Fanboys (Kyle Newman, 2008)

de le 02/08/2011
 
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Parfois certains petits films à très gros potentiel n’héritent pas du destin qui les attendait. C’est le cas de Fanboys, petite production (pas loin de 4 millions de dollars quand même) sortie il y a déjà 3 ans aux USA et qui débarque enfin chez nous sans passer par la case cinéma. À croire que même si la toile est en effervescence à chaque fois, les « films de geeks » restent des films « pour les geeks » qui sont loin de représenter une majorité du public se déplaçant en salles. Ceci dit, il convient de préciser que Fanboys s’attaque de front à l’univers des fans de Star Wars et que la Star Wars Mania est quelque chose finalement plus américain que français. Qu’importe, le film est là, on peut enfin le voir, et il n’est pas mauvais. Cependant, il se situe dans cette veine de cinéma nostalgique qui en appelle au vécu du spectateur (et non à une certaine culture) pour fonctionner. En effet, s’il est tout à fait possible de prendre un certain plaisir face à la comédie d’adulescents qui refusent de grandir mais prendront conscience de ce qui compte, il est clair que la multiplication de références à la première trilogie de George Lucas (qui a donné sa bénédiction au film) dans tous les coins du cadre et dans la moindre ligne de dialogue peut rebuter. Mais lorsqu’on a grandi avec le mythe moderne qu’est Star Wars, quand on a attendu des années que cet univers repointe le bout de son nez au cinéma, quand on été déçu par ce qu’il est devenu mais qu’on a gardé quelque part les vieilles VHS usées des premières versions, Fanboys parle au coeur malgré ses gros défauts.

Malgré son affiche, reprise ici sur la jaquette mais sans le fond de 40 ans toujours puceau, Fanboys n’est donc pas une parodie autour de l’univers de Star Wars. Cela serait de toute évidence grotesque, Mel Brooks ayant livré la parodie ultime avec l’extraordinaire La Folle histoire de l’espace, son dernier grand film d’ailleurs. Il s’agit plutôt d’une sorte de road-movie un peu dingue doublé d’un « coming of age movie » mais qui n’en est pas tout à fait un. En effet la morale prônerait presque plus une forme de régression qu’une évolution, même si le propos est d’une logique imparable sur le plan dramatique. À l’arrivée c’est un voyage dans le van de l’agence tous risques maquillé aux couleurs de la rébellion en direction du Skywalker Ranch. Un voyage ponctué de rencontres et de pépins bien sur, qui vont de l’escale à Las Vegas à la rencontre avec « The Chief », en passant par une convention de trekkies, la gentille guerre entre fans de Star Wars et de Star Trek donnant lieu à quelques gags savoureux. La forme du road-movie est surtout idéale pour que Kyle Newman se fasse plaisir en termes de caméos. Sur ce pont c’est un festival. On croise dans Fanboys, au détour d’une séquence prétexte les visages familiers de Carrie Fisher ou Billy Dee Williams (la princesse Leia et Lando Calrissian), ce dernier interprétant un certain juge Reinhold, en référence à l’inoubliable Billy Rosewood du Flic de Beverly Hills. Mais également Kevin Smith, Danny Trejo, William Shatner, et autres figures « geeks » plus ou moins mythiques. C’est tout aussi vibrant dans les dialogues qui reprennent des lignes entières de films, de Star Wars bien sur mais également d’oeuvres populaires des années 80. le soucis est que Fanboys ne va pas beaucoup plus loin que cela, de la référence à tous les étages (la sécurité au Skywalker ranch est habillée façon THX 1138…) et de grosses faiblesses quand il s’agit de raconter autre chose. C’est sur la partie dramatique ou dans l’évolution des personnages que ça ne fonctionne plus. Et c’est dommage car on les aime ces jeunes passionnés dans lesquels on se retrouve tous un petit peu.

C’est qu’ils sont tous très bons ces acteurs, dans des rôles caricaturaux à souhait, et qu’ils ont du répondant face à des seconds rôles bien plus expérimentés, tels Seth Rogen venu faire le clown avec des postiches. Mais Fanboys tourne rapidement en rond, recyclant plus ou moins les mêmes figures et blagues qui fonctionnent de moins en moins. Et à ce scénario qui montre trop vite ses limites vient s’ajouter une mise en scène pas des plus élégantes, voire à la ramasse la plupart du temps, et qui donc ne transcende jamais le propos. Fanboys est un film qui tient sur sa fibre nostalgique, c’est essentiel pour que le film existe. Il lui manque simplement de vrais grands talents d’écriture derrière, et de mise en scène plus audacieuse ou maîtrisée, tout simplement. Mais l’amour qui s’en dégage est tellement communicatif qu’on se prend d’affection pour l’ensemble, d’autant plus qu’il y a cette ultime réplique incroyable, qui contient en elle seule tout le coeur de ce qu’est un amateur de Star Wars à la veille de découvrir l’épisode 1. Une réplique d’une telle lucidité sur la notion même de fanboy qu’elle donne tout son sens à l’existence même d’un tel film.

Contenu du DVD :

  • The Power of the Force : documentaire sur les fans de Star Wars lors de la sortie de L’Episode I aux Etats-Unis (1999 – 27’)
  • EXCLUSIVITÉ : entretien inédit avec Carrie Fisher, alias Princesse Leia , en français lors du Festival de Deauville (1977-2’)
  • Scènes coupées
    • L’homme aux dix doigts (1’05)
    • Réunion autour de Big Chuck (50’’)
    • Plutôt coucher avec un Ewok ou un Wookie(1’40)
    • William Katt (1’33)
    • Kyle est Yoda (2’25)
    • Kevin Smith/Jason Mewes version longue (1’08)
  • Qu’est-ce qu’un Fanboy ? (6’)
  • Sur les traces de Star Wars (5’)
  • 4 Gars, 1 Fille (9’)
  • Bandes-annonces
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FICHE FILM
 
Synopsis

1998, quatre fans de Star Wars parcourent les États-Unis pour réaliser le dernier vœu d'un ami : voir L’Épisode 1 – La Menace Fantôme avant sa sortie en salles. Ils se rendent alors au Skywalker Ranch de George Lucas pour voler une copie du film. Mais leur voyage ne sera pas de tout repos…