Space Battleship (Takashi Yamazaki, 2010]

de le 03/08/2011
 
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De son vrai nom « Space Battleship Yamato », il s’agit là d’un des plus gros succès au box-office japonais en 2010 qui s’est même payé la tête de Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1 alors en tête partout dans le monde. Un tel succès s’explique en grande partie par l’aura de cet univers dont la naissance remonte à 1974. Un manga et une saga animée, création de l’immense Leiji Matsumoto (le père d’Albator ou Galaxy Express 999, un maître) qu’il aura porté pendant de longues années, avec à la clé 3 séries animées et 4 films d’animation, dont le dernier remonte à 2009 (Space Battleship Yamato Resurrection). Peu surprenant que Space Battleship Yamato se soit vu décliné en film live, tant le manga et l’anime sont liés aux heures de gloire du space opera, genre flamboyant qui n’existe aujourd’hui plus qu’à travers la série TV Battlestar Galactica. La place du space opera est au cinéma, sur très grand écran, et nulle part ailleurs. Malheureusement ce n’est pas ce film, tout juste digne d’une sortie DVD malgré son budget titanesque, qui peut épauler cette affirmation. Renié par Matsumoto dès la lecture du script qu’il a qualifié de « stupide », Space Battleship possède tous les attributs du bon gros blockbuster japonais, sans âme ni talent, n’ayant que ses millions de yens pour assurer le show. Et malgré quelques belles choses, c’est un ratage.

Au rayon des bonnes choses il y a cette volonté, et réussite partielle, de faire un vrai space opera à l’ancienne. Dans le sens où l’envisageait George Lucas avec Star Wars. C’est à dire qu’on y trouve à peu près tous les éléments, à savoir une intrigue aux rebondissements incessants qui mêle récit d’aventure, mythes et légendes, initiation, drame familial, le tout dans un décor infini, l’espace. Egalement au rendez-vous la bande originale symphonique, le climax interminable, de vrais questionnements sur notre monde et des batailles spatiales. Sur ce dernier point, Space Battleship mise tout et se pare des plus beaux effets visuels du cinéma japonais récent. Le budget se voit à l’écran, c’est un fait, et si les combats manquent parfois de lisibilité l’ensemble n’a pas à rougir face au Star Trek de J.J. Abrams. Sauf que des effets visuels magnifiques, en majorité car il y a tout de même nombre de plans relativement moches, ne font pas nécessairement un bon film. La preuve est là sous nos yeux, tant Space Battleship multiplie les tares pour devenir une sorte de grosse baudruche pleine de vise. Ainsi, si le traitement numérique, la photographie ou la direction artistique sont du très haut de gamme pour un production japonaise, ils peinent sérieusement à masquer une absence de mise en scène qui donne à Space Battleship des airs de téléfilm à la limite du nanar rappelant parfois le glorieux Starcrash de Luigi Cozzi, plus que Star Trek ou Sunshine. Il faut bien avouer que de la part de Takashi Yamazaki, réalisateur du sympa mais assez fade Returner (qui vaut le coup surtout pour la présence de Takeshi Kaneshiro, pour les amateurs), on ne s’attendait pas à un miracle mais les premiers visuels du film avaient vraiment de la gueule comparés au résultat final.

On veut bien se prendre au jeu du second degré mais il y a des limites. Ainsi si le propos général, qui suit de très près l’oeuvre originale, s’avère des plus intéressants, le scénario présente des faiblesses d’écritures franchement rédhibitoires. Difficile de lister les faux raccords et délires narratifs (et il y a du très lourd) tant cela devient une sorte de signature d’un film qui mélange des extérieurs en image de synthèse complètement dingues et d’une beauté à couper le souffle avec des intérieurs cheapos comme cela devrait être interdit. Ces intérieurs dans lesquels s’agitent des « acteurs » pour la plupart à côté de la plaque, avec une mention spéciale au personnage principal interprété par Takuya Kimura, chanteur et superstar du boys band SMAP qu’on avait aperçu dans 2046 (quasi-muet et plutôt beau gosse, il était à sa place alors que là…). On appréciera toutefois le jusqu’au-boutisme de l’entreprise vouée à l’échec artistique, les quelques clins d’oeils disséminés ça et là à quelques grandes sagas de la science-fiction (Abyss, Aliens…) et la présence de l’immense Tsutomu Yamazaki (acteur phare chez Akira Kurosawa) mais globalement c’est tout de même assez mauvais, et c’est vraiment dommage.

Contenu du DVD

  • De la Science-Fiction au Space Opera : entretien avec Patrice Girod, Directeur des expositions Science Fiction Archives.com et ancien directeur de Star Wars Magazine (17’)
  • Livret exclusif de 24 pages sur l’univers de Space Battleship
  • Bandes-annonces

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FICHE FILM
 
Synopsis

2199. La galaxie a sombré dans la plus impitoyable des guerres. Les radiations ont rendu la terre inhabitable, et il n’y aura bientôt plus de refuge possible pour l’espèce humaine. Un seul vaisseau peut retrouver la machine de décontamination qui sauverait la Terre d’une extinction inévitable.