Effets secondaires (Steven Soderbergh, 2013)

de le 02/04/2013
 
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Toujours aussi prolifique avant sa soit-disant retraite, Steven Soderbergh hausse cette fois le niveau avec Effets secondaires, présenté à la dernière Berlinale. S’il reste toujours ce maniériste parfois à côté de la plaque dans sa mise en scène, sa direction d’acteurs exemplaire et un scénario formidable font de son 28ème film une petite merveille de thriller manipulateur sur fond de critique offensive de l’industrie pharmaceutique. A travers son goût pour la narration ludique et son second degré, il fait d’Effets secondaires ce qui restera comme son meilleur film depuis le diptyque Che.

Steven Soderbergh n’étant pas un immense metteur en scène, la qualité fluctuante de ses films a toujours été intimement liée à celle de ses scénaristes. Et une des belles rencontres de cette fin de carrière qui se profile reste clairement celle avec Scott Z. Burns, scénariste de La Vengeance dans la peau, qui permit à Steven Soderbergh d’accoucher de The Informant! mais surtout de Contagion. Les ponts sont d’ailleurs nombreux entre ce dernier et Effets secondaires, film qui évolue à nouveau sur la brèche. Entre thriller pharmaceutique et film noir, Effets secondaires brouille les pistes autant au niveau des genres que de son récit. Manipulateur en diable, Steven Soderbergh ne pouvait pas rêver mieux que ce matériau de base en or massif pour tisser son intrigue labyrinthique qu’il s’efforce de sublimer à travers un cinéma à la lisière du sensitif. Comme pour Contagion, il s’amuse à jouer avec l’illustration de la paranoïa par l’image et le découpage, se frottant non sans mal parfois au cinéma de Roman Polanski, grand maître de l’exercice. En résulte un thriller extrêmement efficace et ludique, qui derrière l’exercice finalement très basique, envoie gentiment quelques piques bien senties à l’univers médical, prostituée de luxe de l’industrie pharmaceutique, tout en attaquant au passage le peuple aveuglé et manipulé depuis si longtemps.

Effets secondaires 1

A la vision d’Effets secondaires, la misanthropie de Steven Soderbergh frappe comme rarement. Car si en apparence il dépeint un univers très ancré dans le réel, il s’avère que sa galerie de personnages, à priori tous plutôt positifs et victimes, finit par se transformer en une meute de prédateurs prêts à tout pour écraser les autres, sans aucun sens moral. Ainsi, la beauté du script de Scott Z. Burns tient autant dans son intrigue manipulatrice que dans ses personnages tous pourris jusqu’à l’os, l’agneau cachant bien volontiers un loup. Pour la structure, Effets secondaires reproduit en effet quelque chose d’extrêmement classique et hitchockien en diable, avec son ouverture très graphique sous forme de flashforward, sorte de MacGuffin qui va permettre la construction d’une intrigue franchement vicieuse. Cela avant que le film ne bascule complètement, remettant en cause tout ce qui précédait pour insuffler un second rythme à l’entreprise. Il faut bien avouer que c’est ici l’efficacité qui prime, à savoir un jeu pervers avec le spectateur qui n’a d’autre choix que de se laisser balader d’un coin à l’autre, jusqu’à se laisser emparer par la paranoïa qui habite les personnages au sein du film. Tout le procédé est bien entendu basé sur l’illusion de l’image de cinéma, qui n’est vérité qu’à travers l’objectif de la caméra, jusqu’à ce que le spectateur en vienne à douter pour lui accorder sa confiance. Au fil des minutes, chaque séquence devient prétexte au doute, chaque retournement de situation n’en est peut-être pas un, et se met ainsi en place quelque chose d’assez troublant. Steven Soderbergh et Scott Z. Burns n’ont rien inventé, mais leur modernisation de motifs classiques hérités du cinéma hollywoodien des années 40-50 s’avère passionnante.

Effets secondaires 2

Dans le genre du film noir marié au thriller médical, Effets secondaires marche bien sur dans les pas d’Assurance sur la mort de Billy Wilder, œuvre matricielle dont les codes restent en vigueur aujourd’hui. Dans sa grande manipulation, Steven Soderbergh pervertit la figure de la femme fatale qui trouve dans le duo Rooney Mara/Catherine Zeta-Jones une nouvelle dimension, là encore très moderne. Pour créer sa paranoïa, Effets secondaires peut donc compter sur un scénario retors ne manquant pas de surprise(s) mais également sur la mise en scène de Steven Soderbergh cette fois en accord avec son sujet. En particulier son utilisation de très gros plans en longue focale qui créent immédiatement une sensation de peur bactériologique, se focalisant sur des petits détails qui prennent tout à coup une importance significative. Ce procédé a beau être facile, il n’en demeure pas moins très efficace et s’ancre dans un discours global sur la manipulation. Celle des géants pharmaceutique trouvant un écho dans celle du cinéma, et inversement. Dans Effets secondaires, l’appât du gain finit par détruire tous les êtres, révélant la véritable nature de chacun au détour de nombreux pièges, formant ainsi une gigantesque toile d’araignée humaine dont personne ne peut s’échapper. La loi du plus fort y est bien évidemment en vigueur, provoquant une réaction en chaîne sur l’échelle sociale. Ainsi, d’un thriller habile, Effets secondaires devient une réflexion certes basique mais extrêmement juste sur la société capitaliste et ses dérives, sur la manipulation de l’opinion et des élites, le médecin n’étant pas plus à l’abri que ses patients face à l’artillerie d’un laboratoire qui fait miroiter à l’un des millions de dollars et à l’autre une solution miracle à sa dépression. Il ne manquait au projet que des acteurs solides, et au duo féminin Steven Soderbergh joint un Channing Tatum et un Jude Law des grands jours, qu’il reste un des plus aptes à diriger correctement. On n’est ni chez Hitchcok ni chez Polanski, mais on tient là un Soderbergh de haut niveau qui a réussi à capter, à travers ses sacro-saints filtres, l’illusion qui affecte cette masse grouillante qu’est l’humanité.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jon Banks est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie, le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, un couteau à la main, le cadavre de son mari à ses pieds, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, la réputation du docteur Banks est compromise…