dans l’exécution de son entreprise. Les passages d’action, entre deux discussions interminables sur le choix de la vermine à exterminer, n’offrent aucune exaltation graphique. La photographie est relativement moche, la montée en puissance inexistante. Surtout, God Bless America occulte tous les éléments concrets qui rendraient le scénario plausible. Les flics s’avèrent quasiment inexistants en dépit des indices innombrables que laissent les meurtriers sur les lieux. A défaut de tension, créée par cette fuite en avant, God Bless America déroule tranquillement son petit programme facho pas même servi par un duo d’acteurs à côté de leurs bottes. Mention spéciale à la petite Tara Lynn Barr qui fait du sous-Chloe Moretz, déjà elle-même pas très bonne actrice.

FICHE FILM
 
Synopsis

Seul, sans boulot, gravement malade, Frank sombre dans la spirale infernale d'une Amérique déshumanisée et cruelle. N'ayant plus rien à perdre, il prend son flingue et assassine les personnes les plus viles et stupides qui croisent son chemin. Bientôt rejoint par Roxy, lycéenne révoltée et complice des plus improbables, c'est le début d'une équipée sauvage, sanglante et grandguignolesque sur les routes de la bêtise made in USA.