Gnoméo et Juliette (Kelly Asbury, 2011)

de le 11/02/2011
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

À la lecture du titre de ce premier film d’animation en images de synthèse produit par Touchstone (mais sous l’oeil bienveillant de Walt Disney tout de même), on se doute bien qu’il ne s’agit pas d’une relecture de Hamlet. Non c’est encore une fois la tragédie parmi les plus adaptées au cinéma de William Shakespeare, depuis George Cukor en 1936, qui subit tous les outrages: Roméo et Juliette. L’exercice d’adapter Shakespeare est toujours casse-gueule, celui de le parodier l’est encore plus. Mais après tout, faire de Roméo et Juliette des nains de jardin n’est pas une si mauvaise idée, alors pourquoi pas si la finesse d’écriture et l’originalité sont présents. Gnoméo et Juliette s’ouvre sur un préambule théâtral des plus rassurants, avec ce nain de jardin nous expliquant que l’histoire a été vue et revue des milliers de fois mais que cette fois il y a quelque chose de différent. La séquence est drôle et assez juste, et en effet il ne s’agit pas d’une adaptation comme les autres. Essentiellement orienté pour le très jeune public, il est préférable de le savoir avant de s’y aventurer, Gnoméo et Juliette prend de sérieuses libertés avec la pièce allant tout de même jusqu’à en trahir complètement le message romantique. Les plus petits seront sans doute aux anges devant le ton très joyeux, à des années lumières du tragique, tandis que les plus grands risquent d’être assez dubitatifs devant ce film qui ne s’adressent à eux que le temps de quelques clins d’oeils pas toujours très fins.

La trame on la connait tous presque par coeur et elle est ici revisitée et simplifiée pour en éliminer toute noirceur. On y retrouve donc les deux familles ne pouvant pas se supporter et se livrant une guéguerre incessante à grands renforts de coups bas et de courses de tondeuses à gazon (oui, ce sont des nains de jardin). Le temps d’une escapade nocturne en mode ninja, Gnoméo va rencontrer Juliette, c’est le coup de foudre, la suite est bien connue. Le scénario va développer quelques sous-intrigues sans grande importance pour en arriver à un final des plus convenus, ce n’est donc pas dans le récit qu’il faudra chercher de grandes originalités telles qu’annoncées dans le préambule. Rien de bien terrible non plus au niveau de l’univers crée car mis à part le fait qu’il s’agisse de nains de jardin, le microcosme qui s’anime à l’écran s’appuie sur un concept identique à celui de Toy Story. Sauf qu’un enfant qui voit ses jouets prendre vie a de grandes chances d’être enchanté, tandis que des gnomes qui décorent les pelouses les plus kitschs c’est moins sur.

Gnoméo et Juliette va sans doute ravir les plus jeunes tout de même. Car il faut bien avouer que le film est assez rythmé, qu’il est composé de personnages hauts en couleurs et qu’une grande majorité de gags est plutôt drôle. Toutefois, on peut légitimement se demander comment seront perçues les nombreuses notes d’humour adressées à un public plus adulte. L’apparition de Shakespeare qui en arrive à renier la noirceur de son récit original apporte une sorte de mise en abyme plutôt marrante tandis que les références cinéphiles (Matrix le temps d’un bullet-time daté, Pink Flamingos et même Borat, Kelly Asbury étant visiblement un adepte de la symbolique du string, remember Shrek 2) ou geeks (la pomme d’Apple remplacée par un banane) tombent parfois comme un cheveu sur la soupe et ne parleront pas aux plus jeunes. Mais dans l’ensemble, grâce à sa courte durée et son schéma d’enchaînement de gags, Gnoméo et Juliette a de grandes chances de toucher sa cible, d’autant plus que les chansons d’Elton John (également producteur) collent tout à fait au nouveau ton imprimé à l’histoire des amants de Vérone.

Le rythme assez soutenu, ne souffrant que de très légères baisses, se retrouvent dans la mise en scène de l’ensemble, avec quelques moments de bravoure dans les séquences d’action. Concernant l’animation il y a du bon et du moins bon. Autant les textures des personnages sont un véritable régal par leur précision, autant les environnements manquent clairement de richesse. Ceci dit les arrières plans flous permis par la 3D cacheront tout ça, et c’est bien dommage. L’autre petit plaisir de Gnoméo et Juliette vient de son casting de voix imposant une personnalité toute britannique au film, chose finalement assez rare en animation.

[box_light]Sans grandes prétentions Gnoméo et Juliette tente l’alternative aux grosses productions Pixar et Dreamworks en jouant la carte du décalage et de la parodie. Si Shakespeare va une nouvelle fois se retourner dans sa tombe, il n’empêche que ce petit film d’animation réservé aux plus petits possède quelques sérieux atouts comme ses personnages attachants, une succession de gags pour la plupart efficaces et une gentille morale qui séduira nos chères têtes blondes. Car pour le public adulte, quelques clins d’oeils ne suffisent pas pour convaincre.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Juliette est belle comme le jour et comme tous les Capulet... porte un bonnet rouge. Gnoméo est brave et comme tous les nains de la famille Montague... porte un bonnet bleu. Juliette et Gnoméo vont-ils pouvoir vivre leur amour au grand jour sous leur flamant rose en plastique préféré ? Voici la plus grande histoire d’amour jamais contée… avec des nains de jardin !