L’échange (Clint Eastwood, 2008)

de le 28/06/2009
 
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Après son immense doublé sur la bataille d’Iwo Jima (2 films de guerre magistraux) et avant son presque testamentaire Gran Torino, le grand Clint s’était invité une nouvelle fois sur la croisette avec un film qui semble très loin de ses thématiques habituelles à première vue. Mais le maître dont la véritable reconnaissance critique, malgré une trentaine de films au compteur en tant que réalisateur, n’aura eu lieu qu’avec le surestimé Million Dollar Baby, réussit à s’emparer d’un récit magnifique du créateur de Babylon V, J. Michael Straczynski, pour en faire ce qu’il est le seul à dominer au cinéma. Un drame poignant, inoubliable, et qui sous un vernis des plus académique, cache une critique virulente du fonctionnement de son pays… Et c’est là qu’on voit bien que malgré les apparences, c’est bien un film qui n’a pas volé sa place dans la filmographie du grand Clint.

L’échange se pose en écho à son plus grand film dramatique, Mystic River, plusieurs thèmes lient les deux films sans aucun doute. Et comme dans ce dernier la force principale ne vient pas de la mise en scène, classique dans le sens noble du terme et presque effacée, mais clairement d’un scénario absolument superbe, d’une tristesse incroyable par moments mais sans tomber dans du sentimentalisme de bas étage et répugnant. L’impact sur le spectateur est d’autant plus important qu’il s’agit d’une histoire vraie, le récit d’une mère ayant perdu son enfant et qui va se battre sur tous les fronts pour le retrouver… Forcément touchante, l’histoire vient aborder le thème de la relation mère/fils jusque là absente de l’œuvre d’Eastwood qui ne s’était jusque là intéressé qu’au rôle du père. Et dans ce rôle, qui d’autre qu’une jeune maman…

Autant le dire tout de suite, la performance d’Angelina Jolie est bluffante. Après des rôles sans ambition et en deux films, celui-ci et un Coeur Invaincu, elle laisse apparaître un talent insoupçonné qui devrait faire des merveilles dans les années à venir. C’est bien simple, on y croit, et à chacune de ses réactions! Bizarrement aucun festival ou cérémonie majeur n’a salué sa performance… Elle est pourtant parfaite en mère célibataire des années 20, extrêmement forte et déterminée malgré tout ce qu’elle doit subir, et on peut dire que des vacheries elle va en subir des plutôt grosses…

Car l’échange va intelligemment mettre en parallèle ce drame personnel avec un contexte social global de cette époque. A l’aube de la crise économique, la police de Los Angeles se laisse aller à une politique de répression, elle est corrompue jusqu’à l’os et tout ce qu’elle cherche est de redorer son image auprès de la presse et donc du public… En fait on trouve dans ce film de nombreux points communs avec l’œuvre de James Ellroy et sa vision de l’institution policière… Jeffrey Donovan et son sourire colgate font d’ailleurs penser parfois au rôle de Guy Pearce dans L.A. Confidential bien qu’on soit là face à une pourriture finie, tout comme le chef de la police incarné par un Colm Feore qui a définitivement la tête de l’emploi… Au casting on trouve aussi John Malkovitch qu’on n’avait pas vu jouer aussi sobre depuis des années, débarrassé de tous ses tics habituels son personnage n’en est que plus émouvant…

La reconstitution historique est grandiose, le propos principal ne sombre que très peu dans la facilité et le pathos gratuit. On a là un grand film qui aurait très bien pu sortir dans les années 50, un film sans artifice visuel ou narratif qui en plus nous offre de très belles scènes (l’arrivée à la grange par exemple), un film cruel qui nous ouvre les yeux sur une Amérique qui n’a finalement pas beaucoup changé tant l’apparence y est plus importante que tout. En cela c’est un nouveau tour de force de Clint Eastwood qui réussit à lancer discrètement quelques piques à un modèle de société corrompu, tout en livrant un très grand film, parfois émouvant, parfois révoltant, souvent bouleversant, sur le destin d’une femme moyenne mais hors du commun, une mère à qui on a enlevé ce qu’elle avait de plus précieux au monde. C’est un Eastwood grand cru, étonnant jusqu’à une fin pleine d’un optimisme auquel il ne nous avait pas habitué et porté par sa musique toute en retenue…

FICHE FILM
 
Synopsis

Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s'ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d'elle, elle sait qu'il n'est pas son fils...