Frankenweenie (Tim Burton, 2012)

de le 25/10/2012
 
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Si Dark Shadows pouvait laisser présager une forme d’évolution chez l’ex-génie Tim Burton, sa relecture de son propre court-métrage d’il y a 30 ans nous ramène à la dure réalité. Le cinéaste de Burbank n’est plus que l’ombre de lui-même et ce recyclage en mode mineur est la preuve vivante que sa boîte à idées s’est définitivement fermée depuis qu’il ne voir plus la vie en noir. Frankenweenie n’a rien d’un mauvais film, il n’est simplement pas au niveau de ce qu’on est toujours en droit d’attendre de celui dont le génie éclaboussa le début des années 90.

Tim Burton n’avait plus vraiment parlé de lui dans ses films depuis le très introspectif Big Fish, alors que son enfance de freak et ses nombreuses névroses ont toujours nourri ses plus beaux films. Avec Frankenweenie et le jeune Victor Frankenstein, c’est le petit Tim Burton qui revient à l’écran. Ses problèmes de sociabilité, sa peur du monde des adultes, son quartier résidentiel qui illustrera ses plus beaux films, et ces autres enfants tous plus monstrueux les uns que les autres. Tim Burton fait partie de ces rares cinéastes à avoir construit un univers graphique reconnaissable entre mille, c’est en cela qu’il était si grand, mais il était également capable de le faire évoluer, d’en explorer des recoins invisibles, de créer quelque chose tout simplement. Depuis 2001 et La Planète des singes, tout s’est détraqué. Il y a tout d’abord, la rencontre avec sa muse et femme Helena Bonham Carter qui a ramené l’artiste de l’ombre vers la lumière, lui apportant un bonheur sans doute salvateur pour l’homme mais catastrophique pour l’artiste. Cela se traduit par des films dont la noirceur parait forcée, comme s’il fallait surtout garder la « marque Tim Burton » même si elle a perdu tout son sens. Mais l’autre conséquence, terrible et intimement liée à la précédente, est la facilité dans laquelle se morfond le réalisateur, qui à l’exception de Big Fish n’a réalisé que des adaptations depuis plus de 10 ans. Les idées originales ? Envolées.

Dans ce procédé, voir Tim Burton adapter aujourd’hui un court métrage que lui-même réalisa il y a 30 ans ressemble au renoncement créatif total. Et on pourra louer tant qu’on voudra le caractère introspectif de ce Frankenweenie, la mise à nu qu’il peut représenter, il n’en reste pas moins une relecture littérale d’une œuvre datant de sa période la plus créative et la plus difficile à vivre au sein de Disney. C’est en effet ce film qui marqua le divorce entre le graphiste surdoué aux idées noires et le studio du père de Mickey. Trop personnel, trop noir, trop triste, le film sera même caché. On comprend donc son désir de revanche, après avoir en quelque sorte réintégré la famille Disney, studio qui sacrifie l’audace au profit des paris sans risque. Frankenweenie arrive aujourd’hui tel qu’il avait été pensé à l’origine, en animation stop-motion et et noir et blanc, reprenant la trame narrative du court métrage original à la quelle est joint un long arc supplémentaire autour de la monstruosité sous toutes ses formes, et avec les mêmes défauts que l’original. Il y a toujours le même problème de construction avec la mort du chien arrivant trop tôt (dans le générique du film de 1984, au bout de 10 minutes dans celui de 2012) et le même manque émotionnel qui est induit. L’absence d’émotion et un déroulé automatique, c’est bien ce qui pose le plus gros problème, faisant de Frankenweenie un produit dénué d’âme alors qu’il aurait dû être bouleversant. Autre écueil majeur, là encore lié à l’original, le final du film. Alors qu’il semble pendant 1h30 développer un récit initiatique autour d’un garçon qui ne veut pas accepter de perdre un être cher, qu’il met en place un conte lié au processus de deuil, tout s’écroule dans la scène finale. C’est bien beau d’avoir le sacro-saint happy end Disney, sauf qu’il ruine littéralement toute la portée du film. Dans Frankenweenie, le personnage de Victor ne grandit pas, il n’apprend rien, sa quête n’a aucun sens et le film non plus. Bien sur, on pourra toujours y trouver une forme d’insolence car il remet en cause la réflexion terre-à-terre de parents par rapport à l’éducation de leur fils, sauf que Tim Burton avait déjà fait ça et qu’il aurait été intéressant de voir son évolution sur le sujet maintenant qu’il est père. Qu’il n’ait pas évolué de iota en 30 ans et avec une famille est tout bonnement impensable.

Plutôt qu’un film adulte, mais pour enfants, avec une morale de conte et un apprentissage de la cruauté de la vie, il préfère relire ses classiques. Il reprend son court métrage souvent au plan près, et même si le stop-motion apporte un aspect surréaliste supplémentaire, l’intérêt est plus que limité. D’ailleurs sur le plan strictement technique, outre une 3D qui n’apporte rien d’exceptionnel si ce n’est sur le jeu des transparences et quelques excursions hors du cadre à la façons des vieux films de monstres en relief, Frankenweenie est très réussi. L’animation est fluide, les personnages bénéficient d’un supplément d’âme, et la mise en scène de Tim Burton, son découpage et la photographie expressionniste donnent dans le sans faute. L’amateur de films d’horreur aura également de quoi se réjouir à travers la multitude de clins d’œils et d’auto-citations, de Dracula aux Gremlins, en passant par La Fiancée de Frankenstein et le monstre Gamera. Le film est parsemé de fulgurances, qu’il s’agisse de la renaissance de Sparky ou de l’invasion des monstres, ou encore du dernier acte gothique à souhait dans le vieux moulin, mais la sensation qui prédomine est celle d’un simple produit qui sent la redite, qui ne prend aucun risque et qui n’ose pas aller au bout de son sujet. Reste que visuellement Frankenweenie en impose sérieusement, que la composition de Danny Elfman est somptueuse et que Vincent Price semble renaître grâce à Martin Landau. Mais que tout cela manque d’émotion malgré ses séquences clairement pensées pour toucher le spectateur…

Et pour se rappeler de bons souvenirs, le Frankenweenie de 1984 :

FICHE FILM
 
Synopsis

Après la mort soudaine de Sparky, son chien adoré, le jeune Victor fait appel au pouvoir de la science afin de ramener à la vie celui qui était aussi son meilleur ami. Il lui apporte au passage quelques modifications de son cru… Victor va tenter de cacher la créature qu’il a fabriquée mais lorsque Sparky s’échappe, ses copains de classe, ses professeurs et la ville tout entière vont apprendre que vouloir mettre la vie en laisse peut avoir quelques monstrueuses conséquences…