Election 2 (Johnnie To, 2006)

de le 27/04/2006
 
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Avec son rythme de machine, le réalisateur enchaîne directement 1 an après Election 1 avec sa suite directe, dont l’action se passe presque 2 ans plus tard, au moment où le règne de Lok (Simon Yam) doit prendre fin et que s’annoncent de nouvelles élections… On se souvient qu’il avait promis à Jimmy (Louis Koo) de le soutenir mais on se souvient aussi qu’il a révélé son vrai visage à la toute fin du premier film, un visage d’ordure manipulatrice bien loin de l’image de père de famille rangé qu’il trimballait depuis le début.

Les enjeux sont vite annoncés, Jimmy ne veut pas se présenter et souhaite se consacrer à un business « propre », ça se jouera pourtant entre lui, Lok qui souhaite briser la tradition à son tour et Kun, qui a purgé sa peine de prison pour le meurtre d’un flic et qui est maintenant impliqué dans les affaires… sans oublier Jet, le bras droit armé de Lok en quête de reconnaissance…

Le ton est résolument différent du premier film, tout y est beaucoup plus sombre, même la musique n’a rien à voir (on passe d’une guitare toute simple à des violons). Les enjeux des échanges avec entre Hong Kong et la Chine sont également beaucoup plus présents et seront d’ailleurs la cause du revirement de situation principal. Alors que Lok s’affirme de plus en plus comme un immense manipulateur capable de choses plutôt atroces, Jimmy va peu à peu prendre conscience de l’importance d’être à la tête de l’organisation. Louis Koo nous livre une prestation qui n’est pas sans rappeler celle d’Al Pacino en Michael Corleone, laissant doucement son côté le plus mauvais prendre le dessus sur son envie première d’évoluer dans la légalité.

Luttes de pouvoir, complexes œdipiens, Election 2 va brasser des thèmes essentiels et profonds tout en approfondissant son analyse méticuleuse des triades. Les personnages ont beaucoup évolué depuis le premier, certains s’affirment ici tandis que d’autres sont plus en retrait bien qu’on sente toujours leur présence écrasante. L’étude sociale est intéressante via le personnage de Jet en particulier. Semblable à un soldat qui tue car son maître lui demande de tuer, on le sent tout de même en pleine quête identitaire. Une brute est toujours facile à modeler et Lok l’a très bien compris, en lui promettant qu’un jour il fera de lui le prochain parrain. La phrase « mais qui est jet? » déclamée lors de l’élection ne rend son personnage que plus pathétique.

Mais c’est bien Jimmy qui est ici au premier plan, et Louis Koo livre une vraie performance en éclipsant même parfois le grand Simon Yam. Et son évolution est vraiment impressionnante! Il est impliqué dans l’une des scènes les plus hardcore de la filmo de Johnnie To, on ne voit pas grand chose mais cet interrogatoire qui se termine mal, filmé hors champ ou juste à la limite ne laisse aucun doute sur la pure bestialité dont Jimmy peut faire preuve, et c’est vraiment impressionnant alors qu’on le pensait du genre à ne surtout pas se salir les mains! Les seconds rôles sont tous savoureux comme d’habitude chez To, de toute façon une fois de plus c’est sa « famille » de cinéma qu’on retrouve ici à l’écran.

Election 2 est finalement la suite parfaite à Election 1, une sorte d’heureux changement dans la continuité… beaucoup plus noir, beaucoup plus cruel et violent, il ne laisse plus aucun doute sur le fonctionnement de cette société mafieuse et ces personnages ont beau être propres sur eux et tirés à quatre épingles, ce sont des animaux capables du pire.

L’ensemble du film est presque étouffant, au fur et à mesure qu’on assimile qu’une fois un pied mis dans la confrérie on n’en sort plus jamais. La fin qu’on croyait libératrice est d’un pessimisme absolu, il n’y a aucune issue. Des suites qui dépassent l’original il n’y en a pas beaucoup, en voilà une. Un des meilleurs films de Johnnie To!

FICHE FILM
 
Synopsis

Wo Sing est la plus ancienne triade de Hong Kong. Sous l'autorité de son chef actuel, Lok, elle est devenue l'organisation criminelle la plus respectée de la ville. Jimmy, gangster cultivé, cherche à se réhabiliter en bâtissant un empire industriel légal. La rentabilité de ses affaires font de lui un candidat idéal pour l'élection prochaine du nouveau chef. Mais sa notoriété attire également l'attention des autorités chinoises, car il est le parfait intermédiaire pour négocier une coexistence pacifique entre le gouvernement central et les triades. Le régime de Pékin lui propose de lui ouvrir l'accès au marché de la Chine populaire s'il accepte de diriger Wo Sing pendant deux ans. Jimmy perçoit toute l'ironie de la situation : le voilà contraint de devenir chef d'une triade afin d'échapper enfin à leur emprise...