Fright Night (Craig Gillespie, 2011)

de le 29/08/2011
 
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En 1985, Tom Holland livrait avec Vampire, vous avez dit vampire? le premier de ses deux films cultes (suivra Jeu d’enfant, le premier film mettant en scène la poupée Chucky). La recette était simple, à savoir mélanger film d’horreur et comédie adolescente, dans un esprit finalement assez proche des productions Amblin de l’époque. 25 ans plus tard, alors que ne semble apparaitre sur les écrans que des hommages à cette période bien spécifique du cinéma américain, c’est donc à son tour d’avoir droit aux joies du remake. Une coproduction entre les USA et l’Inde, la distribution assurée par Disney, la présence d’une véritable star pour booster la communication (Colin Farrell) et un réalisateur anciennement grand espoir (Une Fiancée pas comme les autres) qui a déçu depuis (Mr. Woodcock), sans oublier l’ingrédient à la mode pour assurer côté recettes : la 3D. Tout est réuni pour un succès public sauce 2011 : une absence totale d’originalité, une major surpuissante qui va inonder d’affiches les bus et couloirs du métro et aucun désir de faire du cinéma, simplement celui de surfer sur l’aura culte d’un succès d’antan et d’en tirer le plus de profit possible. Fright Night c’est ça, un objet sans âme qui se permet de faire subir les derniers outrages à un classique qui n’avait déjà rien de génial, et en 3D. D’autant plus que mise à part la trame générale, à savoir un récit banlieusard avec un ado et un voisin qui s’avère être un vampire, rien ne justifie vraiment l’emploi d’un titre similaire, les deux films n’ayant même pas le ton en commun. En fait on passe presque deux heures à se demander pour quelles merveilleuses raisons ce film existe et ce qu’il apporte au genre. Et la réponse est « rien ».

Surfant sur la sinistre vague post-Twilight, qui ridiculise chaque fois un peu plus le mythe du vampire, Fright Night est un de ces films sans raison d’être, et donc sans étincelle de vie. Ce qui en fait un film non pas nul, il contient d’ailleurs de belles choses, mais inutile, vain, et oubliable en un éclair. D’ailleurs pendant la première heure on en vient même à se demander si le film existe, si cette salle de cinéma n’est pas une illusion. Car il ne se passe rien, mais alors absolument rien, pas le moindre sursaut de cet électroencéphalogramme désespérément plat. Il faut dire qu’avec cet acteur principal au charisme digne de celui d’un calamar neurasthénique, Anton Yelchin, on frôle la dépression. On suit Charley au lycée, Charley avec sa mère célibataire, Charley avec ses potes cools, Charley avec son ancien pote nerd et Charley avec sa copine, petite bombe atomique qu’il refuse de sauter (Walt Disney donc on pousse le bouchon à parler un peu de cul mais surtout on n’en montre pas ou on ne sous-entend même pas que ça pourrait se passer, car c’est sale). Globalement on s’ennuie, mais en 3D. Puis le rythme s’élève enfin avec les premières véritables attaques et Fright Night devient un banal film de vampire qui pioche un peu dans toutes les références du genre et essaye de trouver un ton cool sans jamais y parvenir. Le problème est que de l’original Vampire, vous avez dit vampire? on ne retrouve jamais ce qui faisait le charme, à savoir de l’humour et un véritable second degré. Ici, c’est la recherche du film d’horreur new age avec des jump scares basiques, parfois efficaces et parfois moins, mais qui n’apporte rien au genre et lui fait faire du surplace. Côté humour, c’est une catastrophe, les quelques tentatives de blagues se soldant à chaque fois par un échec. Une des cartes les plus intéressantes du film, l’excellent Christopher Mintz-Plasse, se voit expédiée en quelques scènes. Rien de bien surprenant tant le scénario semble torché par des incapables, et on n’est pas vraiment surpris de voir qu’il est signé Marti Noxon, la même qui avait signé l’impossible Numéro Quatre. Ainsi, entre raccourcis foireux et un nouveau viol en règle du mythe vampirique (comment tuer une colonie de vampires? La réponse de Fright Night est calamiteuse), il ne reste plus grand chose pour sauver les meubles.

[quote]C’est naze, comme nom de vampire. Jerry?

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S’il y a quelque chose à « sauver », cela vient sans doute d’un duo d’acteurs réunis pour l’occasion. Alors certes, ils ont de grandes chances d’agacer car ils sont en pleine séance cabotinage, mais Colin Farrell et David Tennant (Doctor Who !) assurent le show. Chacun leur tour ils électrisent la moindre scène et s’accaparent toute l’attention avec une facilité naturelle. Le premier nous sort une composition de vampire hyper-sexué entre le playboy, l’animal et l’héroïnomane en manque tandis que le second livre un spectacle costumé à la Russell Brand. C’est jouissif ou pathétique, au choix, mais dans tous les cas c’est une maigre consolation. Car au tableau des doléances il convient de rajouter une mise en scène pataude qui va de l’effet de style gratuit (un joli plan séquence qui n’a aucun sens) à une incompréhension incroyable des outils utilisés. Ainsi, Craig Gillespie semble oublier dans son découpage et dans son travail avec le directeur de la photographie Javier Aguirresarobe (capable du meilleur, La Route ou Les Autres, comme du pire, Twilight: Chapitre 2 – Tentation) qu’il était en train de faire un film en 3D. Les vampires ça vit la nuit, donc l’image est sombre. La 3D ça assombrit l’image. À l’arrivée on ne compte plus les séquences dans lesquelles on ne voit quasiment rien. Ceci dit, vu la qualité de ce qu’on peut y voir quand tout fonctionne bien, ce n’est pas un drame. Pour le reste, la 3D trouve une véritable utilité : rendre palpables les particules incandescentes de vampires assassinés. C’est beau quand ça vole partout…

FICHE FILM
 
Synopsis

Charlie Brewster est au top : élève de terminale parmi les plus populaires, il sort en plus avec la plus jolie fille du lycée. Il est tellement cool qu’il méprise même son meilleur pote, Ed. Mais les problèmes vont arriver avec son nouveau voisin, Jerry. Sous les dehors d’un homme charmant, il y a chez lui quelque chose qui cloche. À part Charlie, personne ne s’en rend compte, et surtout pas sa mère. Après l’avoir observé, Charlie en vient à l’inévitable conclusion que son voisin est un vampire qui s’attaque à leur quartier… Bien sûr, personne ne croit le jeune homme, qui se retrouve seul pour découvrir d’urgence un moyen de se débarrasser du monstre…