Exilé (Johnnie To, 2006)

de le 25/06/2007
 
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Après un diptyque Election 1 et Election 2 sorti dans une indifférence aussi totale que honteuse, car il s’agissait tout de même d’une véritable  révolution discrète du polar mafieux, voici donc le dernier film du nouveau nabab du cinéma de Hong Kong Johnnie To, aujourd’hui courtisé par les plus grands festivals du monde.

Exilé peut être vu comme une suite indirecte du monumental The Mission dans le sens où on retrouve le même casting 3 étoiles mais c’est vraiment le seul point commun entre les deux films, que ce soit sur le fond ou la forme.  Toutefois les deux oeuvres sont à mettre dans une catégorie bien spécifique du cinéma de Johnnie To, sa veine expérimentale dans laquelle on peut également ajouter l’étrange Running on Karma.

Exilé marque une véritable rupture dans la filmographie du réalisateur. Car si ses derniers films essayaient d’apporter une touche de profondeur au genre balisé du polar (par la satire ou sous la forme de la fresque familiale), il signe ici un pur objet de fantasme pour les spectateurs friands de belles images en relayant le récit au dernier rang. C’est aussi en cela que le film s’éloigne de The Mission dans lequel il avait apporté sa révolution du gunfight à la hongkongaise en filmant les affrontements de façon très posée, presque neutre. Ici des gunfights il y en a en nombre conséquent et ils sont tous au moins autant stylisés que ceux de la grande époque de John Woo (que Johnnie To ne se gênait pas de critiquer par ailleurs). C’est à dire que tout se passe dans des ralentis somptueux, avec des lumières très travaillées, des chorégraphies complexes et exécutées au millimètre, etc…

Et dans ce sens Exilé est ce qu’on appelle un pur film de metteur en scène. Il n’a jamais rien fait d’aussi stylisé, d’aussi virtuose, d’aussi poseur aussi, un vrai bonheur dans lequel la mise en scène est toute puissante.

Ensuite il faut aussi dire qu’Exilé n’est pas tout à fait un polar, c’est plus un western. Un western urbain même pour être précis. Tout dans le film transpire le western: la musique, les décors (Macao et sa forte influence méditerranéenne), les personnages désabusés, les longueurs dans les regards… bref le tout est un bel hommage au genre et logiquement au cinéma de Sergio Leone en particulier (l’ouverture en référence à Il était une fois dans l’ouest, une scène avec un des personnages qui tire sur l’arme de l’autre comme dans Et pour quelques dollars de plus, la liste peut être longue). En bref l’influence est évidente, transpire tout le film, prouvant une fois pour toute que le cinéma de Johnnie To est autant bercé par Jean-Pierre Melville que Sergio Leone, mais sans être pompeuse pour autant.

Le film est un bel hommage et c’est surtout le plus beau film d’un des meilleurs réalisateurs de Hong Kong, même si ça n’est pas son meilleur non plus. Mais pour la virtuosité du geste, la musique magnifique et tous ces grands acteurs magnifiés, filmés tel des héros presque amoureusement, Exilé est une vraie date, un film essentiel.

FICHE FILM
 
Synopsis

Macau, 1998. Wo s'est retiré du milieu et mène une vie paisible avec sa famille. Mais quatre tueurs à gages venus de Hong Kong, d'anciens "collègues de travail", se rendent chez lui. Deux d'entre eux ont pour ordre de tuer Wo.