Die Hard : Belle journée pour mourir (John Moore, 2013)

de le 15/02/2013
 
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« Bienvenue à la fête camarade ! » scande l’affiche. Une fête à laquelle il vaut mieux ne pas être invité dès lors que l’on éprouve un minimum de respect pour la saga Die Hard et le personnage de John McClane. En donnant les rênes de la franchise à des cinéaste toujours plus médiocre, la Fox enterre sa poule aux œufs d’or. Il est bien loin le temps où John McTiernan réinventait le cinéma d’action, faisant de son anti-héros un symbole. John Moore livre une copie infâme qui non seulement souille toute une philosophie mais se paye le luxe d’être d’une laideur et d’une approximation technique hallucinantes.

D’un bout à l’autre du film, John McClane répète, tel le flic gâteux qu’a voulu construire Skip Woods (scénariste de génie à l’origine d’Opération Espadon, Hitman ou encore  X-Men Origins: Wolverine), répète inlassablement qu’il est en vacances. Une réplique sous forme de gimmick pas si anodine tant il est vrai qu’il ne semble pas présent. Du début à la fin, on se demande d’ailleurs en quoi ce film est un « Die Hard » car hormis le titre débile, la présence de John McClane, sa tirade légendaire, le son de l’hymne à la joie lors de la scène d’ouverture et un plan repris à l’identique de la chute de Hans Gruber, c’est le désert. Die Hard: Belle journée pour mourir n’est pas un Die Hard, tout comme Die Hard 4 – retour en enfer, malgré le délire critique, n’en était pas un non plus. Mais qu’est-ce donc si ce n’est pas un Die Hard ? On se pose toujours la question tant la chose, en plus de constituer une insulte permanente à un des plus beaux héros d’action des 30 dernières années et à son public en même temps, ne véhicule rien du tout. Len Wiseman avait fait de John McClane un beauf réactionnaire, prouvant qu’il n’avait rien compris au personnage, et John Moore corrige le tir en le dépolitisant à nouveau.

Die Hard belle journee pour mourir 1

Sauf qu’il en fait un idiot au comportement de vieux sénile, qui passe son temps à pester contre tout et n’importe quoi, balançant tout seul des punchlines qui ne font rire que lui. Le tout doublé bien sur d’un comportement de Terminator, invincible donc. Il est loin le temps où John McClane n’était qu’un flic lambda balancé dans un environnement hostile et sur lequel le sort s’acharnait, trouvant tout seul de quoi survivre. Le très bruyant Die Hard : Belle journée pour mourir compile tout ce qui peut poser problème dans le cinéma d’action hollywoodien de ces dernières années, soit un sacré paradoxe pour une franchise qui en a repensé les règles par deux fois. L’enjeu dramatique de ce cinquième Die Hard est déjà une aberration : que John McClane fasse la paix avec son fils. Ce qui fait que Die Hard : Belle journée pour mourir est avant tout construit comme une comédie d’action, médiocre, pas très drôle, et avare en action justement. Car qu’on ne s’y trompe pas, il ne suffit pas de pousser le volume sonore, multiplier les explosions et faire cracher les mitrailleuses pour parvenir à donner du rythme à l’action. En dehors d’une séquence de course poursuite assez longue et un affrontement final plutôt étendu également, le film est paresseux et laisse bien trop de place à des dialogues imbitables qui viennent plomber un tempo déjà très mal géré. Le problème est qu’en plus d’être peu nombreuses, ces séquences d’action sont minables. John Moore a beau se targuer de les shooter à l’ancienne, sans recours systématique aux effets numériques, elles n’en sont pas moins nulles. Et ce tout simplement car elles ne s’inscrivent pas dans une véritable progression narrative. Quand dans Une Journée en enfer New York s’embrasait, il y avait une raison. Ici, John Moore compose des séquences surréalistes car « c’est cool » et c’est beauf. On pense à ce grand n’importe quoi avec un John McClane qui fait du trial avec son 4×4 Mercedes, roulant sur des voitures de luxe car c’est trop cool de détruire des voitures de luxe. Surtout quand le 4×4 en question défonce des dizaines de bagnoles sans jamais montrer la moindre écaille sur la peinture. Sauf qu’à trop vouloir être cool John Moore oublie qu’il est là pour faire du cinéma.

A GOOD DAY TO DIE HARD

Le réalisateur du remake de La Malédiction et Max Payne étale son incompétence chronique pendant 1h30, durée à priori scandaleuse pour un Die Hard mais finalement très bien sentie pour achever au plus vite le calvaire. Chaque scène d’action est shootée n’importe comment, sans le moindre sens du cadre, avec des effets gratuits (la collection de ralentis dégueulasses peut provoquer des crises de rire) et surtout, le découpage y est d’une connerie abyssale. Si Die Hard : Belle journée pour mourir est une fête, c’est celle du faux raccord et du montage analphabète. Difficile d’y comprendre quoi que ce soit au sein de chaque scène d’action qui jongle entre le n’importe quoi interne et un surdécoupage agressif pour cacher la misère. Film laid par dessus tout, ce cinquième épisode qui se voudrait une apocalypse filmique à la Michael Bay, auquel John Moore emprunte bien volontiers l’épilogue sur fond de soleil couchant, n’est qu’un étron inoffensif qui servira au moins d’euthanasie à un héros qui n’est plus que l’ombre de lui-même. On se prend volontiers à rêver de ce qu’en auraient fait des vrais cinéastes tels que Nicolas Winding Refn ou Fred Cavayé, envisagés par la Fox, tout en assistant à ce triste spectacle. John McClane est devenu un idiot qui prend son pied à se jeter d’une fenêtre d’un immeuble, conscient de son invincibilité, qui se tient droit face à une armée sans se mettre à couvert, qui peut se détacher de ses menottes comme par miracle… en bref une figure surréaliste qui n’a plus rien à voir avec le personnage original. A cela s’ajoute tout l’arc émotionnel voulu pour la relation avec son fils. Une idée qu’il aurait mieux fallu oublier tant chaque séquence sonne faux, de l’aveu d’avoir été un père absent aux tentatives d’humour, sans même parler du ton dégoulinant du final. La famille McClane est devenue une famille d’imbéciles parfaitement incarnée par un Bruce Willis démissionnaire et un Jai Courtney fade comme cela devrait être interdit. Ils promènent leur silhouette dans un Moscou de pacotille, au sein d’un récit qui se voudrait intelligent en multipliant les retournements de situation mais embrasse le grotesque en permanence. A la liste des incohérences grossières on peut également ajouter ce grand moment de n’importe quoi avec un présupposé bad guy qui mange une carotte en faisant des claquettes, la scène WTF de l’année, ou l’intrigue débile autour de Tchernobyl. Die Hard : Belle journée pour mourir est un film qui n’a rien pour lui, un échec sur toute la ligne et l’outrage ultime porté à une des plus belles icônes du cinéma d’action américain. C’est plutôt triste, jusque dans le passage de flambeau des dernières bobines qui ne laisse aucun espoir sur la suite…

FICHE FILM
 
Synopsis

Bruce Willis est de retour dans son rôle le plus mythique : John McClane, le « vrai héros » par excellence, qui a le talent et la trempe de celui qui résiste jusqu’au bout.
Cette fois-ci, le flic qui ne fait pas dans la demi-mesure, est vraiment au mauvais endroit au mauvais moment après s’être rendu à Moscou pour aider son fils Jack, qu’il avait perdu de vue.
Ce qu’il ignore, c’est que Jack est en réalité un agent hautement qualifié de la CIA en mission pour empêcher un vol d’armes nucléaires.
Avec la mafia russe à leur poursuite et la menace d’une guerre imminente, les deux McClane vont découvrir que leurs méthodes radicalement différentes vont aussi faire d’eux des héros que rien ne peut arrêter.