Esther (Jaume Collet-Serra, 2009)

de le 26/11/2009
 
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Autant dire qu’il y a pas mal de réserves à avoir avant d’aller voir Esther… Déjà les « enfants qui font peur » au cinéma on en a eu des tonnes et aucun n’est jamais vraiment arrivé à la cheville de Damien dans la Malédiction, ensuite car le réalisateur est tout de même coupable du remake de la Maison de Cire, un film certes assez fun mais vain, et de Goal II la consécration qui a l’air assez lamentable… de bonnes raisons d’y aller à reculons, surtout si on y ajoute que c’est une production Dark Castle dont la seule vraie réussite dans l’horreur est le récent the Hills Run Red.

Mais le sujet est assez intriguant pour qu’on s’y intéresse tout de même, à raison. Car Esther est un film souvent fascinant, mais malade, qui propose de très belles choses en même temps que d’autres presque honteuses… Et là où l’an dernier Joshua faisait plus dans la psychologie relativement subtile, le réalisateur catalan cherche ici le choc par l’image. Dès lors si le film est construit sur le même canevas que la Malédiction, il s’en éloigne par un traitement très rentre-dedans et grand-guignolesque dans sa seconde partie, ce qui vient anéantir toutes les tentatives de créer une tension durable. Car si la première partie est plutôt convenue, il faut avouer que cette gamine fait froid dans le dos, on y sent tout de même l’intention de suivre la trace du genre, alors que la seconde pourtant plus efficace verse rapidement dans la violence frontale.

A peu près tous les clichés du genre sont là, la scène du cauchemar (bien torchée mais qui ne surprendra personne), celle du miroir dans la salle de bain (deux fois), celle de l’apparition (in)attendue dans l’embrasure de la porte, celle de l’orage… bref, la liste est longue et Esther, dans son approche de l’épouvante, ne brille pas vraiment par son originalité. Pire, on n’a jamais vraiment peur… alors que la façon dont Richard Donner nous emmenait doucement sur le regard terrifiant de Damien réussissait à nous glacer le sang, ici au mieux les moins attentifs se feront surprendre par les effets sonores plus ou moins efficaces. Mais pour les amateurs qui ont déjà vu tous les classiques, aucune surprise.

En fait si on garde un certain intérêt pour ce film qu’on a finalement déjà vu plusieurs fois, c’est grâce à Isabelle Fuhrman. La jeune actrice tient le film à elle seule, impose dès son apparition une présence mystérieuse et dérangeante, c’est une belle révélation dans un rôle qui évolue considérablement dans le jusqu’au-boutisme du final. On n’en dira pas forcément autant du reste du casting, Vera Farmiga est coincée dans son rôle de mère ravagée par une fausse couche et par un terrible accident, Peter Sarsgaard tape vite sur les nerfs… il n’y a bien que les enfants qui assurent dans leurs rôles respectifs. Au passage ça fait quand même bizarre de retrouver CCH Pounder (capitaine Claudette dans the Shield) dans le rôle d’une nonne!

Et si on s’ennuie un peu dans la première partie, une scène va modifier complètement le film, celle de la voiture. Un beau plan séquence, une vraie tension… voilà il fallait mettre en danger les enfants pour réellement sentir la menace d’Esther! A partir de là le film part dans une autre direction, s’enflamme complètement et devient véritablement intéressant, même si absurde. La manipulation est totale, le danger de voir la famille détruite bien réel… c’est excellent. Mais bien sur, à entrer comme cela dans du thriller, l’aspect épouvante est oublié et donc la peur aussi. On se contentera de séquences bien graphiques avec une bonne gestion du suspens mais sans jamais vraiment être effrayé.

Tout cela pour en arriver à un final aussi ridicule que jouissif, un twist improbable qu’on sent venir à des kilomètres, mais qui permet une certaine folie. Le tout est quand même plutôt bien emballé par Collet-Serra dans une esthétique très inspirée du cinéma de genre espagnol, et c’est tant mieux. Si Esther ne brille pas vraiment par son originalité pour traiter un sujet déjà vu ailleurs et en mieux, il faut avouer qu’il possède quelques belles qualités, comme ce final carrément WTF donc, mais pas que. On y trouve un ton souvent irrévérencieux et qui surtout se permet à plusieurs reprises de tomber dans le politiquement incorrect salvateur, avec quelques scènes plutôt osées (on y bute quand même du gamin, on baise comme des animaux sachant que les gosses sont pas loin, et le final à tendance incestueuse surprend). Mais le principal intérêt vient bien sur de la jeune actrice principale, tout simplement bluffante. Sympa donc, mais vraiment pas inoubliable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après avoir perdu l'enfant qu'elle attendait, la fragile Kate voit ressurgir les douloureux souvenirs d'un passé qu'elle préférerait oublier. Hantée par des cauchemars récurrents, et décidée à retrouver une vie de couple équilibrée, elle fait le choix, avec son compagnon John, d'adopter un enfant. A l'orphelinat voisin, Kate et John se sentent étrangement attirés par une fillette, Esther. Mais Kate ne tarde pas à découvrir la face cachée de la " douce " enfant. Autour d'elle, personne n'a rien remarqué, et nul ne semble partager ses doutes et ses inquiétudes...