Encore un baiser (Gabriele Muccino, 2010)

de le 27/12/2010
 
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Après une escapade américaine le temps de deux films avec Will Smith (À la recherche du bonheur et Sept vies) pour affûter sa technique du mélo bien larmoyant, Gabriele Muccino se penche sur un exercice toujours délicat : donner suite à son plus gros succès dans son pays d’origine. Suivant les conseils de Patrick Bruel, ses personnages de Juste un baiser (multi-récompensé en Italie et à Sundance) se sont donnés rendez-vous dans 10 ans et le résultat se nomme Encore un baiser. Il y aura donc deux catégories de spectateurs, ceux qui avaient vu le premier film et pourront juger de l’évolution des personnages qu’ils avaient aimés, et ceux qui n’en avaient jamais entendu parler et oseront se risquer dans l’aventure. Pour mettre fin aux interrogations, il n’est pas forcément nécessaire d’avoir vu Juste un baiser pour apprécier Encore un baiser, il serait même préférable de se situer dans ce cas de figure tant les personnages semblent avoir peu évolué en 10 ans, comme figés dans un comportement immuable. Le film ne mise donc pas tout sur la fibre nostalgique des retrouvailles avec de vieux amis, à l’écran et en dehors, et se pose comme un mélange parfois séduisant, parfois agaçant, du film de potes, du mélodrame et de la comédie romantique. Un ensemble pas désagréable du tout, bien plus excitant que Les Petits mouchoirs par exemple, mais qui pêche tout de même par un côté too much. Trop long, trop de mélo, trop de tout. Et à trop en faire, cela diminue considérablement les qualités d’un film qui avait de quoi s’imposer.

Encore un baiser adopte en quelque sorte la structure d’un film choral avec une galerie de personnage très vaste. Pour la plupart des couples qui vont en majorité exploser. Cela donne une constellation de caractères complexes qui vont évoluer dans un vase clos, une certaine vision de la ville de Rome et ses alentours. Le principal attrait vient du fait que tous ces personnages, à de rares exceptions près, sont fortement antipathiques. Séducteurs insatiables, dépressifs névrosés, machos d’un autre temps, infidèles, faibles préférant la fuite aux responsabilités… on est assez loin de la vision toute rose de la société à laquelle on peut être habitués. Ce portrait de l’Italie moderne souffre tout de même d’un mal assez embêtant, celui du cliché. Les personnages ont beau être bien écrits, ils sont tellement nombreux qu’ils tombent presque tous dans un archétype à l’évolution limitée. Pourtant on prend un certain plaisir à suivre leurs drames, parfois sans intérêt, parfois véritablement émouvants. Souvent justes, parfois forcés, de plus en plus forcés au fur et à mesure que se déroule le récit.

Avec cette volonté d’à tout prix livrer un film long (2h30 tout de même!) Gabriele Muccino ne parvient pas à nous accrocher sur la longueur. Le temps commence à passer bien trop doucement, les couples se défont, se refont, se redéfont, jusqu’à l’overdose. Il n’évite pas la répétition, on sent le remplissage par moments, tout comme une fâcheuse tendance à alourdir le récit de pathos jusqu’à en faire disparaître son naturel. C’est dommage car Encore un baiser n’en avait pas besoin, le film héritant d’un scénario globalement très bien écrit, avec une finesse que cette émotion bien lourde vient masquer. Mais plus tout cela avance, plus les enjeux dramatiques se perdent dans les torrents de larmes et les coeurs brisés. Dès lors tous les clichés utilisés nous sautent à la gueule, alors qu’ils étaient jusque là en filigrane derrière quelque chose de très intéressant. On se console avec la qualité des dialogues qui elle ne faiblit jamais, et qui constitue toujours un élément réjouissant car rare dans le cinéma moderne. Mais on ne peut qu’enrager en voyant ce film qui possédait un potentiel immense sombrer peu à peu dans l’ennui, même s’il reste dans l’ensemble plus que recommandable. Encore un baiser aurait pu être un très grand film!

Car en plus de sa qualité d’écriture, bien qu’elle faiblisse sur la longueur, Encore un baiser bénéficie d’une mise en scène ambitieuse, ne laissant jamais sur le côté les qualités esthétiques nécessaires au profit de son histoire et de ses personnages. Gabriele Muccino travaille son image et ses cadres et impose son film comme une indéniable réussite plastique. De même, l’ensemble du casting assure et aucun des nombreux acteurs ne tire la couverture sur lui. Tous excellent dans le surjeu à l’italienne qui colle si bien à ce genre de drame, bien aidés par les dialogues tranchants. Mais bizarrement ce sont les seconds rôles qui en imposent encore plus, à l’image d’une Valeria Bruni Tedeschi surprenante. Pour le reste c’est un quasi sans faute, ils incarnent tous de la meilleure façon qui soit ces personnages tous plus détestables les uns que les autres, malgré les caractères figés dans lesquels ils se retrouvent inscrits.

[box_light]En retrouvant ses personnages esquissés il y a 10 ans dans Juste un baiser, Gabriele Muccino tente un exercice de style risqué qu’il ne réussit que partiellement. En livrant le portrait de quarantenaires bobos dans une Italie contemporaine il nous touche autant qu’il nous agace. Il en fait beaucoup, souvent trop, dans les situations comme dans l’émotion, se laisse submerger par sa galerie de personnages complexes et antipathiques trop vaste, et ne parvient pas à resserrer son récit comme il devrait. Il préfère étaler son histoire sur 2h30, quitte à opérer à du remplissage, et nous plonge finalement dans un ennui gênant. Pourtant Encore un baiser est bourré de qualités, de sa mise en scène de haut vol à ses comédiens formidables, en passant par une qualité d’écriture certaine mais pêche vraiment à trop vouloir en faire quand une certaine épure et un naturel auraient été largement suffisants.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Carlo est séparé de sa femme Giulia qui a la garde de leur fille de dix ans, Sveva. Il vit avec Ginevra, une jeune femme beaucoup plus jeune que lui, tandis que Giula vit avec Simone, un acteur à la petite semaine. Paolo, Alberto et Adriano, partis pour un tour du monde, ont été arrêtés dans leur élan par le tsunami. Paolo et Alberto sont rentrés, mais Adriano s'est fait arrêter pour trafic de drogues et a fait trois ans de prison en Thaïlande. Paolo a repris le magasin d'objets religieux de son père. Il sort avec Livia, l'ex d'Adriano, qui a élevé seul leur fils, Tommaso, 11 ans maintenant. Livia refuse de dire à Tommaso les liens qu'elle partage avec Paolo. Le couple de Marco et Veronica bat de l'aile : ils n'ont jamais réussi à avoir d'enfants, et maintenant, le désir a disparu. Lorsqu'Adriano rentre de Thaïlande, les amis vont se retrouver, et le temps du bilan est arrivé, 10 ans plus tard.