Fish Tank (Andrea Arnold, 2009)

de le 20/09/2009
 
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3 ans après son Red Road primé un peu partout dont un Prix du Jury à Cannes en 2006, la réalisatrice anglaise originaire du Kent revient avec un nouveau drame qui s’inscrit parfaitement dans la tradition british de Ken Loach, à savoir un cinéma austère et naturaliste avec un propos social omniprésent. Elle nous livre ici le portrait d’une Lolita moderne, un personnage d’écorché vif dont la vie est tellement vide et cloisonnée qu’elle va vivre une passion transgressant les tabous. C’est un film magnifiquement déprimant, et la révélation d’une jeune comédienne extraordinaire.

Mia est une jeune sauvage, une ado de la banlieue de Londres qui vit enfermée dans l’aquarium hermétique de sa vie. Elle est rejetée par sa mère, sa soeur, ses amies, son lycée… c’est devenu une rebelle qui parle et se bat comme un mec. A 15 ans sa seule lumière c’est la danse qu’elle pratique en secret, toute seule, et qui la fait presque ressembler à une femme. Le père est absent, on ne saura jamais vraiment ce qu’il en est mais quoiqu’il en soit dans l’appartement familial c’est la valse des amants jusqu’à l’arrivée de Connor qui semble apporter un semblant de bien-être à la mère de Mia et qui lui apporte à elle un sourire. En père de substitution et fantasme vivant, il va à la fois lui donner un vrai bonheur éphémère et lui faire vivre une expérience interdite d’une cruauté propre aux adultes…

Avec sa caméra sans cesse en mouvement, même s’ils sont parfois minimes, Andrea Arnold s’applique à livrer de beaux plans séquences étouffants autour de Mia. La Lolita mal dans sa peau, mais qui d’un coup se retrouve enflammée par le désir inattendu, est sublimée par la mise en scène. Du coup, même si on sent comme un goût de déjà vu dans cette histoire, on tient quand même un film original. Des adolescents en pleine crise, dans un environnement qui les broie petit à petit, puis l’éveil des sens avec l’apparition d’un sentiment qui semble si naturel mais qui reste un interdit… Fish Tank fait penser à un cheminement intérieur d’une jeune fille qui même si elle semble pessimiste, cherche toutes les issues pour sortir de son bocal.

Scrutant le désir féminin de façon presque clinique, le film introduit un détonateur en la personne de Michael Fassbender, à la fois père de substitution et bombe sexuelle, Arnold le filme avec les yeux de Mia dans des scènes torrides alors qu’objectivement il ne se passe rien à l’écran. Ce sont simplement les regards d’une jeune fille qui se laisse aller à ses sens devant un homme qui se déshabille ou qui fait l’amour à sa mère… Et tous ces petits détails nous emmènent vers l’autre drame, un de plus dans la vie de Mia, le plus choquant pour le spectateur, le chemin vers l’acte interdit, comment il devient inévitable, comment il se passe et quelles en sont ses conséquences… Sauf qu’il n’y a pas vraiment de leçon de morale, ce serait stupide. On assiste simplement à tout ça sans trop savoir quoi penser… de la part de Connor c’est dégueulasse et surprenant, mais après tout Mia avait commencé son jeu de séduction dès le départ…

La fragilité des sentiments, des relations passionnées et brûlantes, des désillusions… Fish Tank ne tombe pourtant jamais dans la facilité. Pas de stéréotypes ni de situations convenues, on navigue dans un réalisme qui frôle le documentaire. On reste pourtant loin de la critique sociale de bas étage ou du procès des personnages et de leur mode de vie, c’est traité avec suffisamment de pudeur et de recul pour passer bien au-dessus.
On pourra regretter une certaine ficelle scénaristique qui vient en ajouter un peu trop au drame mais cela permet tout de même de pousser la réflexion un peu plus loin et de révéler l’humanité (ou le manque d’humanité) de certains personnages.

Rempli de scènes magnifiques, dont une en particulier qui vient à elle-seule justifier le titre, Fish Tank est un film précieux. précieux car il va au bout de son sujet par des chemins tortueux, car il ne cède jamais au pathos facile ou à la moralité, et enfin car on y croise des acteurs formidables. En tête la jeune débutante Katie Jarvis qui à 18 ans porte le film sur ses épaules. Elle est l’incarnation parfaite d’une jeunesse prête à exploser tellement elle manque de repères et qui se construit une carapace aussi dure en apparence que terriblement fragile dès qu’il s’agit de sentiments forts qui sont en jeu.

Et si la fin laisse entrevoir un rayon de soleil, on en sera pas dupe. Ce portrait est d’un pessimisme qui fait peur, car vivre autant de désillusions à 15 ans à peine… comment peut-on espérer s’en sortir vraiment? En tout cas, pour son deuxième prix du Jury à Cannes en deux films, Andrea Arnold fait partie de ces quelques réalisateurs au cinéma sincère à suivre de très près.

FICHE FILM
 
Synopsis

A 15 ans, Mia est une adolescente rebelle avec une unique passion : la danse hip hop. Un jour d'été, sa mère rentre à la maison avec un nouvel amant, Connor, qui s'installe chez elles. Est-ce enfin une promesse de bonheur ou bien un leurre ?