Gangster Squad (Ruben Fleischer, 2013)

de le 04/02/2013
 
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Ruben Fleischer avait réussi avec Bienvenue à Zombieland un pari plutôt intéressant même si à moitié tenu, celui de faire un film de zombies en mode comic-book. Pour son troisième essai, il se frotte au film de gangsters en costumes et retente la même approche. Las, un rythme qui ne prend jamais, des acteurs en roue libre, des effets de style vieillots et une image assez dégueulasse plombent littéralement l’entreprise. Un beau ratage car de façon sporadique Gangster Squad sait se montrer amusant, iconique et hardcore, mais l’ensemble est bien trop faible.

Ruben Fleischer a sans doute du talent. Quelques scènes dans Bienvenue à Zombieland et ce Gangster Squad sont là pour en témoigner. Il a également des idées, mais malheureusement elles ne sont pas toujours très bonnes. Sur le papier, Gangster Squad possède tout pour faire saliver : un casting cinq étoiles et multi-générationnel, un univers qui sent bon l’alcool de contrebande, les costumes trois pièces, l’envers du décor hollywoodien et les sulfateuses, un bon nombre d’atouts charme et un ton visiblement déjanté entre le film de gangsters old school et la satire façon comic-book violent et rentre-dedans. De belles promesses qui ont commencé à sentir mauvais dès lors que le final original du film, une fusillade face à un écran de cinéma, s’est vu modifié suite à la catastrophe d’Aurora. Un signal d’alerte confirmé à la vue de la chose, série B médiocre et moche qui ne sait pas trop si elle doit marcher sur les plates bandes de ses illustres ancêtres ou emprunter une voie plus décérébrée et outrancière. Cette impression d’assister à un spectacle qui garde en permanence le cul entre deux chaises ne nous quitte qu’à l’apparition du générique de fin, sans doute la plus belle chose de tout le film, soit bien trop tard. En attendant cette libération, on assiste médusé à un film un peu triste qui montre parfois ce qu’il aurait dû être.

GANGSTER SQUAD

Ruben Fleischer a-t-il voulu réaliser un pastiche ? C’est la question qu’il est nécessaire de se poser à la vision de Gangster Squad tant le bonhomme tente de reproduire des motifs bien connus de ce type de cinéma sans vraiment les prendre au sérieux, quand il ne les ridiculise pas ouvertement. On se retrouve toujours avec cette sensation d’un film qui a échappé à son auteur, perdu entre deux ambitions incompatibles pour lui. Avec son ouverture surplombée par une voix off, sa séquence de torture ultra graphique avec les gerbes de sang qui vont avec, sa musique rétro, l’impression d’assister à une caricature du cinéma de Martin Scorsese s’impose immédiatement. Une idée qui se transforme en certitude lors d’une longue séquence d’entrée dans un club en plan-séquence reprise littéralement des Affranchis. On avance encore et la mise en place de la team qui donne son titre au film le fait tout à coup chavirer vers le cinéma de Brian De Palma, ses excès, son lyrisme, et en particulier Les Incorruptibles, modèle évident de Gangster Squad qui lui pompe une multitude de scènes à un point presque embarrassant. Des emprunts trop nombreux qui annihilent complètement tout espoir de voir une œuvre un tant soit peu originale, avec en ultime pied de nez un dernier acte qui revisite celui de Public Enemies, avec une utilisation du numérique tout bonnement dégueulasse. Ce final traduit assez bien l’impression globale : celle d’une parodie qui n’a pas compris grand chose au genre dont elle voudrait se faire l’écho et qui se paye le luxe d’être absolument hideuse. Car c’est un des gros problèmes, Gangster Squad est un film laid, jusque dans la photo de Dion Beebe qui n’en finit plus de faire oublier qu’il est à l’origine des lumières magiques de Collatéral et Miami Vice. Laid et cheap, avec ses effets numériques ratés, ses figures de style ringardes (des effets de freeze tout pourris) et ses fusillades minables qui ne tiennent jamais compte de la topographie du terrain jusqu’à devenir carrément surréalistes, ou tout simplement très bêtes.

GANGSTER SQUAD

Pourtant, sporadiquement, Gangster Squad parvient à se montrer relativement élégant dans ses mouvements, entrainant par la rythmique interne de certaines scènes, voire même très amusant par l’aspect grotesque de ses dialogues et son côté parfois très outrancier dans la violence et les débordements sadiques. Malheureusement, tout cela ne pèse pas bien lourd dans la balance. Car il faut se farcir un récit à la narration handicapée par des fautes de rythme insupportables, plombée par des sous-intrigues mélo dont on n’a rien à faire et qui viennent tuer la progression dramatique. Voulu fun et décomplexé, Gangster Squad s’avère malheureusement incroyablement ennuyeux et vide de sens. Il y a bien quelques éléments par ci ou par là qui permettent de se raccrocher à l’intrigue, et notamment le débordement moral de Josh Brolin ou l’histoire secondaire de Ryan Gosling, sans doute celui qui assure le plus avec la belle Emma Stone encore sous-exploitée. Il y a également cette violence graphique toujours salvatrice et qui laisse entrapercevoir le délire hardcore qu’aurait pu être le film, mais elle est tellement en sourdine finalement que ne surnagent que les écueils, et ils sont bien trop nombreux. On retiendra la prestation lamentable d’un Sean Penn en mode caricature outrancière, l’ampleur totalement artificielle de certaines séquences, un sens de la pose iconique qui ne fonctionne jamais et une incompréhension de la mécanique intrinsèque d’une scène d’action, donnant lieu à des gunfights et bastons incompréhensibles, un abus de ralentis immondes et autres joyeusetés qui n’aident pas vraiment à prendre la chose au sérieux. On se consolera comme on peu avec un bodycount qui cherche à battre des records et quelques personnages réussis, mais dans l’ensemble, Gangster Squad est une énorme déception qui ne remplit jamais son contrat.

FICHE FILM
 
Synopsis

Los Angeles, 1949. Mickey Cohen, originaire de Brooklyn, est un parrain impitoyable de la mafia qui dirige la ville et récolte les biens mal acquis de la drogue, des armes, des prostituées et – s’il arrive à ses fins – de tous les paris à l’ouest de Chicago. Tout ceci est rendu possible par la protection, non seulement des hommes de mains à sa solde, mais également de la police et des hommes politiques qui sont sous sa coupe. Cela suffit à intimider les policiers les plus courageux et les plus endurcis… sauf, peut-être, les membres de la petite brigade officieuse de la LAPD dirigée par les Sergents John O’Mara et Jerry Wooters qui, ensemble, vont tenter de détruire l’empire de Cohen.