Dredd (Pete Travis, 2012)

de le 17/09/2012
 
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Étrange Festival 2012 : Film de clôture.

Copieusement souillé par Danny Cannon et Sylvester Stallone en 1995, le Judge Dredd de 2000 A.D. se rachète un semblant de conduite dans Dredd, nouvelle adaptation par Pete Travis. Attendu avec autant de crainte que d’excitation, le film se révèle bourré de bonnes intentions et d’idées en marge d’un blockbuster prémâché pour un résultat en demi-teinte, entre déférence absolue à l’esprit du matériau d’origine et pure série B basique aux enjeux très limités.

Sylvester Stallone dans la peau de Judge Dredd était sans doute la pire des idées pour transposer à l’écran l’univers fasciste et violent imaginé par John Wagner et Carlos Ezquerra, la perspective de LA star du cinéma d’action dont on ne verrait jamais le visage complet pendant le film étant tout simplement impossible. Résultat, en 1995 Judge Dredd tombait le casque, acte symbolique d’un film qui passait complètement à côté de l’esprit d’un comic-book pas comme les autres, et détail de trop d’un film qui s’apparente plus à un navet SF et simple véhicule à superstar qu’à autre chose. Une quinzaine d’années plus tard, Dredd retombe dans les mains des britanniques, et pas des plus manchots car c’est la team de Danny Boyle, un temps envisagé pour réaliser le film, qui s’en occupe avec Alex Garland (scénariste de 28 jours plus tard, Sunshine et La Plage, auteur aux idées géniales capable de les ruiner dans ses derniers actes) à l’écriture et Andrew Macdonald à la production. Après un très oubliable Angles d’attaque, c’est le britannique Pete Travis qui se retrouve chargé de mettre en scène la chose. A l’arrivée ce sont de gros problèmes de production, un budget réduit à 45 millions de dollars (une paille pour un film d’action et de science-fiction) et une collaboration pas très saine, mais acceptée, entre le scénariste et le réalisateur, le second laissant la place au premier dans la salle de montage. Évidemment, tout cela se ressent à la vision du produit fini qui certes redore le blason du juge mais ne lui donne pas encore le grand film subversif et violent qu’il mérite.

En scénariste intelligent capable d’apprendre de ses erreurs passées, Alex Garland prouve, comme il l’avait fait pour Never let Me Go, qu’il ne tombe plus dans les troisièmes actes manqués partant dans le grand n’importe quoi et signe un scénario qui garde sa ligne directrice du début à la fin. Épuré au maximum, le récit de Dredd ne fait pas vraiment dans la dentelle : Judge Dredd et une débutante télépathe se retrouvent piégés dans une tour immense contrôlée par une reine de la pègre sévèrement ravagée et ils doivent descendre une quantité conséquente de bad guys crétins et armés jusqu’aux dents en remontant les étages pour s’en sortir. Conscient de ses atouts, le scénariste livre une nouvelle fois une mise en place qui lie économie de moyens obligatoire et une efficacité redoutable. Pas besoin de long discours, il introduit en quelques minutes l’univers de cette Amérique dévastée, Mega City One, les juges et cette drogue appelée Slo-Mo qui justifie les quelques scènes en hyper ralenti, le tout à travers une poignée de plans larges, une voix off et une gentille course-poursuite punitive. En quinze minutes, tout est plié et les deux héros se retrouvent dans un immeuble géant fermé qui ne s’ouvrira que quelques secondes avant le générique de fin. Quand il n’y a pas le budget, autant se restreindre à l’utiliser comme il faut en limitant les frais, ainsi Dredd se déroule dans un lieu unique, avec peu de personnages et une action finalement modérée quantitativement. Dans un sens on est face à un film qui peut se rapprocher de The Raid, par son cadre et une partie de son script, ainsi que par certains outils de mise en scène afin de créer un semblant de présence dans des couloirs vides, mais en beaucoup plus cheap, avec des gros guns qui remplacent les coups de tatanes et sans véritable notion de danger. C’est un des principaux reproches qu’on pourra faire à Dredd, aucune menace ne plane véritablement sur le duo de personnages, deux héros plus ou moins invincibles, qui ne craignent pas vraiment les balles, capables d’anticiper les actions de leurs opposants, assurés de leur victoire dès leur entrée dans l’arène. La conséquence est inévitable : il n’y a absolument aucun enjeu dramatique dans ce film, en opposition aux enjeux ridicules du film de 1995. Dredd et Anderson avancent, ne réfléchissent que très peu, et vont de toute façon écraser tout le monde dans un bain de sang numérique, de tripes à l’air et de douilles qui tapent le sol au ralenti. On est en pleine série B minimaliste, comme un shoot’em up linéaire dans lequel les vagues d’assaillants apparaissent à intervalle régulier, avec des armes de plus en plus lourdes, et pour arriver face au boss de fin tout en haut de la tour. Et si on a parfois l’impression de se trouver au niveau 0 de la série B, dans ses archétypes crétins, ses bad guys lobotomisés, ses situations surréalistes et son rythme boiteux, Dredd se révèle à d’autres moments parfaitement dans l’esprit de ce qui était attendu : bourrin, violent, outrancier et rock ‘n’ roll, et sans tomber dans la moindre leçon de morale.

Alors oui, Dredd ne raconte à peu près rien, souffre de nombreux coups de mou entre deux assauts, et n’est pas si généreux que ça sur la violence, sur la durée globale du film. Mais quand Pete Travis laisse s’exprimer les flingues ou les grosses mitrailleuses rotatives et leurs ballent qui transforment un mur de béton en tranche d’emmental, le film laisse apercevoir un potentiel de jubilation totale que son budget ne lui permet malheureusement pas d’exploiter sur toute la durée du film. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il reste à sa place et ne tente pas de viser plus haut que ses possibilités. Ce qu’il fait, il le fait plutôt bien, et tant pis si l’action se retrouve diluée au milieu d’errances mollassonnes dans les couloirs d’un immeuble cradingue. Quand elle arrive, elle ne déçoit pas vraiment, et ce même si l’ensemble ne bénéficie pas d’idées nouvelles dans le traitement de l’action, ni même d’une vision parfaite (concrètement, on n’est pas chez John McTiernan) mais Pete Travis parvient à créer quelques instants de fureur pure qui dynamitent tout à coup le récit. De ce fait, même s’il ne se passe pas grand chose et que Dredd est un film un peu mou, il sait se montrer suffisamment bourrin par saccades pour ne pas manquer totalement d’intérêt. Par ailleurs, entre deux flinguages expéditifs et bruyants, le film bénéficie d’un travail d’écriture assez bluffant pour le genre, que cela soit dans la caractérisation des personnages ou dans l’humour à froid des dialogues qui utilisent à merveille le côté monolithique – presque autiste – du juge Dredd. Pour un film aussi épuré dans sa trame, Dredd met en scène trois personnages (Dredd, Anderson et Ma-Ma) pensés et construits, qui ne sont pas de simples coquilles vides mais incarnent des valeurs et évoluent. Karl Urban na rien d’un grand acteur mais il incarne formidablement cette masse de muscles qui n’est rien d’autre que l’incarnation de la loi comme concept froid, expéditif et violent, l’outil parfait d’un état fasciste. Et aussi bien Olivia Thirlby en rookie dont les valeurs vont être broyées pour l’endurcir que Lena Headey en boss mafieuse/bouchère incarnent des compagnons ou ennemis définis avec application. Dredd est un film qui ne s’embarrasse pas de réflexions sur le pourquoi de la société totalitaire mais en livre un extrait, transformant le film en une scène d’exposition d’1h35 qui définit sans vraiment la montrer tous les codes de Mega City One, en attendant la mise en chantier de la trilogie que veut Alex Garland. Et quant aux si redoutées séquences au ralenti, non seulement elles sont toutes parfaitement justifiées par un artifice d’écriture, mais elles s’avèrent surtout très belles, telles des toiles faites de lumière et de sang. A tel point qu’on en oublierait presque la laideur de certains effets numériques. Assez gore par intermittence, bourré d’idées de mise en scène qui devraient prendre tout leur sens en 3D, extrêmement respectueux vis à vis du matériau d’origine et plutôt bien enrobé par la photo d’Anthony Dod Mantle et la composition toute en violence de Paul Leonard-Morgan, il manque à Dredd de véritables enjeux dramatiques et un sens du rythme plus affirmé. C’est en grande partie raté mais en tant qu’introduction basique et bestiale à cet univers, ce n’est pas loin de tenir la route.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans une ville violente du futur où la police multiplie les fonctions (juge, jury et bourreau), un flic fait équipe avec une apprentiejuge pour arrêter un gang qui vend de la drogue SLO-MO...