Fix Me (Raed Andoni, 2009)

de le 14/11/2010
 
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Si le cinéma israélien vit depuis quelques années une sorte de renaissance grâce à quelques oeuvres sublimes et justement récompensées comme telles, de Valse avec Bachir à Lebanon, en passant par Ajami ou Paradise Now, pour les plus récentes, le cinéma palestinien reste relativement confidentiel. Mais il a pourtant lui aussi trouvé un nouveau souffle, souvent par l’intermédiaire de coproductions avec Israel, à l’image du formidable Intervention Divine d’Elia Suleiman. Présenté à la programmation ACID en marge du festival de Cannes cette année, puis sélectionné à Sundance, Fix Me est la preuve vivante de cette nouvelle vitalité en proposant un cinéma follement original, engagé mais pas que. Car Fix Me aborde un sujet délicat, l’identité de la Palestine, à travers un point de vue pour le moins inédit, celui de la thérapie d’un réalisateur! Fix Me est un documentaire et l’oeuvre d’un artiste qui signe là son premier long métrage avec  pour sujet, lui et ses maux de tête… Cela peut paraître un rien égocentrique à première vue mais s’avère finalement assez jubilatoire et surtout très intelligent. Plus encore que cette comparaison légèrement abusive avec Woody Allen, Fix Me est un petit film surprenant, drôle mais tragique, le portrait idéal d’un pays en quête de son identité.

Fix Me c’est clairement l’autoportrait d’un artiste dépressif, malade à un point qu’il en a oublié les principaux éléments de son passé. Son mal de vivre, sa perte identitaire, se traduisent physiquement par des migraines chroniques. Et le film de prendre la forme à la fois d’une psychanalyse mais également d’un road-movie, à la rencontre de ses proches, déclencheurs de souvenirs resurgissant pour le meilleur comme pour le pire. Mais surtout pour le meilleur finalement car comment vivre sa vie en occultant une partie de son passé? Si Fix Me est bien un documentaire, il n’empêche que Raed Andoni s’essaye à du cinéma contemplatif habituellement propre à la fiction et s’en sort d’une bien belle manière qui plus est. Il faut dire que la contemplation s’accorde parfaitement au message général du film, rempli de mélancolie et d’hésitation, d’errance spirituelle et de questionnement de fond. Fix Me adopte cette posture en particulier au début, pour ensuite prendre la forme d’un vrai documentaire.

Dans la personne de Raed Andoni, qui se film avec plus de pudeur que de nombrilisme, se cristallise la situation du pays. Sa migraine c’est le mal qui ronge la Palestine, un passé difficile à assumer, une souffrance psychologique inguérissable, une culture qui reste là sous le vernis du peuple opprimé mais qui ne parvient plus à s’exprimer. Au fil de ces rencontres on découvre en même temps que Raed, aussi bien artiste que malade et confident du public, un peuple palestinien qu’on ne connaissait pas, un peuple qui malgré ses souffrances est rempli d’une douce mélancolie ainsi que d’un espoir dingue de voir les choses véritablement changer dans l’avenir. Un peuple qui rêve encore, contre toute attente, tout en portant un lourd fardeau. D’ailleurs, de façon tout à fait intelligente, Andoni contribue à cette vision nouvelle de la Palestine, sans pour autant quitter la lutte, en refusant catégoriquement de montrer un pays en ruines. Et de ce voyage dans ce pays de la mémoire perdue émanent des personnages qui illustrent chacun leur tour des blessures dont souffre notre personnage en pleine thérapie.

La grande force de Fix Me c’est qu’on en oublie assez vite qu’il ne s’agit pas que d’un documentaire. En effet il y a clairement un scénario là derrière, c’est une oeuvre de cinéma, mais jusqu’à ce qu’arrive le générique finale on en vient à être convaincu que tout, absolument tout, n’est que documentaire. Et réussir cela c’est tout de même assez fort. Il faut dire que formellement Raed Andoni ne laisse pas de place au doute en adoptant la caméra portée et le montage très typique du genre. La limite de l’exercice vient d’une fâcheuse tendance à la répétition, d’une simple suite d’entretiens avec le psychothérapeute, de rencontres et de passages où le réalisateur conduit son allemande rouge à toute vitesse. Toutefois il s’en émane un naturel assez bluffant, de même qu’un sentiment de liberté exacerbé, et c’est comme un bol d’air inattendu en provenance d’un peuple tel que le peuple palestinien.

[box_light]Extrêmement jubilatoire et pourtant profondément dramatique comme toute thérapie, de par les blessures qu’elle révèle, Fix Me est une expérience de cinéma vérité follement originale. Si le traitement n’est pas parfait et n’évite pas quelques écueils, Fix Me signe la naissance d’un vrai cinéaste assez courageux pour se mettre à nu dès son premier film, Raed Andoni, qui aborde le sujet délicat de la Palestine avec originalité. Il ne fait aucun doute qu’on entendra parler de cet artiste engagé hors du commun dans l’avenir.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Raed, auteur réalisateur, sorte de cousin palestinien de Woody Allen, a mal à la tête, au sens propre comme au figuré. Cela l’empêche de travailler. Armé d’humour et d’une certaine ironie, il interroge alors sa place dans la société palestinienne. Au risque de déconcerter sa propre famille et ses vieux amis, il décide de se faire soigner et de filmer sa psychothérapie...