Le Premier qui l’a dit (Ferzan Ozpetek, 2010)

de le 20/12/2010
 
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Depuis Hammam, le bain turc sorti en 1997, le réalisateur turco-italien Ferzan Ozpetek suit toujours la même voie, mais sans jamais retrouver la force de ce premier film. Réalisateur gay affirmé, il n’aime rien d’autre que les réunions de famille ou d’amis à la mécanique perturbée par un grain de sable inattendu. Avec Le Premier qui l’a dit il persévère dans cette optique tout en se réclamant d’une certaine idée de la comédie à l’italienne. Bonne idée au départ, même si pas vraiment originale, une importante réunion de famille qui tourne au drame après qu’un des membres fasse son annonce coup de poing, en l’occurrence son coming out ici. L’autre évidente bonne idée est de parler d’homosexualité dans une Italie du Sud réputée aussi macho que conservatrice, sur un ton le plus léger possible. Et il faut bien avouer que tout ça fonctionne plutôt bien la plupart du temps, même si on n’atteint jamais des sommets d’humour. Le Premier qui l’a dit est un film bien gentil qui manque tout de même énormément d’engagement et, chose étonnante de la part du réalisateur, tombe parfois dans la facilité du cliché pour souligner un propos qui aurait pu être abordé de façon bien plus fine et/ou adroite. Il n’en demeure pas moins assez plaisant, une comédie italienne moderne vite vue, vite oubliée, sans rien d’exceptionnel mais loin d’être honteuse. Ça reste tout de même largement au dessus de la soupe que nous sert la « comédie française » depuis bien trop longtemps.

Le Premier qui l’a dit est donc un film bourré de bonnes idées, celles qui peuvent faire les grandes comédies. Et en tête bien sur ce gag absurde: le grand frère qui ruine le coming out du cadet en faisant le sien à la place. De cet évènement Ferzan Ozpetek va tirer une comédie de moeurs parfois savoureuse, parfois inoffensive, mais assez souvent juste. On a pourtant peur à un moment donné que tout cela parte dans un propos nauséabond, comme si une attirance hétéro devenait comme une sorte de rédemption pour l’homo Tommaso. Heureusement le réalisateur se garde bien de tomber là-dedans et se contente de dresser un portrait à la fois drôle et touchant de l’acceptation de la différence, quelle qu’elle soit. Pas seulement l’homosexualité des fils mais tout simplement le désir de s’émanciper d’une famille ou d’une entreprise familiale, le désir de vivre sa vie autrement, heureux. Bien entendu on est dans une comédie à l’italienne nouvelle génération, ce qui signifie qu’on ne rit jamais aux éclats et qu’il manque un certain degré de piment pour vraiment convaincre. Alors il y a bien certaines séquences magiques comme une scène entre Tommaso et son père à la terrasse d’un café, ou l’arrivée des amis gays de Rome, caricatures de folles mais terriblement drôles quand ils essaient de se retenir et de paraître hypermasculins. Pour le reste on passe un bon moment mais sans grande passion.

Tout cela est bien sur bercé de bons sentiments et d’une morale inébranlable, à tel point qu’on finit presque par s’ennuyer. D’autant plus que Ferzan Ozpetek fait de curieux choix de mise en scène. Majoritairement statique, la caméra devient fofolle lors des séquences où les personnages s’assoient autour d’une table (chose qui arrive relativement souvent) et part dans des travellings complexes jusqu’à l’overdose. Le film aurait mérité un traitement bien plus sobre sur l’ensemble, de même que dans la direction des acteurs. Si le beau Riccardo Scamarcio (Romanzo Criminale, La Prima Linea) s’en sort globalement bien, apportant à son personnage doute et ambiguïté, ce n’est pas le cas de tout le cast. Mention pour Ennio Fantastichini, extrêmement agaçant dans le rôle du père avec ses mimiques à la Bob Hoskins. On appréciera par contre les belles partitions de Nicole Grimaudo et Ilaria Occhini dans deux très beaux portraits féminins, chose rare chez le réalisateur qui a tendance à traiter maladroitement les personnages de femmes.

[box_light]Le Premier qui l’a dit se veut être une vraie comédie à l’italienne, se réclamant de la descendance de Mario Monicelli, en abordant un sujet de société important et qui pose encore de gros problèmes en Italie. Mais si l’ensemble s’avère des plus plaisants, c’est surtout relativement insignifiant car peu engagé, pas assez mordant, et tout simplement pas assez drôle. On sourit plus qu’on rit et on l’oublie une fois le générique et ses musiques très gay-friendly terminés. Dommage car il y avait là assez de talent réuni devant la caméra pour en sortir quelque chose de mémorable, mais au lieu de ça on assiste à un spectacle amusant mais vraiment pas transcendant, voire un peu longuet parfois.[/box_light]

Edité par Pyramide Films

Sorti le 1er décembre 2010

Test en partenariat avec cinetrafic

Énorme succès en Italie, sortie plus modeste en France, Le Premier qui l’a dit bénéficie d’une sortie vidéo relativement confidentielle se traduisant par une édition bâclée. Peu de bonus qui n’évite pas l’auto-promotion plutôt qu’une quelconque analyse, 4 pistes sons dont on a du mal à saisir l’utilité et qui ont un impact terrible sur la qualité d’image parfois vraiment dégueulasse pour une édition de 2010… dommage, le film méritait mieux que ça et n’avait vraiment pas besoin d’un doublage français (effectué exclusivement pour la sortie DVD).

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Image : Gros point noir de cette édition, l’image souffre atrocement d’une mauvaise compression. Si les couleurs et contrastes sont globalement satisfaisants, la qualité même de l’image et sa définition sont mauvaises avec l’apparition de fourmillements dans l’image qui devient à la limite du supportable quand apparaissent à l’écran des textures rayées.

Son : 4 pistes présentes, deux italiennes et deux françaises, en stéréo et en DD 5.1. Le doublage est inutile et la plupart du temps sans rapport avec le ton italien, les pistes multicanaux n’apportent strictement rien au film, si ce n’est un mixage étrange portant les musiques toujours sur les arrières.

Suppléments : Un making-of d’une vingtaine de minutes dans lequel tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, une quinzaine de scènes coupées accompagnées d’un commentaire obligatoire du réalisateur, un clip musical et des bandes annonces. Rien de bien passionnant donc, à l’image du film.

FICHE FILM
 
Synopsis

Grande réunion chez les Cantone, illustre famille de Lecce dans les Pouilles, propriétaire d'une célèbre fabrique de pâtes. Tommaso, le benjamin, veut profiter du dîner pour révéler à tous son homosexualité. Mais alors qu'il s'apprête à prendre la parole, Antonio, son frère aîné, promis à la tête de l'usine, le précède pour faire… la même révélation. Scandale général, malaise du père qui chasse le fils indigne. Tous les espoirs se portent alors sur Tommaso pour reprendre l'affaire familiale et perpétuer le nom des Cantone. Tommaso a d'autres plans, mais comment peut-il à présent dire la vérité à sa famille ? C'est alors que ses amis romains débarquent pour une visite surprise dans les Pouilles.