Dream Home (Edmond Pang, 2010)

de le 10/09/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Pang Ho-Cheung (aka Edmond Pang) est un de ces réalisateurs très en vue à Hong Kong depuis une bonne dizaine d’années. Un scénario référentiel à mort pour Johnnie To (Fulltime Killer), et son premier long métrage You Shoot, I Shoot dans le quel son personnage principal causait avec le poster d’Alain Delon dans le Samouraï ont fait de lui un des réalisateurs les plus intéressants de l’ex-colonie britannique grâce à sa cinéphilie affûtée et son goût pour les mariages de genres improbables, le tout derrière une virtuosité technique plutôt impressionnante. Peu à peu il s’est fait spécialiste de parodies d’un nouveau genre tout en se construisant une oeuvre complètement à part au sein de l’industrie. Une sélection à Berlin pour Isabella et le bonhomme s’est construit un nom et continue son parcours vraiment atypique. Dernier exploit en date, Dream Home longtemps attendu et vendu comme le premier slasher en provenance de Hong Kong, réputé ultra violent et sanglant. Et en effet, le film n’a pas volé sa réputation puisqu’il s’agit très clairement d’un retour en force de la Catégorie III, genre à part entière dans les années 80 où tous les excès étaient permis avec du gore et du cul dans tous les sens. Dream Home c’est l’héritier new age des Ebola Syndrome, Story of  Ricky ou Daughter of Darkness, c’est hyper sanglant et parfois involontairement drôle, souvent cruel et très graphique. Mais à la différence de toutes ces oeuvres subversives, c’est également un film avec un fort propos social en sous-texte, très ancré dans la réalité du marché immobilier à Hong Kong. Une sorte d’enfer dans lequel les requins sont rois, et où le mal est tellement présent qu’il se retrouve cristallisé dans un seul personnage.

Avec Dream Home, Pang Ho-Cheung ne perd pas de temps et immerge immédiatement le spectateur dans un spectacle ultra glauque. La scène d’introduction imprime directement le style et le rythme, le style sera rentre-dedans et le rythme éclaté. Pang Ho-Cheung explose littéralement sa trame narrative et jongle entre une rythmique minutée pour le temps présent et des flashbacks année après année pour le temps passé. Tout commence par un meurtre, sauvage et hyper sanglant à l’image de la première partie du film. Il est tout d’abord très glauque, très sérieux. Les différents meurtres restent ultra réalistes et le background de Cheng Lai-sheung se fait dramatique, très sombre. De là se développe un scénario de plus en plus malin et retors qui ne dévoile toutes ses cartes que dans le tout dernier acte, dans une révélation qui pourrait paraître légèrement capilotractée mais finalement très logique et parfaitement justifiée.

La note d’intention qui ouvre le film révèle alors tout son intérêt, il s’agit bien d’une tragédie immobilière mâtinée de gore. Si le scénario s’avère bien malin, sa déconstruction est tout de même assez pesante parfois. Ainsi plusieurs flashbacks n’ont que peu d’intérêt et plombent parfois le rythme général pourtant très soutenu dans l’espace-temps présent. Ces scènes du présent, les moins malignes mais les plus impressionnantes graphiquement bénéficient elles d’un rythme véritablement soutenu. Les mises à mort s’enchaînent sans faillir, toujours plus inventives les unes que les autres. Edmond Pang nous propose un festival de gore dégueulasse, avec à la clef une énucléation au tournevis, un meurtre de femme enceinte avec un aspirateur ou encore une castration surprise pendant un acte sous substances. Du bonheur donc qui devient carrément grand-guignolesque dans la seconde partie beaucoup moins glauque et qui laisse la place au 10000ème degré, tout à fait dans la tradition des chefs d’oeuvres déviants de la catégorie III qui retrouve ici un nouveau souffle salvateur.

Comme d’habitude Pang Ho-Cheung soigne sa mise en scène et jongle habilement entre les scènes d’intérieur et les extérieurs où la ville prend une importance toute particulière, et logique. Il redouble d’originalité lors des séquences de meurtres vraiment très sanglantes et shootées sous tous les angles pour ne pas en rater une miette. Cela se traduit par une bonne dose d’images bien dégueulasses et parfois dérangeantes. Une véritable boucherie qui surprend vraiment dans le paysage cinématographique hongkongais devenu relativement frileux depuis de nombreuses années. Ici ça charcle dans tous les sens, ça égorge, ça fracasse des têtes contres la cuvette des toilettes, bref ça saigne bien comme il faut et le tout dans un soucis de réalisme qu’il est difficile de prendre à défaut. L’ensemble, au-delà de sa narration faiblarde qui plombe la tension, est rudement intelligent dans la solution sadique qu’il propose à cette crise du logement mais surtout extrêmement jouissif par son côté hardcore une fois que les mises à mort sont à l’écran. Mais Dream Home souffre d’un autre problème majeur, son interprétation. Comme si la direction d’acteurs avait été laissée de côté, tous sont en roue libre totale et livrent des interprétations plus que décevantes, y compris Josie Ho et Eason Chan, jamais vraiment justes. C’est d’autant plus dommage qu’avec une meilleure direction on y aurait cru d’avantage et le film aurait été bien plus malsain. Là on passe du glauque à l’ultra-gore qui tâche en passant par du gore rigolo, c’est déjà pas mal mais on en attendait sans doute plus.

[box_light]Avec Dream Home l’excellent Pang Ho-Cheung poursuit sa carrière aussi discrète que fascinante en marge complète du système cinématographique hongkongais. Les véritables oeuvres déviantes, les catégories III sont aujourd’hui de lointains souvenirs mais lui se permet de les remettre au goût du jour avec un mélange de comédie sociale cruelle et une tendance incroyable à verser dans l’horreur bien gore. Le film est assez bancal de par sa narration et ses acteurs mal dirigés mais l’ensemble est tellement extrême par moment qu’il parvient souvent à nous convaincre. Reste que Pang Ho-Cheung est toujours un des jeunes réalisateurs les plus intéressants à suivre, ne serait-ce que pour ses prises de risques.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Enfant, Cheng Lai-sheung pouvait admirer la baie Victoria de Hong Kong depuis les fenêtres de l’appartement familial. Mais la ville est en perpétuelle modernisation, et devant chez elle, de nouveaux immeubles luxueux sont venus boucher sa vue… Elle s’est jurée qu’un jour, quand elle serait grande, elle s’offrirait un appartement avec la même vue sur la baie. Les années ont passé, et Cheng n’a pas oublié son serment. Elle travaille dur, assume deux jobs en même temps et va même jusqu’à voler des données pour les revendre à la concurrence. Mais Hong Kong est une des villes les plus chères du monde et elle n’arrive pas à concrétiser son rêve. Son père est gravement malade, elle va toucher son assurance-vie. Mais cela ne suffit toujours pas…