Dream House (Jim Sheridan, 2011)

de le 08/10/2011
 
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Le cas de Jim Sheridan est des plus intéressants. Après quatre films brillants en Irlande, il gère la transition vers les USA avec l’excellent The Boxer avant de s’y installer complètement avec In America, sans doute son plus grand film à ce jour. On se dit alors que la traversée de l’Atlantique est réussie, mais arrive Réussir ou mourir, soit la douche froide absolue tant le film consacré à 50 Cent est d’une nullité incroyable. Il relève pourtant la tête avec Brothers, remake franchement réussi du film éponyme de Susanne Bier. Et tout ça pour en arriver à accepter une commande telle que Dream House. Devant l’ampleur du désastre, Jim Sheridan doit se mordre les doigts d’avoir accepté d’occuper le fauteuil de metteur en scène laissé vacant par un Erik van Looy plutôt lucide devant la médiocrité du script. Un scénario qui y est pour beaucoup dans ce ratage absolu est qui est l’oeuvre de David Loucka, auteur improbable d’Une Journée de fous avec Michael Keaton ou Eddie avec Whoopi Goldberg, deux mauvaises comédies, ce qui ressemble fortement  à un signe concernant le ton de Dream House.

Tout commence de façon très classique, la traditionnelle séquence d’exposition de tout thriller à tendance horrifique qui s’essaye à l’expérience du lieu unique : une scène en environnement professionnel et urbain, avec un type qui quitte son travail et tout le monde est bien trop content pour qu’on y croie. Déjà des détails nous frappent, et en particulier que le directeur de la photographie Caleb Deschanel, capable de merveilles (La Passion du Christ ou Traqué) n’est pas dans une bon jour. Dream House n’a aucune identité visuelle et va même jouer la carte du thriller trop éclairé, une des nombreuses balles qu’il se tire dans le pied. La première partie du film n’est autre qu’une chronique familiale sans saveur, du gentil mélo qui ne sied pas vraiment à Jim Sheridan habitué à plus de finesse. Puis on bascule dans d’autres figures bien connues. Sans expérience du cinéma de genre, le réalisateur va réciter quelques classiques jusqu’à asséner son premier twist. Un twist pas débile en soi, résultat d’une construction assez rigoureuse quand on y revient à posteriori, mais un twist qui ne surprendra personne. Il ne surprendra ni le spectateur qui aura eu la malchance de voir la bande-annonce qui dévoile absolument tout, bêtement, ni celui qui s’en était préservé mais qui le grillera assez rapidement pendant le film (il suffit de guetter les miroirs et autres symboles simples, comme la répartition géographique du quartier résidentiel). Cette révélation qui n’en est donc pas vraiment une tant elle est évidente, lance le film sur les rails d’un chef d’oeuvre, Les Autres, modèle évident de Jim Sheridan. On l’a vu partout, la comparaison avec le film d’Alejandro Amenábar fait forcément du mal à Dream House, film qui n’invente rien mais qui va faire pire. Car avant ce twist, c’est le spectre de toute une famille de films d’horreur et de maison hantée qui plane, et quand se multiplie à l’écran les citations de Shining, c’est déjà trop. La vieille histoire d’un père qui a massacré sa famille, des images de deux soeurs se tenant la main, des tapisseries géométriques… l’accumulation de clins d’oeils nuit sérieusement à l’intégrité de la chose, surtout que Sheridan n’est pas vraiment Kubrick au moment de mettre en scène la peur et la folie. D’écueil en écueil, Dream House déroule son scénario de plus en plus improbable jusqu’à son second gros twist d’une bêtise ahurissante. À ce moment précis, il devient impossible de prendre au sérieux ce qui se passe à l’écran, tout parait téléphoné et grotesque, conséquence d’une écriture nullissime. Il faut voir pour le croire le coup du « 8-10-10 » ou la connerie pure des actes de Jack Patterson, entre autres démonstrations de ce qu’il ne faut surtout pas faire dans un thriller.

Dream House ne fait jamais peur, n’émeut pas, ne parvient jamais à créer une ambiance ou une empathie quelconque. On est là devant un film raté de A à Z, avec un Jim Sheridan absent, statique dans sa mise en scène peu inspirée, s’essayant aux techniques de Martin Scorsese (qui usait déjà de faux raccords pour alimenter son propos dans Shutter Island) sans les dominer. Il n’est même pas à l’aise dans sa direction d’acteurs, laissant à l’abandon un casting formidable jamais exploité à la hauteur de son talent. Naomi Watts et Rachel Weisz sont magnifiques, naturellement, mais semblent ailleurs. Il n’y a bien que Daniel Craig qui s’en sort pas trop mal, son charisme jamais atteint et la folie latente lui seyant tout à fait. Pour le reste, il n’y a pas grand chose à sauver. Rien d’original, Jim Sheridan ne faisant que reprendre des éléments bien connus, rien d’intéressant tant les personnages sont abandonnés, rien de beau non plus. Un tel échec est incompréhensible et même si on a vu largement pire au cinéma, y compris cette année, c’est franchement mauvais.

FICHE FILM
 
Synopsis

Éditeur à succès, Will Atenton quitte son emploi à New York pour déménager avec sa femme et ses enfants dans une ville pittoresque de Nouvelle Angleterre. En s’installant, ils découvrent que leur maison de rêve a été le théâtre du meurtre d’une mère et ses deux enfants. Toute la ville pense que l’auteur n’est autre que le père qui a survécu aux siens.