Final Victory (Patrick Tam, 1987)

de le 28/05/2011
 
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Relativement inconnu en dehors des cercles cinéphiles amateurs du cinéma de Hong Kong, Patrick Tam en est pourtant une figure majeure. Auteur de 7 films majeurs dans les années 80, il a fait partie avec Tsui Hark, Ann Hui et quelques autres de la fameuse nouvelle vague HK qui a sérieusement remis en cause l’égémonie des studios Shaw Brothers et Golden Harvest, imposant de nouveaux auteurs aux films coups de poings et redéfinissant les standards de l’industrie locale. Patrick Tam a commencé avec The Sword, relecture absolue du wu xia pian, et fini avec My Heart Is That Eternal Rose, un des plus grands heroic bloodshed de l’ancienne colonie, avant de disparaître des radars pendant 17 ans et revenir avec l’exceptionnel (et accueilli comme il se doit par le public et la critique) After This our Exile en 2006. Entre temps le réalisateur est devenu professeur de cinéma et celui considéré comme le mentor de Wong Kar Wai a oeuvré en tant que monteur sur Nos Années sauvages et Les Cendres du temps de WKW mais également Election de Johnnie To. D’ailleurs si Final Victory est honoré d’une sortie DVD française sous la prestigieuse bannière HK Vidéo, c’est qu’il s’agit d’un scénario de Wong Kar Wai, au moment où il s’intéressait aux romances dans le monde des triades.

Final Victory prend la forme d’un récit en trois actes mettant en scène Eric Tsang dans la peau de Hung, un pauvre type trop gentil qui a toujours vécu dans l’ombre de son « grand frère » Bo. Patrick Tam choisit une voie narrative claire et classique par rapport à ce que fera plus tard WKW. Cependant, on y retrouve plusieurs obsessions qui feront l’identité de son cinéma. Des histoires d’amour impossibles ou contrariées, une tendance à la pose romantique, une certaine suspension du temps, des instants fugaces qui morcellent la grande histoire. Est-ce le récit de Wong Kar Wai qui influence la mise en scène de Patrick Tam ou cette dernière qui marquera au fer rouge l’oeuvre à venir du premier? Difficile de se prononcer mais la filiation est évidente, jusqu’à la présence d’un morceau de musique pop pour imprimer du rythme. Final Victory c’est, plus qu’un film traitant des triades, pas vraiment présentes à l’écran, un véritable comédie dramatique cantonaise, avec tout ce que cela implique. Entre chaque séquence de parloir, qui font monter un peu plus la pression autour de Bo et son goût pour la violence, c’est une succession de gaffes et maladresses pour Hung, visiblement incapable d’assumer sa mission. L’humour cantonais très présent risque d’en laisser plus d’un sur le carreau mais le film s’avère très drôle. Le soucis est que cet humour parfois trop présent, mais loin des pitreries habituelles d’Eric Tsang qui trouve ici un vrai rôle de clown triste, atténue parfois l’aspect dramatique de la chose justement. Il y a pourtant quelque chose de tragique dans cette histoire frères dans laquelle vient s’incruster une romance difficile à gérer. À jongler entre les ruptures de ton, Patrick Tam se casse parfois les dents, ce qui ne l’empêche pas quelques minutes plus tard d’être touché par la grâce. Mais pas son récit somme toute classique, ses élans parfois vaudevillesques et ses personnages hauts en couleurs, Final Victory est un must tombé dans un anonymat incompréhensible. Son accueil timide dans les salles y est sans doute pour beaucoup.

D’ailleurs Final Victory doit pour beaucoup à ses acteurs. Le trio permanent constitué d’Eric Tsang bien entouré de Loletta Lee et Lee Din-long fait des miracles, même si dans le surjeu quasi permanent typique de ce type de film. Mais c’est Tsui Hark qui assure le show alors qu’il n’a pas tant de scènes que ça. Dans une de ses rares apparitions en tant qu’acteur, il se glisse dans la peau du gangster bigger than life avec le costard blanc et la chemise ouverte de rigueur, tout dans l’excès au moment de balancer son texte. C’est un régal que de voir le génie se faire plaisir ainsi chez les copains, quitte à en faire trop. Mais Final Victory est également une merveille de mise en scène qui se rapproche souvent des premiers WKW dans l’énergie qui y est déployée. Du plan iconique, de grosses accélérations, beaucoup de mouvement et d’idées, des filtres de couleurs agressifs, on noterait presque un petit côté guerilla qui en impose. Et en artiste du contraste, Patrick Tam parvient à trouver de purs moments de poésie, comme dans les grandes tragédies. C’est beau, dommage qu’il n’ait jamais bénéficié de l’exposition qu’il mérite.

Malgré sa réputation flatteuse chez les amateurs, Final Victory fait toujours office de curiosité plus que de film important. Pourtant, en illustrant le scénario de Wong Kar Wai, Patrick Tam, maître de la nouvelle vague HK, livre une comédie dramatique étonnante. Le vaudeville et l’humour cantonais y côtoient une tragédie fascinante dans un trio amoureux sous l’ombre d’un Tsui Hark surprenant en petit gangster. Ce n’est pas un grand film pour autant mais une petite pépite qui gagne à être connue.

FICHE FILM
 
Synopsis

Hung et Bo ont grandi ensemble dans un orphelinat de Hong Kong. Timide et réservé, Hung a toujours considéré Bo comme son grand frère à la fois protecteur et frondeur. Le jour où Bo est incarcéré, il demande à son ami de prendre soin de Ping et Mimi, ses deux maîtresses. Au fur et à mesure que Hung et Mimi apprennent à se connaître, des sentiments se nouent entre les deux jeunes gens qui finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Lorsque Bo sort de prison, la nouvelle de la relation entre Hung et Mimi provoque sa colère et le désir de tuer le couple illégitime…