Fast & Furious 5 (Justin Lin, 2011)

de le 29/04/2011
 
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Assez miraculeusement, l’essai crétin mais véritablement jouissif de Rob Cohen en 2001 sobrement titré Fast & Furious (il n’y avait pas erreur sur la marchandise avec les promesses du titre) s’est transformé en une franchise. Entre un second épisode qui pousse la beaufitude dans ses derniers retranchement, et qui ressemble plus à un gigantesque clip de hip-hop qu’à un film, un troisième qui relève à peine le niveau en délocalisant à Tokyo pour des cours de drift et un quatrième qui donne enfin une suite au premier, cette franchise est tout de même sacrément bancale. Depuis le bien nommé Fast & Furious : Tokyo Drift, c’est Justin Lin qui se charge de mettre en scène le concentré de testostérone, d’huile de vidange et de seins siliconés et il lui a fallu du temps pour comprendre que le Fast & Furious originel fonctionne essentiellement par la présence du monolithe Vin Diesel, sorte de génie de l’acting moderne capable de transformer un navet en gros plaisir bis simplement par son crâne brillant, ses biceps bandés et sa voix caverneuse. Après l’avoir fait revenir le temps d’un quatrième épisode qui en a laissé plus d’un sur sa faim, il multiplie la mise sur Fast & Furious 5 en appelant toute la famille de la saga et en y ajoutant un autre monstre de cinéma physique, le bestial Dwayne ‘The Rock’ Johnson avec la promesse d’une grosse baston bien brutale entre les deux mastodontes. De telles promesses pouvaient déboucher sur une nouvelle déception façon Expendables, mais non. Justin Lin ne fait pas que relancer une franchise au point mort, il signe le meilleur film de la saga et accessoirement un véritable modèle de film d’action bourrin à souhait. C’est toujours très con, mais bon dieu que c’est efficace!

Comme une sorte de marque de fabrique de la série, Fast & Furious 5 s’ouvre, ou presque, sur une séquence de braquage musclée. Et d’emblée, on atteint des sommets. Le braquo d’un train à pleine vitesse pour en extirper trois américaines de légende, on est dans du jamais vu avec une construction remarquable de l’action. Pour simplifier les choses sur ce dont il retourne, la séquence est complètement surréaliste, inconcevable, et pourtant elle fonctionne à plein régime à l’écran, annonçant la couleur : les héros sont des gentils bad guys à l’épreuve des balles et capable de toutes les prouesses physiques possibles et inimaginables. À partir du moment où ce postulat est accepté, c’est parti pour deux heures de montagnes russes. Côté scénario, on ne lui demandait pas grand chose et on est servis. Ainsi on a droit à un remake déguisé de L’or se barre, référence ultime du film de braquage en bagnoles, avec le côté réunion de vieux potes sous stéroïdes façon Expendables. Ocean’s Eleven sans les eleven mais avec des gros bras et des moteurs gonflés à bloc, avec petites manigances et trahisons de rigueur. Tout serait même parfait s’il n’y avait pas ce récit secondaire concernant la future paternité de Brian. L’élément permet d’en remettre une couche sur l’amour de la famille de Dom mais crée de sérieuses baisses de rythme. Mais qu’importe tant cela relève au final de l’ordre du détail presque insignifiant et ne gâche en rien ce plaisir primaire que constitue Fast & Furious 5, le film de braquage sans doute le plus bourrin de la création.

Une des meilleures idées du film est de s’inscrire dans la succession directe de la saga (par la réunion des personnages issus des différents films mais également par son ouverture qui reprend précisément là où le quatrième épisode s’arrête) tout en annonçant une véritable rupture de ton. Finis les gentils amusements et le tuning, pourtant marque de fabrique, place à l’action pure et aux grosses bagnoles bien plus sobres. À l’arrivée c’est un morceau de péloche somme toute « classique » qui évite le jeunisme, la pose ringarde pour ados et qui balaye la plupart des tics agaçants des F&F (une seule séquence, courte, avec du street racing et des mini-shorts). Le public visé est bien plus âgé mais ne recule toujours pas devant une bonne régression et le film montre sa maturité par un scénario clairement travaillé pour un truc de ce calibre, ce qui permet non seulement de suivre la chose sans gros temps mort, mais également avec quelques pics d’adrénaline et une excitation bien réelle jusque dans la séquence post-générique qui annonce un Fast & Furious 6 déjà très attendu. D’ailleurs le rythme est tellement bien géré, globalement, qu’on a l’impression de séquences d’action ininterrompues alors qu’il n’y en a qu’une poignée, mais des très grosses il faut le dire.

Outre la séquence de braquage du train, déjà légendaire, Justin Lin nous offre généreusement deux séquences d’action immenses, parmi les plus percutantes de ces dernières années. De l’action il y en a tout le long mais ces deux longs passages sont déments. Tout d’abord une course poursuite à pied dans les favelas de Rio, géante, et tout le dernier acte qui redéfinit presque le standard des courses poursuites en voiture, se hissant sans trop de problème au niveau des Bad Boys II et Matrix Reloaded, dernières références en date dans le domaine. Ça va vite, ça broie du métal dans tous les sens, un vrai bonheur pour les amateurs d’actionners. Dans une ville de Rio sacrément bien shootée par un réalisateur qui a enfin compris qu’il était aux commandes d’un film et pas d’un clip, on assiste en parallèle à l’élaboration d’un plan magistral mais aussi, et surtout même, à une traque qui prend sérieusement l’allure d’un concours de bites entre Vin Diesel, la proie, et Dwayne Johnson, le chasseur. Justin Lin a tout compris au mythe qui entoure les deux acteurs et les fait se toiser jusqu’à un affrontement bien brutal qui tient toutes ses promesses niveau destruction. On ajoute à ça des poses iconiques déjà cultes et des punchlines qui assurent, et on obtient un film aussi drôle que jouissif, un modèle de film d’action.

[box_light]Fast & Furious 5 c’est une petite révolution. Dans l’ensemble aussi crétin et régressif que ses prédécesseurs, ce cinquième épisode impose une continuité qui manquait à la saga tout en pulvérisant les codes qui en faisaient son charme et sa principale faiblesse. Sérieux, mais jouissif du premier au dernier plan, on assiste enfin au spectacle promis par un blockbuster d’action hollywoodien avec des séquences d’action d’anthologie, de l’humour, des grosses cascades et des personnages gigantesques. Et le tout à un rythme d’enfer et sur un scénario pas si crétin. Et ne serait-ce que pour le duel entre Vin Diesel et The Rock… les amateurs comprendront.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Depuis que Brian et Mia Toretto ont extirpé Dom des mains de la justice, ils ont dû franchir de nombreuses frontières pour échapper aux autorités. Retirés à Rio, ils sont contraints de monter un dernier coup pour se faire blanchir et recouvrer leur liberté. Ils se constituent une équipe d'élite, réunissant les pilotes les plus avertis, conscients que leur seule chance d'être acquittés pour bonne conduite nécessite une confrontation avec l'homme d'affaires véreux qui souhaite les voir morts. Mais il n'est pas le seul à leurs trousses. L'impitoyable agent fédéral Luke Hobbs n'a jamais loupé sa cible. Affecté à la traque des fugitifs, lui et son équipe de choc élaborent un implacable dispositif d'assaut destiné à les capturer. Passant le Brésil au crible, Hobbs réalise combien la frontière qui sépare les bons des méchants est ténue. Il doit alors s'en remettre à son instinct pour acculer ses proies et éviter qu'un autre ne les débusque avant lui.