Expendables : Unité Spéciale (Sylvester Stallone, 2010)

de le 06/08/2010
 
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Il y a certains films qui feraient un excellent support d’étude pour des sexologues au moment de répondre à la question récurrente: faut-il réaliser ses fantasmes? C’est le cas d’Expendables : Unité Spéciale. En deux films étalés sur quatre ans la légende Sylvester Stallone avait opéré ce qui restera comme un des plus beaux revival devant comme derrière la caméra. Rocky Balboa venait clore une longue fresque dans l’émotion sincère tandis que John Rambo était un modèle d’actioner bourrin à souhait et hyper généreux pour les amateurs de sang et de testostérone. Fin 2008 quand Sly annonce vouloir réaliser un film d’action en hommage à toutes les séries B sévèrement burnées et un peu cons des années 80, avec en tête un des castings les plus fous jamais réunis et avant même de voir la première image de ce projet dingue, c’était un vieux fantasme qui prenait vie. L’ambition était folle, rassembler dans un vrai film (car Stallone a montré qu’il était capable de faire du vrai cinéma) tous les action heroes des 80’s à aujourd’hui, et pour quiconque a grandi en s’abreuvant aux Commando, Rambo, Die Hard et autres, l’attente ne pouvait qu’être immense. On passera rapidement sur l’absence des Van Damme, Seagal ou Norris, qui avec le recul ont peut-être eu de la chance ou ont fait le bon choix de ne pas s’embarquer là dedans mais Expendables : Unité Spéciale, et c’est un véritable crève-coeur que de le dire, est une déception à la hauteur des attentes, c’est à dire très grosse. Cela ne veut pas dire que tout y est mauvais, loin de là, mais il est clair qu’alors que ses deux précédents films ont été faits avec le coeur et les tripes Stallone a réalisé celui-ci en ne quittant jamais son portefeuille des yeux. Quel dommage!

Expendables : Unité Spéciale est clairement un film schizophrène. D’un côté on a la réunion de grosses brutes qui ont l’air de bien s’amuser ensemble, un scénario prétexte à tout faire péter dans tous les sens et de l’action à revendre. Mais de l’autre on trouve des ambitions de faire quelque chose de sérieux, qui ne dépasse surtout pas du cadre et qui surtout doit remplir le tiroir-caisse. Ces deux approches diamétralement opposées n’ont de cesse de se télescoper du début à la fin du film qui ne trouve jamais vraiment son identité propre. Ainsi là où on n’attendait qu’un bon gros film bien bourrin et décérébré on retrouve certes un spectacle majoritairement crétin mais qui se retrouve bien trop souvent parasité par des tentatives de faire dans de l’émotion bien trop artificielle pour convaincre. Le sous-texte traitant du vieux héros fatigué est bien présent, celui d’un passage de flambeau entre la génération Stallone et la génération Statham également, mais relativement mal traité, tout comme une dose de romantisme à deux balles abordée avec une maladresse évidente. Autant faire l’impasse dessus tant cela n’apporte absolument rien si ce n’est une bonne dose d’ennui.

Car oui, la véritable et très mauvaise surprise elle est là: on trouve le temps long. Avec 1h45 au compteur on pouvait presque s’en douter mais c’est flagrant, le rythme souffre terriblement de moments de creux insupportables. Tout ce qu’on lui demandait c’était de faire vibrer notre fibre nostalgique, de nous faire mouiller le caleçon en nous montrant nos icônes se foutre sur la gueule et balancer des punchlines qui auraient fait fureur dans les cours de récré des années 80. Pourquoi vouloir en rajouter dans le pathos foireux? le résultat est sans appel, passée une introduction savoureuse avec l’équipe au complet et avant le final ultra jouissif qui nous rappelle à quel point Stallone aime tout faire exploser, les bâtiments comme les personnages, on compte les vrais moments de bravoure sur les doigts d’une seule main. Expendables : Unité Spéciale n’est finalement pas le film de groupe attendu, il est essentiellement centré sur le couple maitre/élève Stallone/Statham, souffre d’une overdose de private jokes et LA scène tant attendue entre les 3 monstres sacrés Sylvester Stallone, Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger vire rapidement à la grosse blague bien lourde même si le plaisir de les voir réunis dans un même plan est immense.

Toutefois tout n’est pas noir comme on l’a dit plus haut. Expendables : Unité Spéciale distille une bonne dose d’action bien bourrine et de fun décomplexé, même si cela est trop rare. Une poignée de séquences géniales pendant tout le film, de gros moments de vide, mais surtout un final assez démentiel qui s’étire sur une bonne demi-heure. À une poignée de mercenaires contre plusieurs centaines de soldats latinos, on en a pour son argent niveau explosions en tous genres et bodycount qui atteint des sommets. Donc oui de l’action il y en a et les séquences sont même plutôt bien construites sauf qu’on en vient au très gros défaut du film, son montage. Car si Stallone ne fait pas vraiment de miracle à la mise en scène, c’est même assez décevant, il semblerait que le monteur ait abusé de substances psychoactives excitantes quand il était devant sa table. Le résultat est souvent illisible. Quand c’est pour masquer des performances physiques en retrait de certains acteurs ça se comprend mais quand il y a à l’écran un acteur martial du calibre de Jet Li, en forme, et qui voit toutes ses chorégraphies massacrées par un montage plus épileptique que cut, on a envie de crier au scandale!

Pour le reste Stallone a beau tenir la forme il a l’air de plus en plus fatigué, Statham bénéficie de son physique imposant et de sa classe naturelle, Jet Li hérite du rôle du petit chinois de service, Rourke fait de la figuration dans un rôle entre le gipsy crade d’Iron Man 2 et l’introspection façon the Wrestler, Randy Couture et Steve Austin sont toujours aussi impressionnants, Dolph Lundgren est même surprenant avec l’âge même si son rôle n’est qu’accessoire… rien de bien transcendant si ce n’est la prestation délicieuse d’Eric Roberts qu’on ne se lassera définitivement jamais de voir à l’écran.

[box_light]Déception et promesses non tenues, c’est ce qui vient en premier en repensant à Expendables : Unité Spéciale. Le film d’action ultime annoncé n’est pas au rendez-vous à cause d’un rythme en dents de scie et des choix scénaristiques douteux. Stallone semble avoir repris la grosse tête et c’est bien dommage car il avait les cartes en main pour s’asseoir à nouveau sur le trône du roi de l’action. Reste que derrière une ambition déplacée et des CGI tout pourris le plaisir nostalgique et coupable est tout de même présent, et le long climax bourrin nous emporte, mais c’est l’impression d’un rendez-vous manqué qui prime.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Ce ne sont ni des mercenaires, ni des agents secrets. Ils choisissent eux-mêmes leurs missions et n'obéissent à aucun gouvernement. Ils ne le font ni pour l'argent, ni pour la gloire, mais parce qu'ils aident les cas désespérés. Depuis dix ans, Izzy Hands, de la CIA, est sur les traces du chef de ces hommes, Barney Ross. Parce qu'ils ne sont aux ordres de personne, il devient urgent de les empêcher d'agir. Eliminer un général sud-américain n'est pas le genre de job que Barney Ross accepte, mais lorsqu'il découvre les atrocités commises sur des enfants, il ne peut refuser. Avec son équipe d'experts, Ross débarque sur l'île paradisiaque où sévit le tyran. Lorsque l'embuscade se referme sur eux, il comprend que dans son équipe, il y a un traître. Après avoir échappé de justesse à la mort, ils reviennent aux Etats-Unis, où chaque membre de l'équipe est attendu. Il faudra que chacun atteigne les sommets de son art pour en sortir et démasquer celui qui a trahi...