Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance (Mark Neveldine & Brian Taylor, 2011)

de le 17/02/2012
 
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Le Ghost Rider n’est sans doute pas le personnage Marvel le plus intéressant au niveau dramatique. C’est pourquoi entre les mains d’un tâcheron tel que Mark Steven Johnson (le type qui a réussi l’exploit insensé de rendre Daredevil ridicule), sans aucune ambition visuelle et sans aucune âme de cinéaste, cela a donné une des plus fades – et mauvaises – adaptations de comics vues depuis les débuts de cette vague (2000-2002, X-men et Spider-Man). Quelle drôle d’idée au sein de la maison des idées que de relancer une adaptation cinématographique de l’univers de cet anti-héros maudit jusque sur la pellicule. Quelle idée carrément inconsciente que de refiler le bébé au duo de réalisateurs les plus fous d’Hollywood. Et pourtant, à bien y regarder, Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance ressemble à s’y méprendre à une succession d’idées tellement dingues, tellement improbables, d’un tel mauvais goût et d’un tel excès qu’on frôle à plusieurs reprises le génie pur. Accueilli par des torrents de haine critique lors de sa présentation à Austin, à tel point que la presse s’est pris des embargos considérables dans la majorité des pays qui allaient le diffuser, voire une absence de projections pour la presse en France, le quatrième long métrage de Brian Taylor et Mark Neveldine, Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance n’est certes pas un grand film, ni même véritablement un bon film, mais il constitue un tel doigt d’honneur lancé à la face de tout un système à priori inattaquable, qu’il mérite toute notre sympathie, voire plus.

Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance c’est une sorte de film schizophrène. D’un côté on a un scénario carrément inepte signé d’un David S. Goyer – plus deux rookies – sans doute bien trop occupé à travailler sur The Dark Knight Rises et The Man of Steel, et de l’autre un film expérimental signé de deux tarés qui ne cessent de repousser les limites du danger. D’un côté la nécessaire adaptation pour couvrir le budget annoncé à 75 millions de dollars, de l’autre un terrain d’exploration pour metteurs en scène en décalage complet avec leur époque. Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance est ainsi une sorte d’hydre dont les deux têtes ne peuvent jamais s’entendre, et qui souffre de ce manque flagrant d’unité, tout en laissant voir des choses carrément monstrueuses. Le scénario du film est ainsi tout à fait indigne d’une telle production, multipliant les erreurs, incohérences et ellipses mal amenées, sans même parler des dialogues qui mériteraient presque une vision en VF comme à l’époque des productions Cannon, du genre « Ils vont m’exorciser ? Mais ils ne portent pas de chaussures ! ». Une horreur, et c’est peu dire, mais c’est bien ce qui était attendu, voire espéré. Car à travers ce récit d’une crétinerie suprême, qui démarre comme une resucée de Terminator 2 – Le jugement dernier pour aboutir sur un final de rite païen tout droit sorti d’un film d’action/aventure des années 80-90, le duo Neveldine-Taylor n’a même plus à se soucier d’une quelconque cohérence et peut laisser libre cours à ses délires de mise en scène. De l’introduction en mode ultra-vénère avec Idris Elba qui termine sur ce plan inutile-mais-qui-tue au ralenti qu’on peut voir dans le trailer, jusqu’à la réplique de fin, un très attendu « Hell yes ! », c’est un festival qui se déroule à un rythme d’enfer. À l’exception d’un passage à vide inattendu, Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance se construit justement sur ce rythme de série B sous coke, empêchant le spectateur de réfléchir à la bêtise de ce qui se passe à l’écran, aux changements géographiques improbables et aux personnages écrits à la truelle. En gros ils adoptent la même technique que pour Hyper Tension, et leur rider est clairement un camé en manque. Pour illustrer tout ça, les compères nous sortent toute leur grammaire cinématographiques et leurs idées les plus dingues. Grand angle à gogo, décadrages dans tous les sens, fisheye, cadres en plongée vertigineuse, découpage hystérique, angles de caméra qui basculent bizarrement… la mise en scène de Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance défie la logique de tout blockbuster, du cinéma punk qui repousse les limites de ce genre de grosse machine hollywoodienne de la même manière que les limites physiques de l’équipe de tournage ou les limites de la technologie, dont la 3D poussée ici dans ses derniers retranchements. Ils le disent, Brian Taylor et Mark Neveldine ont fait TOUT ce qui était déconseillé pour un tournage en 3D. Et le pire, c’est que globalement, sur le plan visuel ça fonctionne quand même pas mal du tout, avec une énergie créatrice qui n’est pas sans rappeler celle des Sam Raimi, Peter Jackson et Jan Kounen des débuts, toutes proportions gardées bien sur, quand ils osaient l’impensable. Évidemment qu’il y a du déchet, beaucoup même à l’image de toute la séquence dans le sanctuaire en Turquie qui semble sortie d’un gros Z tout pourri. Mais face à ces échecs, quelque part obligatoires étant donné le mode de fonctionnement nihiliste des réalisateurs qui ne reculent pas devant le mauvais goût, on trouve de purs moments de « grâce » qui font de ce film exactement ce qu’il fallait faire pour transposer le Ghost Rider sur grand écran. En gros, Neveldine et Taylor ont les burnes plus imposantes que le cerveau et c’est pour ça qu’ils étaient les hommes de la situation.

le caractère bicéphale du film se retrouve également dans ce qu’il a de génial. Ainsi il convient de séparer les univers avec ou sans le rider. Quand le rider est à l’écran, on est en pleine incarnation métalleuse du personnage. D’ailleurs les accords de la bande originale lors de ses apparitions ne laissent aucun doute là-dessus. Le film devient une sorte de pose permanente où le money shot est roi mais l’outrance est telle, et l’exécution tellement au diapason de l’état d’esprit, que ça fonctionne à plein régime. Avec ces mouvements de caméra hallucinants qui défient la physique, ces travellings complètement fous au ras du sol, la violence graphique des scènes et des SFX parfaitement intégrés pour la plupart, les quelques séquences d’action pure de Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance justifient à elles seules l’existence du film tant elles détonnent. L’autre identité du film émerge quand le rider laisse la place à Johnny Blaze. déçu des dernières prestations de Nicolas Cage, notamment dans le médiocre Le Pacte ? Voilà de quoi se réconcilier avec l’acteur fou. Littéralement possédé par le démon, Nicolas Cage livre là sa plus grande performance WTFesque depuis Bad Lieutenant – Escale à la Nouvelle-Orléans. L’acteur multiplie les tics et grimaces, les montées d’adrénaline et les répliques dingues, atteignant tout simplement un des sommets de sa carrière dans une longue séquence d’interrogatoire tellement surréaliste qu’elle est appelée à passer à la postérité. D’autant plus qu’elle se retrouve suivie d’une scène de moto filmée de face en très grand angle qui semble sortie d’un court métrage de Kounen période Vibroboy. Du délire. le trio Neveldine-Taylor-Cage emmène le Ghost Rider vers de tels sommets de vulgarité punk, de mauvais goût élevé au rang de génie, qu’on veut bien lui pardonner la plupart de ses écarts, de ses effets de montage clinquants pour pas grand chose (le split screen de la conversation téléphonique) à son utilisation insensée de l’animation, en passant par le cabotinage dément de TOUS les acteurs et ce scénario vraiment en dessous de tout. Que quelqu’un leur en écrive un de première classe et ces types en sortiront un probable chef d’œuvre. En attendant, s’il reste plombé par des casseroles indéfendables, leur Ghost Rider: L’Esprit de Vengeance s’impose comme le sale gosse névrosé de toutes les adaptations de comics au cinéma, et c’est exactement ce qu’il se devait d’être.

FICHE FILM
 
Synopsis

Danny, jeune garçon porteur d’une prophétie, suscite la convoitise de Roarke, un homme mystérieux possédant de grands pouvoirs. On fait alors appel à Johnny Blaze pour se lancer à la recherche de l’enfant en lui proposant comme récompense de le libérer de son alter ego, le Ghost Rider. Poussé par le désir de lever sa malédiction et celui de sauver le garçon, le Rider parviendra-t-il à s’affranchir de la menace de Roarke ?