Easy Money (Daniel Espinosa, 2010)

de le 26/03/2011
 
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En suède le succès phénoménal de la saga Millénium a ouvert toutes les portes et fait de sérieux émules. Dans la lignée du regretté Stieg Larsson est apparu il y a 3 ans Jens Lapidus, surnommé le James Ellroy suédois, et qui a connu un succès monstre avec son premier roman Stockholm noir: L’argent facile. Et quoi de mieux que l’adaptation d’un best-seller pour faire décoller une carrière! Après deux premiers films pas vraiment distribués hors de Suède, à part en festival, Babylonsjukan et Uden for kærligheden, il ne fait aucun doute que Easy Money apportera une belle exposition à Daniel Espinosa, une exposition par ailleurs méritée tant son film possède de sérieux atouts. Pourtant, on ne pourra pas dire que Easy Money est un film ultra original. Le film navigue dans les sentiers plus que balisés du polar à l’américaine, ce n’est d’ailleurs pas une surprise si l’affiche française (tout en bas de l’article) reprend celle de Scarface, en y ajoutant un effet de style Transporteur un peu racoleur (et hors sujet surtout). Easy Money c’est l’ascension, la gloire éphémère, et la chute d’un jeune playboy avec des étoiles plein les yeux et des notions de bien et de mal assez trouble, un type qui n’hésite pas une seconde à vendre son âme au diable pour accéder à une strate sociale supérieure. Rien de neuf donc, mais le classique est vraiment bien exécuté.

Dans Easy Money, JW c’est un peu un Mickael Vendetta suédois, un bouseux qui n’assume pas ses origines et doit se saigner à blanc pour pouvoir se payer des fringues de jeune bourgeois et ne pas perdre la face dans les soirées les plus VIP de Stockholm, une tête à claque plutôt, belle gueule par ailleurs, dont la seule ambition est tout ce qui brille. Et c’est lui qu’on va suivre, même si jamais il ne déclame « aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être un gangster », son destin tumultueux transpire à chaque plan. Mais il n’est pas seul, et c’est là la seule véritable originalité de Easy Money, son parcours est illustré en parallèle avec deux autres, sur un mode de film choral fortement influencé par le modèle Iñárritu. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment une surprise de trouver un latino parmi ces deux autres bad guys pur jus, tant le film joue en permanence sur un fil entre esthétique sud-américaine et nordique, deux régions du monde où c’est encore l’image qui prévaut.

On a donc JW, Jorge et Mrado. On sait à l’avance que leurs destins vont se croiser, on devine rapidement que tout cela ne va pas très bien se terminer, et on n’est pas déçu du résultat, mais pas surpris non plus. Les différents parcours ne sortent jamais vraiment des modèles pré-établis: celui qui veut à tout prix réussir, celui qui veut raccrocher et se payer une place au soleil, celui qui est chargé de faire le ménage et qui n’a pas vraiment le choix. Mais la composition à partir de ces récits classiques nous accroche assez facilement. Tout d’abord car Easy Money est bien écrit, sans grosse faute, sans overdose ou manque de détails. Le fil narratif est maîtrisé, propre et carré. Dans ses plus beaux moments, Easy Money rappelle Amours Chiennes même si la cible évidente reste le modèle du film de gangsters venu du froid, la trilogie Pusher. On y retrouve la même volonté de décrire précisément une organisation criminelle souterraine, communautaire, la même lutte pour une reconnaissance, la même conviction pour effacer la frontière entre le bien et le mal, comment utiliser l’un pour faire l’autre et vice versa. Le fait est que le film d’Espinosa, aussi brillant soit-il très souvent, ne tient pas la comparaison face à l’œuvre titanesque orchestrée par Nicolas Winding Refn en cinq heures. Mais le portrait de ces hommes et du milieu, loin du glamour, broyés par la pression sociale et autres, est loin de manquer d’intérêt.

Et si Easy Money brille par son scénario manquant de folie mais bénéficiant d’un soin très sérieux, il en est de même pour tous les autres aspects techniques. Chaque personnage borderline bénéficie de l’interprétation qui va bien, par des acteurs remarquables, y compris la belle gueule un poil agaçante qui sert de « héros ». À la mise en scène on trouve la même rigueur. Daniel Espinosa sait ce qu’il fait et livre une image à la fois brute et sophistiquée, jouant de la caméra à l’épaule relativement posée et des longues focales. Une œuvre d’esthète qui aurait pu devenir un grand film avec un propos plus original, mais cette plongée dans les bas-fonds de Stockholm et la noirceur déployée, ajoutée à la vigueur de la mise en scène et un vrai sens du rythme, en font un vrai bon film qu’il serait dommage de rater.

[box_light]Easy Money c’est un peu Scarface qui rencontre Pusher sur le mode d’Amours Chiennes. Au-delà de la filiation évidente et pesante, car enlevant à peu près toute originalité à l’exercice, Daniel Espinosa livre un film choral de gangsters assez fascinant, construit sur un rythme allant crescendo imparable, ne refusant aucune violence et entorse morale pour aboutir sur quelque chose à la fois exotique et classique. Un exercice sérieux, propre, bien mis en images et qui ravira les amateurs de polar, même s’il n’apporte rien de bien nouveau au genre. À voir car il sera vite oublié quand sortira le remake américain avec Zac Efron dans le rôle titre…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Stockholm la noire où la Blanche règne en maître... JW est un étudiant en École de Commerce brillant, ambitieux et fauché qui s'aventure dans le milieu du crime organisé. Jorge, dealer en cavale, fuit la police et la mafia yougoslave mais avant de prendre le large une bonne fois pour toutes, il veut faire un dernier coup: importer une grosse quantité de cocaïne. Mrado, tueur à gages, est chargé de pister Jorge. Sur le chemin de l’argent facile, il faudra s’allier et trahir, se défendre et tuer, mais surtout, essayer de survivre...