Ip Man 2 (Wilson Yip, 2010)

de le 29/08/2011
 
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Avec Ip Man premier du nom, Wilson Yip affirmait haut et fort sa maîtrise du film de baston ainsi qu’une complicité toujours grandissante avec la superstar du film d’action Donnie Yen. Si le film souffrait de quelques partis pris un brin embarrassants, essentiellement du côté historique et politique, ses travers se voyaient compensés par une mise en scène virtuose, des combats très haut de gamme et un contexte d’occupation japonaise qui pouvait excuser les dérives nationalistes, conséquences d’un désir de survie. Deux ans plus tard les choses ont changé. Le potentiel commercial de celui qui fût le maître de Bruce Lee est bien réel, en attendant la version de Wong Kar Wai (The Grand Master) il y a déjà eu un Ip Man 0 signé Herman Yau, et cette suite n’a visiblement d’autre ambition que de ramasser un maximum de dollars. Pourtant, il y a encore mille choses à dire en bien sur ce film, sauf qu’il n’arrive pas vraiment à la cheville du premier malgré tout et se positionne en symbole de tout le mal que peut faire la Chine occidentale au sein du cinéma de Hong Kong. Ip Man 2 est un film d’action, oui, c’est également un film qui se concentre sur la vie proprement dite du maître, avec une bonne dose de libertés historiques, mais c’est également, et malheureusement, un film qui pervertit des données historiques et sociales pour dénaturer complètement l’identité hongkongaise. Ip Man 2 est l’exemple flagrant du révisionnisme qu’impose la Chine continentale depuis la rétrocession, comme si chaque blockbuster se devait d’être également une œuvre de propagande, mais c’est également une œuvre profondément raciste comme on n’en avait plus vu depuis bien longtemps. Et gageons que cet aspect là du cinéma de Hong Kong n’avait manqué à personne.

Ip Man 2 reprend à peu de choses près la construction du premier, donc deux parties bien distinctes. La première, de loin la plus agréable, se concentre véritablement sur le personnage d’Ip Man et sur les difficultés pour installer un business et nourrir sa famille dans un Hong Kong d’après guerre forcément en crise. S’il n’y a rien de bien original là dedans, la progression dramatique étant très classique, on prend un plaisir évident devant la reconstitution de la ville des années 50, absolument magnifique, ainsi que les figures tout aussi classiques, pour ne pas dire éculées, du film de kung fu avec la formation de l’élève orgueilleux et rebelles qui se plie sous la rigueur des arts martiaux. L’affection qu’on porte au genre suffit à apprécier, même grandement, tout ce qui se passe à l’écran. Côté combats, puisque c’est de ça qu’il est question, on est plutôt servis. Nombreux et bien répartis sur les presque deux heures de film, qui passent à toute vitesse ce qui est plutôt bon signe, ils sont d’une efficacité impossible à remettre en cause. Sammo Hung, à la fois second rôle et chorégraphe (et action director si on en croit les images où il cadre lui-même certains combats dans le making-of), livre encore des chorégraphies d’une classe exemplaire. Peu de grosses nouveautés, car il reprend même des figures déjà vues, mais ne serait-ce que pour la séquence centrale du combat contre les maîtres, sur une table dans un restaurant, il mérite une véritable admiration. Et même si les coups font mal, il s’avère toutefois bien moins convaincant dans la seconde partie, à l’image du film dans son ensemble. En effet, dès l’apparition des anglais, les choses se gâtent définitivement. Ip Man 2 devient alors un étrange objet entre Rocky IV et Le Maître d’armes mais se fourvoie dans son message. Ce n’est pas une lutte pour la reconnaissance des arts martiaux ou un désir de justice qui sont mis en avant, comme voudrait nous le faire avaler le piètre discours rempli de pathos à la fin du film, prenant au passage les spectateurs pour des idiots. Asséner ainsi un message sur la tolérance quand on a passé une heure à montrer des caricatures de gweilos qui font passer ceux qui parcouraient le cinéma HK des années 90 pour des figures réalistes, c’est presque vulgaire. En gros, le chinois est bon, humble, fait le bien, tandis que l’anglais est un enfoiré arriviste, conquérant, orgueilleux et profondément malsain. Et ce, sans la moindre nuance. Si on ajoute à cela un discours selon lequel les chinois seraient unis derrière leur culture commune à Hong Kong, état pour le moins détaché de la Chine continentale, on comprend bien l’idéologie franchement gênante qui se cache derrière les images.

Révisionniste et xénophobe, Ip Man 2 l’est assurément. Mais après tout, la Fureur de vaincre l’était également en son temps et c’est un classique, un grand film même. Et si on fait l’effort d’occulter le propos, Ip Man 2 reste tout de même un bon film. Une gestion du rythme qui frôle la perfection, des séquences d’action qui en imposent, des petits clins d’œils qui font plaisir (le plan final est amené avec une finesse toute pachydermique mais difficile d’y résister), une mise en scène intelligente et d’excellents acteurs. Si on passera sur les apparitions inutiles de Simon Yam, Donnie Yen et Sammo Hung en imposent. Le premier connait le rôle par cœur et met de côté sa frime pour incarner assez justement la sagesse, le second compose le personnage le plus émouvant et démontre qu’à bientôt 60 ans il en a encore sous le pied question prouesses physiques. C’est également toujours jubilatoire de retrouver de vieilles têtes connues telles que Kent Cheng, ancien habitué des cat III, ou le trio d’anciennes gloires de la Shaw brothers, Lam Hak-Ming, Lo Meng et Fung Hak-On. Dès lors, dommage que cette suite souffre de ces gros problèmes de fond qui semblent malheureusement se généraliser à Hong Kong…

C’est Metropolitan qui édite le film sous la bannière HK Vidéo. Comme souvent, l’édition brille par ses qualités techniques, le DVD étant irréprochable sur l’image et le son. Côté suppléments il s’agit d’un making-of et de featurettes destinés à Hong Kong et qui se voient sous-titrés pour l’occasion. Tout cela est très promotionnel, avec tout le monde qui félicite tout le monde d’avoir fait le meilleur film du monde et on regrette certains documents passionnants qu’on pouvait trouver chez HK Vidéo il y a quelques années.

On ajoute à cela  une paire de scènes coupées pas dégueulasses : un long plan séquence dans le marché aux poissons et un combat de boxe entre occidentaux, qui n’avaient clairement pas leur place au sein du film.

À noter que le film est également distribué en bi-pack avec Ip Man premier du nom et que l’ensemble est également disponible en Blu-ray.

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FICHE FILM
 
Synopsis

Après la guerre sino-japonaise, Ip Man s’installe à Hong Kong avec sa famille afin d’y enseigner l’art du Wing Chun. Mais il se heurte à l’hostilité de la guilde des maîtres d’arts martiaux dirigée par le puissant HUNG. Pour obtenir l’autorisation de former ses élèves, Ip Man doit affronter chacun des maîtres et prouver sa supériorité. Mais malgré sa victoire, ce dernier n’échappe pas aux provocations des écoles adverses. La situation va prendre une tournure inattendue lors d’un tournoi organisé par le gouvernement britannique qui met au défi les combattants chinois de battre Twister, un redoutable champion de boxe …