From Seoul to Varanasi (Jeon Kyu-hwan, 2011)

de le 05/11/2012
 
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Festival du Film Coréen à Paris 2012 : Section paysage.

Narration éclatée, ode au spleen, éclatement des couples, From Seoul to Varanasi est l’archétype du film indépendant léché, bourré de belles idées mais qui n’aboutissent sur rien de bien concret. Truffé de thématiques puissantes et mis en image avec un talent évident, le film se perd dans sa déconstruction habile qui n’est malheureusement là que pour maquer un vide profond et sans fin, entre la Corée maussade et l’Inde lumineuse.

Grâce à sa trilogie sur la ville (Mozart Town, Animal Town et Dance Town) Jeon Kyu-hwan jouit d’une belle réputation festival qui saute aux yeux à la vision de From Seoul to Varanasi, pur « film de festival » qui confine à l’exercice de style plus qu’à autre chose. Porté par une mise en scène délicate, bien que sujette à la pose, dans un style évanescent qui ne manque pas de charme, From Seoul to Varanasi s’essaye à l’auscultation de la mécanique amoureuse et à l’analyse de l’étiolement du couple. Un traitement qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Wong Kar Wai vers lequel Jeon Kyu-hwan lorgne méchamment sans pour autant avoir assimilé ses enseignements. Déconstruire la narration, traiter des relations de façon très sexuée, élaborer des plages en apesanteur et adopter un ton mélancolique pour capter les mouvements d’une ville et ses habitants, mais toute la bonne volonté du monde n’y fait rien. From Seoul to Varanasi a beau être traversé de fulgurances, le film ne parvient pas à développer un propos concret et se contente de disséminer ça et là des idées sans les exploiter. cela pourrait ne pas poser de problème majeur, dans l’optique d’un exercice de style, sauf que Jeon Kyu-hwan jongle tout de même avec des sujets de société majeurs qu’il vulgarise à outrance quand il ne les balaye pas d’un revers de main négligé. Et quand un des sujets en question se trouve être celui du fondamentalisme religieux et du terrorisme, cela pose de sérieux problèmes.

Si on passera sous silence l’énormité du parcours du personnage de Kareem (né au Liban, élevé au Canada et qui prépare en Corée du sud un attentat en Inde…) il est bien difficile d’en faire autant devant la pauvreté du traitement du personnage. Introduction ratée, développement bâclé, il est pourtant l’élément central du récit en tant qu’exutoire émotionnel d’un des personnages féminins et motif essentiel de l’étranger en Corée, doublé du représentant dans le récit de la menace terroriste. Las, il n’est que faire-valoir et instrument d’autres personnages, dont un mentor qui apparait dans le film quand cela lui chante, parfois avec une caméra à la manière de Robert Blake dans Lost Highway, mais sans effort d’écriture et donc sans intérêt. L’islamiste est ainsi réduit à sa forme la plus archétypale et la moins juste, pour un thème majeur littéralement avorté. Plus intelligent est le traitement réservé aux problèmes de couple. Rien de bien original là-dedans et à nouveau quelques facilités mais Jeon Kyu-hwan parvient fugacement à capter le spleen d’un ménage implosant à cause de secret et d’adultères. Difficile de juger si le film en dit long sur l’homme coréen mais il développe tout de même quelque chose autour d’une certaine bourgeoisie qui pense s’acheter une respectabilité avec de beaux costumes, une belle voiture et des grands vins. Sauf que l’homme aussi élégant soit-il n’est qu’une machine à baiser une fois happé par ses instincts primitifs, alors peu préoccupé par l’idée de sa famille. Cela se traduit par des scènes de sexe franchement crues mais très belles, presque poétiques, au moins jusqu’à leur dernier plan qui tombe toujours dans l’artifice du ralenti. Des personnages qui détruisent leur existence par l’amour et le sexe interdit, un beau thème qui ne va malheureusement pas assez loin dans un récit trop artificiel.

On ne compte plus les belles séquences, des plans qui jouent avec la composition des cadres, des jeux sur la focale et une photographie très élégante et jouant avec les contrastes. Mais là encore on note une vraie tendance à la pose avec un réalisateur tellement fier de ses plans qu’il se sent obligé de les utiliser plusieurs fois. Et bien conscient également de la pauvreté générale de son récit, il ne peut faire autrement que de le morceler et le déconstruire. Heureusement, il est plutôt habile conteur et si la première partie parait un brin confuse, il trouve une belle cohérence dans son montage au fur et à mesure qu’approche le dénouement. cependant ces errances amoureuses, aussi belles soient-elles malgré le manque de profondeur, ne parviennent jamais à passionner et risquent même de provoquer un certain ennui. C’est le risque de tout film qui peine à imposer de véritables enjeux et à s’y tenir. From Seoul to Varanasi est certes un beau voyage, comme un rêve cruel et désenchanté, mais il lui manque le supplément d’âme et de rigueur qui fait de ces apartés dramatiques des grands films. Il lui manque l’essentiel : l’émotion. Restent quelques jolies cartes postales, des visages aux regards perdus et des mouvements vaporeux entre civilisations, mais c’est bien trop peu pour convaincre et provoquer autre chose que la sensation d’un rendez-vous manqué.

FICHE FILM
 
Synopsis

Young-woo, qui mène une vie de couple sans relief avec Ji-young depuis plus de 10 ans, a une liaison avec Su-yeon, une écrivain en contrat avec sa société d’édition. Après un accident de voiture, Ji-young rencontre Kareem, un jeune musulman, par qui elle se sent attirée. Alors que celui-ci doit quitter le pays, elle décide de partir le retrouver à Varanasi.