Election 1 (Johnnie To, 2005)

de le 20/10/2005
 
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Après avoir réalisé 4 films en 2003 et 3 films en 2004, le réalisateur hong-kongais devenu LE géant de l’industrie là-bas s’est accordé une année plutôt tranquille en 2005 avec un seul film. Mais quel film!! Les triades peuplent l’ensemble de sa filmographie (la partie polars) mais constituait avant tout une toile de fond pour une autre intrigue, ici il s’intéresse directement au fonctionnement de ces cellules mafieuses dont les traditions remontent à des temps très anciens. L’élection d’un nouveau parrain se fait selon des codes bien précis.

Très documenté, le film (et sa suite) se pose comme la saga mafieuse la plus crédible qu’on ait pu voir, et sans doute la plus passionnante depuis la trilogie de Coppola, ni plus ni moins. Dans la longue filmographie de Johnnie To, Election vient se placer directement au sommet, juste à côté de ses chefs d’œuvres comme The Mission, Exilé, ou PTU. Très grand film!

Le pouvoir, y accéder puis l’exercer… un thème qui continuera longtemps d’alimenter les salles obscures. Pour illustrer son propos, To va centrer son récit sur 2 personnages complètement antagonistes : Lok, respectueux des traditions, discret, généreux, très posé et intelligent, et Big D, un chien fou qui cherche à en mettre plein la vue, violent, trop plein d’ambition et peu enclin à se plier aux règles. Les deux sont en compétition pour le siège de parrain, le résultat nous est vite dévoilé, l’intérêt du film n’est pas là. Pour incarner ces deux caractères, deux acteurs en état de grâce, Simon Yam (qui grâce à Johnnie To a vraiment pris une ampleur considérable) et Tony Leung Ka Fai, l’un tout en finesse, l’autre hyper démonstratif. Autour d’eux la famille Milkyway est presque au complet.

Dès lors qu’on apprend qui est élu, le film part dans une course à qui trouvera en premier le sceptre, symbole du pouvoir. Chacun déploie son réseau jusqu’en Chine et c’est l’occasion pour tous les seconds rôles de briller, Suet Lam et Ka Tung Lam (Mad Detective) qui se croisent l’espace d’une scène qui passe du grave et violent à l’absurde total, Nick Cheung en bon chien bien dressé qui laisse éclater une rage inouïe dans un des rares passages violents du film… ou encore Louis Koo en jeune loup qu’on sent prêt à rejoindre celui qui lui donnera les moyens de ses ambitions. Un très beau casting, tous sont d’une justesse exemplaire. Sans jamais poser de jugement sur eux, on sent pourtant bien que ces personnages, To les aime, et son regard à la fois réaliste et ironique n’en est que plus intéressant. Après tout, ces hommes se croient rois du monde alors que leur organisation soit-disant régie par des traditions ancestrales n’est qu’hégémonie et corruption.

Niveau mise en scène on est chez le Johnnie To des grands jours. Il travaille ses plans à l’extrême sans tomber dans la surenchère gratuite de Breaking News, donne de l’espace à ses personnages, le montage est posé, aucun effet de style inutile. Et pourtant c’est magnifique, il filme la nuit comme il l’avait si bien fait dans PTU, se laisse aller à de purs moments de cinéma dans quelques scènes, réussit à suspendre le temps comem dans The Mission… quand il se laisse le temps ce réalisateur est capable de vrais miracles sur pellicule! Avec un scénario simple et direct comme la plupart des produits de la Milkyway, Election va droit au but. Pas de gunfight, peu de violence (mais quand elle est là elle fait très mal), beaucoup de dialogues.

Cela permet à chaque personnage de se développer facilement, l’affrontement que se livrent à distance Lok, toujours très posé, et Big D, qui ressemble décidément beaucoup au Joe Pesci de Casino, n’en est que plus beau. Et quand tout se règle, au détour d’une très belle scène de sacre, on comprend bien qu’aussi propre qu’il en ait l’air, un parrain des triades n’est rien d’autre qu’une ordure. On aura la confirmation dans un final d’une violence aussi froide que soudaine, une scène que n’aurait pas renié un Scorsese

Véritable perle de cinéma, Election a tout du grand film, une mise en scène qui impressionne de sobriété, des interprètes parfaits, un scénario en béton… et cette musique… ou comment quelques notes de guitare sèche peuvent remplacer tous les orchestres du monde. Bravo! On en oublie même que pour une fois chez To on ne croise presque pas de flingues…

FICHE FILM
 
Synopsis

Les grandes figures de la Wo Shing Society, la plus ancienne triade de Hong Kong, s'apprêtent à élire un nouveau leader. Des rivalités naissent entre deux candidats. L'un est très lié aux traditions de la Triade, l'autre veut les bouleverser, quitte à utiliser la violence et la fraude.