Forces spéciales (Stéphane Rybojad, 2011)

de le 29/10/2011
 
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Un groupe de soldats envoyés en Afghanistan en mission de sauvetage d’une journaliste, en voilà un beau sujet de cinéma, non ? Mais non ce n’est pas la même chose que Les Larmes du soleil. Le film d’Antoine Fuqua se passait au Nigéria et Monica Bellucci était une médecin, pas une journaliste. Et Benoît Magimel n’est pas chose comme Bruce Willis. Ça n’a rien à voir du tout. Et au final c’est vrai que les deux films ne sont pas vraiment comparables tant Forces Spéciales se situe au niveau 0 du cinéma qui ferait passer n’importe quelle autre insulte au 7ème art, à l’image de Battle Los Angeles par exemple pour rester dans la philosophie crétine bidasse, pour des chefs d’oeuvres. Avec son affiche badass, son sujet sensible et quelques acteurs franchement charismatiques sur le papier, on pouvait s’attendre à un vrai bon film d’action/guerre. Sauf qu’en faisant confiance à un jeune réalisateur n’ayant à son actif que des documentaires (dont plusieurs sur les forces spéciales, preuve qu’à la base il connait son sujet) et en lui mettant dans les mains un budget qui dépasse l’entendement, la production a fait une erreur fatale. Le résultat est sans appel, Forces Spéciales est LE nanar français de l’année, le film qui se prend tellement au sérieux mais qui s’avère être tellement pourri qu’il en devient risible. Enfin, tout cela est surtout très embarassant pour les personnes impliquées dans le projet…

Le principal soucis, au milieu de toute une liste qui fait peur à voir, vient de Stéphane Rybojad. On le comprend, il a voulu faire son film de guerre et on lui en a donné les moyens, sauf qu’il a confondu efficacité et grand n’importe quoi. Nouvelle victime du style Greengrass, il n’a pas compris que Paul Greengrass ne se contente pas d’abuser de la shakycam mais adopte un véritable point de vue dans l’action sans jamais le quitter, ce qui rend ses séquences efficaces. Dans Forces Spéciales la moindre scène d’action devient le théâtre des aveux d’impuissance du metteur en scène, à tel point qu’on se sent véritablement embarrassé pour lui. Il ne fait aucun doute qu’il a vu et aimé Platoon ou La Chute du Faucon Noir, voire Démineurs, il se plait d’ailleurs à le rappeler en singeant (mal) quelques séquences de ces modèles, de la chute bien connue de Willem Dafoe à la scène de sniper de Jeremy Renner et Anthony Mackie. Sauf qu’il n’en a pas capté l’essence et se contente de les transposer sans âme dans un Afghanistan de pacotille. À vouloir « faire vrai » avec débauche de moyens – le budget de 10 millions d’euros est à peu près le même que celui du film de Kathryn Bigelow – et immersion dans le pays, ça pue le faux à chaque coin du cadre. La tension mise en avant ? On ne la ressent qu’une seule fois dans une séquence aussi brève que surprenante. Tout le reste transpire le ratage dans les moindres détails. En plus de cette satanée shakycam qui brouille leur lecture, les scènes d’action sont construites de façon désastreuse avec une gestion de l’espace absente. Concrètement, quand il y a une fusillade à l’écran il est impossible de situer géographiquement les forces en présence, impossible donc de se sentir impliqué. Le summum du n’importe quoi est atteint le temps de la traque du sniper par une dizaine (ou une cinquantaine, cela dépend des plans) de talibans. L’impression la plus forte est celle d’être devant une parodie qui ne respecte ni son sujet, ni son parti-pris de réalisme, et encore moins la grammaire du cinéma. Étirée jusqu’à n’en plus finir, plombée par des ralentis ridicules et un lyrisme cheap, on en rigole alors que la recherche d’émotion est évidente. C’est qu’il y a un vrai problème « technique » sur ce film, qui fait passer les clips pour l’armée de terre, vers lesquels il lorgne sévèrement, pour des merveilles de sobriété et de montage intelligent.

Incapable d’insuffler un quelconque souffle épique dans son récit alors qu’il pousse toujours plus loin ses délires, faisant passer ses personnages d’étendues désertiques et des oasis magnifiques, puis dans des montagnes enneigées (on croirait la route vers le Mordor), Stéphane Rybojad pousse le vice jusqu’à utiliser un montage qui défie les lois de la logique avec un aplomb qui laisse circonspect. On ne va pas mentionner les inserts ridicules et confus, quoique le réveil du Tchéky Karyo vaut son pesant de cacahuètes, mais il est difficile de comprendre certains choix. User de plans bien trop courts et les monter sans queue ni tête, ok, on comprend, c’est un problème de compréhension de comment raconter une histoire par l’image, mais pourquoi diable ces foutus fondus au noir en permanence ? Là on atteint des sommets d’incompétence car ponctuer chaque séquence de ce genre de transition, y compris pour des scène de 3 secondes, ça n’a aucun sens. Surtout dans un film qui se veut vendeur d’action, de rythme, de drame. C’est mou, atrocement mou.

Maniéré dans le mauvais sens du terme, Forces Spéciales l’est assez clairement, et si c’était son unique défaut on composerait avec. Sauf qu’il est difficile d’accepter ce qu’il nous vend. Il est difficile de sentir la frontière entre drame de fiction et clip bourgeois à la gloire de ces commandos. D’ailleurs même sur ce point le film est embarrassant car vu le résultat final les types ne sont pas si compétents que ça. Le spectacle est tellement grotesque dans la démonstration qu’on s’attend à chaque seconde à voir un grand panneau « Engagez-vous » à l’écran, entre deux ralentis affreux sur des hélicoptères. Et pour rigoler un peu, car finalement le film s’avère très drôle pris au second degré, une très belle blague est présente dans le final avec Diane Kruger, c’est tordant. On en vient naturellement aux acteurs et là encore c’est dramatique. Personne, à part Alain Alivon, véritable militaire, ne semble à sa place. caricaturaux au possible, incroyablement faux dans leur jeu, composant avec des dialogues qui repoussent les limites de l’ineptie, tus ces acteurs capables de grandes choses étonnent par la médiocrité de leur prestation. Même Djimon Hounsou est à côté de la plaque, c’est dire l’ampleur du désastre. Une catastrophe, rien de moins. Et encore, on n’a rien dit sur la vision du peuple afghan qui dépasse même le stade du n’importe quoi…

FICHE FILM
 
Synopsis

Afghanistan. Elsa Casanova, grand reporter, est prise en otage par les talibans. Devant l’imminence de son exécution, une unité des Forces Spéciales est envoyée pour la libérer. Dans des paysages à la fois hostiles et magnifiques, une poursuite impitoyable s’engage alors entre ses ex-ravisseurs qui n’entendent pas laisser leur proie leur échapper et ce groupe de soldats qui, au péril de leur vie, n’ont qu’un objectif : la ramener vivante. Entre cette femme de caractère et ces hommes de devoir, contraints d’affronter ensemble les pires dangers, vont se nouer des liens affectifs, violents, intimes…