Don’t Be Afraid of the Dark (Troy Nixey, 2010)

de le 12/09/2011
 
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Étrange festival 2011 : Film de clôture.

Bien trop occupé par de nombreux projets autrement plus ambitieux, Guillermo Del Toro traîne le script de Don’t be Afraid of the Dark depuis plus de 10 ans. Après avoir mis en scène Le Labyrinthe de Pan il semblait improbable qu’il se charge lui-même de transposer à l’écran sa relecture très personnelle du téléfilm Les Créatures de l’ombre de John Newland avec la toute jeune Kim Darby, film qui l’aurait terrifié dans son enfance. C’est donc le débutant Troy Nixey qui se retrouve aux commandes de l’adaptation, Encore plus soutenu que ne le furent Juan Antonio Bayona et Guillem Morales, autres « filleuls » du mexicain. Troy Nixey c’est avant tout un illustrateur et proche collaborateur de Mike Mignolia et Neil Gaiman, auteur de bande dessinée (Trout) et qui avec Latchkey’s Lament avait réalisé un court métrage magnifique, une fable déjà sous forte influence de Guillermo Del Toro. Un artiste de l’image qui passe à l’expérience du long métrage sous l’aile protectrice d’un des génies de notre époque, et Don’t Be Afraid of the Dark ne pouvait pas démarrer sous une meilleure étoile. Bloqué de longs mois à cause de la vente du catalogue Miramax, le film est enfin visible et il ne déçoit pas. En effet, la promesse était depuis le début de livrer un film d’horreur pour enfants (le classement R n’était pas prévu, mais un PG13), et elle est tenue.

Le soucis de Don’t Be Afraid of the Dark est que ses qualités peuvent très bien se voir comme des défauts et inversement. Ainsi, dans ce récit extrêmement classique on sera tout autant heureux de retrouver les éléments clés de l’univers de Guillermo Del Toro tout en rageant en voyant qu’il ne s’est pas vraiment foulé en recyclant la plupart de ses idées passées. Une jeune fille sous l’égide de parents en conflit, une évasion par la fantaisie, des peurs primaires et des créatures de conte de fées, il n’y a aucun doute, ce sont bien des réminiscences du Labyrinthe de Pan qui semble être la matrice utilisée pour Don’t Be Afraid of the Dark avant que n’interviennent des éléments de cinéma horrifique bien plus classiques. Le conte vire à l’épouvante enfantine sous l’influence assez claire de L’orphelinat (qui ne brillait déjà pas par son originalité) et on avance donc dans un chemin plutôt connu, sans grande surprise. Cependant, s’il est clair que le récit ne nous foudroie pas sur place par ses idées, il faut avouer que la narration s’impose assez naturellement, sans fausse note majeure dans un scénario comportant pourtant quelques trous ennuyeux au niveau de la logique. C’est dans la caractérisation des personnages et leur évolution que l’ensemble est franchement à la peine, empêchant malheureusement toute empathie qui n’aurait pas été de trop dans un final manquant ainsi d’émotion vraie. Pourtant, dans l’ensemble ça fonctionne plutôt bien. On se laisse emporter et par le voyage de cette petite fille, son aventure dans cette bâtisse magnifique, et par l’effroi léger, là encore clairement tourné vers les plus jeunes. Troy Nixey amène plutôt bien l’apparition de ses créatures, qu’il laisse dans l’ombre juste le temps qu’il faut avant de les poser un peu trop au premier plan, éliminant la frayeur qu’ils pourraient induire. Là encore, cela fonctionnera sans aucun problème sur un jeune public qui peut voir à l’écran une illustration d’une des peurs enfantines les plus tenaces, la peur du noir. Optant pour une approche plus fantastique et moins horrifique que Jaume Balaguero sur Darkness par exemple, il crée une ambiance de conte matinée de jump scares globalement efficaces mais qui auront du mal à surprendre les adeptes du genre. Il y a toutefois quelques chose de magique dans cette forme d’évasion d’un cocon familial meurtri par le jeu, la perversion des créatures étant bien réelles quand elles s’appuient sur les failles émotionnelles de la jeune fille (rejet, désintérêt) pour la mener jusqu’à elles.

Dans ce « petit Guillermo Del Toro illustré », ce qui n’est pas vraiment surprenant non plus, il y a beaucoup de belles choses, et même des surprises. Des surprises concernant les acteurs notamment, Katie Holmes étant miraculeusement très juste tandis que Guy Pearce a oublié tout son charisme et s’avère parfaitement transparent, peinant à insuffler la vie nécessaire à son personnage. Comme on s’y attendait un peu c’est la jeune Bailee Madison, vue récemment dans Brothers et Conviction, qui porte le film sur ses épaules. le plein d’espoirs vient de la technique déployée. Si tout est loin d’être parfait, Troy Nixey fait preuve d’une belle habileté à imprimer du mouvement dans sa mise en scène, parfois trop tant il refuse tout plan fixe, comme s’il n’était pas sur de ses cadres qu’il construit pourtant merveilleusement, en bon artiste issu du dessin. Avec sa caméra bougeant sans cesse dans des des mouvements vraiment élégants, qui rappellent là aussi beaucoup les choix de mise en scène de Guillermo Del Toro, il insuffle une ambiance à des décors magnifiques, appuyé par la composition d’un Marco Beltrami en très grande forme. Au niveau des regrets, on déplorera tout de même quelques raccourcis dommageables ainsi qu’une résolution un peu bête dans une conclusion fraîchement expédiée, comme s’il fallait à tout prix cadrer dans une durée au risque de bâcler le dernier acte. Plutôt bon dans l’ensemble, adressé à un jeune public qui se fera peur avec un joli conte, Don’t be Afraid of the Dark reste toutefois assez loin de l’attente suscitée par son scénariste.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une petite fille doit vivre avec son père et sa nouvelle petite amie. Celle-ci va découvrir que de sinistres créatures vivent sous les escaliers de sa nouvelle demeure...