Monsters (Gareth Edwards, 2010)

de le 22/09/2010
 
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Ou quand la campagne promo se trompe encore de cible. Depuis des mois, à grands coups de teasers mystérieux cherchant le buzz à tout prix (à l’image de Skyline également), on nous vend l’arrivée d’un nouveau District 9. Autant couper court aux fausses rumeurs, Monsters n’est pas un mockumentary et encore moins un ersatz du film de Neill Blomkamp. Ce n’est pas non plus le nouveau Cloverfield, et dans un sens tant mieux, ces deux films étant suffisamment originaux pour se suffire à eux-même. Monsters c’est avant tout la grosse surprise de l’année, celle qu’on attendait pas vraiment. Par sa forme, par son style et ses thématiques, rien de tout ça n’était prévu. Et forcément, en prenant tout le monde à revers, les réactions lors de sa présentation à l’étrange festival étaient des plus divergentes, avec d’un côté les déçus de ne pas avoir eu un film de monstres comme promis, et de l’autres les conquis d’avoir vécu une fable écologiste grandeur nature et pleine d’originalité. Lorsque l’exercice est aussi brillant, il y a peu de chances d’être déçu pourtant, et découvrir un film qui ne correspond pas à nos attentes s’avère être une expérience des plus agréables. À la longue cela devient ennuyeux de ne plus être surpris, mais heureusement que des gars comme Gareth Edwards existent! Spécialiste des effets spéciaux, armé d’un budget annoncé comme ridicule (15000$, surréaliste quand on voit le résultat), cet artiste a accouché de quelque chose de bluffant qui sera soit adulé soit rejeté en bloc à sa sortie mais qui ne manque vraiment pas d’intérêt.

Plus que le chemin de la science-fiction d’action, Monsters choisit la voie du road movie. Et même si on peut être sceptique face au budget annoncé – à l’écran le film semble avoir coûté 100 fois plus – le genre est un bon choix pour illustrer des moyens limités. Passée une introduction aussi brève qu’efficace et plantant habilement le décor, à savoir les raisons de la présence extra-terrestre et le danger qu’ils peuvent représenter, on entre rapidement dans le vif du sujet, même si vif n’est pas la notion idéale pour qualifier ce film. Concernant cette mise en bouche, elle prend la forme du documentaire. Texte explicatif puis plongée au coeur d’une intervention militaire en caméra à l’épaule et mode nighshot, c’est à ce moment que Monsters quitte sa filiation avec les oeuvres de SF citées plus haut. Le film de Gareth Edwards prend alors la forme d’une fable écologiste, d’une errance naturaliste et hautement métaphorique. À voir ce couple en devenir traverser cette zone dévastée, ce nouvel écosystème, on pense bien plus à la Route ou the Mist qu’à District 9, définitivement. Le premier pour sa noire mélancolie dans un décor post-apocalyptique, le second pour son regard sur la nature et un fort discours social.

Mais il ne faut pas non plus voir Monsters comme un simple best-of d’influences diverses même si elles sont bien présentes, d‘H.G. Wells pour une sorte de variation de sa Guerre des Mondes à Steven Spielberg dont Jurassic Park est ouvertement cité lors d’une séquence d’attaque. Gareth Edwards a bien digéré ses inspirations majeures pour accoucher d’une oeuvre sensible et originale. Sans trop déflorer l’intrigue, on assiste à un voyage initiatique centré sur le couple principal. Plus qu’une romance, il s’agit d’un portrait de personnages placés dans une situation tellement extrême qu’elle exacerbe leurs traits de caractères et s’impose comme l’élément essentiel de leur relation. Mais Monsters c’est également une métaphore de la Nouvelle-Orléans post-Katrina, un monde détruit par les forces de la nature et auquel les autorités ne savent s’intéresse de la façon la plus absurde et inhumaine. Une réponse par la violence aveugle, le désintérêt total vis-à-vis des populations démunies ou de cette nouvelle population, la bêtise humaine face à la catastrophe. C’est pathétique mais tellement réaliste que le propos n’a aucun mal à toucher le spectateur jusqu’à l’émouvoir.

On s’attendait à de l’action nerveuse, des gros monstres à l’aspect cheap compte-tenu du budget, et une réalisation caméra à l’épaule, Gareth Edwards prend tout le monde à revers aussi bien sur le fond que sur la forme. Jouant essentiellement sur la suggestion et donc la frustration – il ne dévoile ses monstres que sur la fin – et préférant la fable au drame, il en résulte une oeuvre emplie de poésie et de finesse. Cela se traduit à l’écran par une forte tendance à verser dans le contemplatif. L’intrigue étant finalement très mince mais le propos global dense, il fait la encore le bon choix, laissant le temps au temps, étirant ses plans d’une beauté souvent bouleversante. La réflexion naît de l’image et Monsters est bien un film langoureux mais jamais creux, bien au contraire. De là à le voir comme un lointain cousin fantastique aux chefs d’oeuvres de Terrence Malick et Hayao Miyazaki il n’y a qu’un pas que nous pourrions presque franchir. d’autant plus que Monsters bénéficie de l’interprétation hors pair de son couple d’acteurs qui portent littéralement toute l’émotion du film. Bien que légèrement caricaturaux parfois, les personnages de Whitney Able et Scoot McNairy n’ont aucune peine à provoquer une forte empathie à leur égard. La relation complexe qui se crée entre eux s’en retrouve des plus naturelles.

[box_light]Non Monsters n’est pas le nouveau District 9. Le seul point commun entre ces deux films est la présence des extraterrestres durablement installés sur Terre. Monsters est une véritable fable écologiste, un road-movie initiatique et et une métaphore cruelle sur la gestion des catastrophes naturelles par les gouvernements. C’est un film d’une beauté surprenante qui prouve qu’avec un budget ridicule et une équipe de passionnés, même un type issu des effets spéciaux peut se transformer en véritable réalisateur. Porté par des personnages forts, des images sublimes et des décors d’apocalypse, Monsters développe son message avec une justesse qu’on attendait pas. La SF minimaliste dévoile parfois de nouveaux talents, et le dernier en date à ne surtout pas perdre de vue se nomme Gareth Edwards.[/box_light]

FICHE FILM
 
Réalisateur
Scénariste
Directeur Photo
Compositeur
Distributeur
Nationalité
Synopsis

Une sonde de la NASA s’écrase dans la jungle mexicaine, libérant sur terre des particules d’une forme de vie extra-terrestre. Six ans plus tard, le Mexique et le Costa-Rica sont devenus des zones de guerre désertées par les populations locales, mises en quarantaine et peuplées de créatures monstrueuses. Un photographe est chargé d’escorter une jeune femme à travers cette zone dévastée. Seuls sur la route, ils vont tenter de rejoindre la frontière américaine...