Fortress (Stuart Gordon, 1992)

de le 28/08/2009
 
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Le temps d’un film, celui à qui on doit au moins deux oeuvres majeures du cinéma fantastique, Re-Animator et From Beyond, a décidé de délaisser les adaptations de Lovecraft pour se consacrer à son film d’anticipation. On est alors en plein dans les années 90, période faste pour les nanars de Science Fiction et d’action… Donc même s’il avait été excellent, ce qui est loin d’être le cas, ce Fortress se serait quand même trainé une sale réputation… La faute en partie à un choix d’acteur principal relativement discutable, notre Cricri national! En plus à cette époque Christophe Lambert sort tout juste d’Highlander II, cela faisait donc quelques années qu’il n’avait pas eu de rôle à la mesure de son talent (hum…). En fait il faut croire que sur toute sa carrière (commencée en 1980) il a tout donné sur deux ou trois films: Highlander, Greystoke et dans une moindre mesure Subway. Reste que malgré tout ce qu’on peut en dire, on peut rajouter à cette liste de films pas honteux le présent Fortress qui mérite mieux que son image de série Z.

Alors certes ce n’est pas du côté du scénario qu’on va chercher de l’originalité… Mélange d’influences diverses venues de films d’anticipation ou de films de prison, la trame simple ne fait pas longtemps illusion et à moins de le regarder d’un oeil distrait il est difficile de se faire surprendre par la tournure des évènements. D’autant plus qu’il accumule pas mal d’incohérences, et ce dès le début… Ainsi Cricri se fait quasiment déchiqueter par un berger allemand mais n’en garde aucun séquelle, la prison de haute sécurité hyper moderne possède un puit immense accessible aux prisonniers, les voisins de cellule qui deviennent rapidement des potes… certes ce sont des détails mais ça n’arrange pas la crédiblité de l’ensemble! Et puis il faut croire que les producteurs ont été un peu radins sur le budget quand on voit les décors… l’ambiance est pas mauvaise mais ça fait souvent très kitsh…

Et enfin au niveau des points vraiment rédhibitoires il y a Christophe Lambert… Il montre à peu près trois expressions, avec une prédominance de la colère tout de même, n’a aucune présence, enchaine ses dialogues mal écrits avec une élocution pas vraiment impliquée, bref il joue mal, très mal même! Heureusement qu’il a avec lui une galerie de seconds rôles plus talentueux et mieux écrits. On retrouve ainsi le légendaire Jeffrey Combs qui ne louperait pour rien au monde un film de son pote Stuart Gordon, Vernon Welles en grosse brute avec un 187 tatoué sur le front, Kurtwood Smith, Clifton Collins Jr., Lincoln Kilpatrick et Tom Towles, des bonnes gueules de série B qu’on a toujours plaisir à retrouver!

Si elles sont piochées à droite et à gauche il y a de bonnes idées comme les droïdes et leur origine. De plus les thèmes brassés par le film sont intéressants et le placent comme un véritable film d’anticipation. On pense à la surveillance de la prison par caméra, à l’ordinateur central, au contrôle des naissances et des rêves ou à cet ingénieux système pour que les prisonniers restent dans les rangs. Des éléments vus ailleurs et même repris depuis mais toujours efficaces. Mais malgré tout ça, on frôle souvent avec la série Z de très bas étage. Et le film serait une catastrophe, un vrai navet, s’il n’y avait pas Gordon derrière la caméra! La filmographie du réalisateur alterne le bon et le moins bon mais il y a des thématiques récurrentes qui font que son oeuvre reste intègre malgré le fait qu’elle se situe dans un genre habituellement dénigré par la critique.

Ainsi on sent bien cette idée de remontée vers la surface mise en parallèle avec la naissance, une idée qu’il a déjà développée ailleurs mais qui ici reste discrète. C’est au niveau de la mise en scène qu’il hausse le niveau. Des plans et mouvements de caméra bien sentis, un montage au poil, des éléments qui viennent transcender un matériau de base plutôt faible pour éviter le naufrage. C’est loin d’être une réussite mais on sent qu’il y a un vrai réalisateur (injustement sous-estimé d’ailleurs) à la barre et ça donne tout de suite un certain cachet au film. Après il y a un autre défaut limite impardonnable, il s’agit du final… Complètement hors sujet, mauvais pastiche de Duel de Spielberg… C’est limite honteux et on peut se demander si c’est bien Gordon qui l’a tourné!

En bref, un film qu’on adorait étant jeune souffre souvent d’une nouvelle vision quand on a acquis un œil un peu plus critique. Ce Fortress en fait les frais… ce n’est pas une catastrophe ni un navet, la nostalgie aidant aussi un peu, mais c’est un film plutôt faible, malgré de belles choses dont certaines scènes bien gores ou complètement barrées, et finalement très oubliable dans la filmographie d’un des maitres du fantastique.