Devil (John Erick Dowdle, 2010)

de le 27/01/2011
 
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Si le nom de M. Night Shyamalan est bien mis en avant sur l’affiche, au point d’éclipser celui du réalisateur (mais ça on peut le comprendre, il s’agit tout de même du gros tâcheron responsable de En Quarantaine, le très mauvais remake de [REC]), il ne faut pas s’attendre avec Devil à voir un film de l’ex-grand espoir du cinéma fantastique. Oui, « ex » car depuis La Jeune fille de l’eau jusqu’au Dernier maître de l’air il n’y a plus grand chose à sauver dans ses films. Sur Devil il n’est que l’auteur de l’histoire à l’origine du scénario ainsi que le producteur de cette série de films très humblement appelée « The Night Chronicles » à la manière des Alfred Hitchcock présente, parce que M. Night il le sait qu’il n’a rien à envier au regretté Sir Alfred, et pour le prouver il va même sortir ses productions du niveau de gentils DTV au cinéma. Et peu importe s’il se ramasse au box-office et qu’il se fait assassiner par les critiques, M. Night il s’en fout, c’est lui le boss et il emmerde tout le monde. Et persuadé de pouvoir encore capitaliser quelque chose sur son nom (le jour où il se réveillera le garçon ça va lui faire tout drôle) il ne baisse pas les bras et va même faire appel au  très hype Daniel Stamm (Le Dernier Exorcisme) pour réaliser le second opus de ses chroniques faisandées, Reincarnate. On ne va pas tirer sur l’ambulance en disant que Devil est une purge, c’est même un film qui peut se regarder tranquillement installé dans son salon avec un paquet de chips et quelques potes, mais ce film n’a vraiment rien à faire dans une salle de cinéma tant il manque profondément d’ambition et ne ressemble qu’à un long épisode de série TV fantastique. On se demande encore ce qui est passé par la tête des organisateurs de Gérardmer cette année en le choisissant comme film d’ouverture…

Devil c’est un peu à la série B horrifique ce que la musique d’ascenseur est à la musique tout court: banal, morne, sans identité et agaçant à la longue. Et ça tombe plutôt bien car les 3/4 du film se déroulent justement dans un ascenseur. Concrètement on se situe à des années lumières de L’ascenseur de Dick Maas ou du court métrage Elevated de Vincenzo Natali en termes d’ambiance et d’efficacité claustrophobique. John Erick Dowdle ne fait d’ailleurs jamais illusion car même s’il cherche à en mettre plein les yeux avec son générique d’ouverture, il ne surprendra pour l’occasion que les ermites n’ayant pas fréquenté une salle de cinéma depuis le temps de s frères Lumière. En effet si son long plan séquence aérien semble avoir de la gueule, ce n’est rien d’autre qu’une resucée du boulot de David Fincher sauf que l’image y est inversé (Bravo! C’est grand comme idée!). Pour la suite ce ne sera qu’une succession de lieux communs et fausses bonnes idées qui n’aboutiront sur rien de mémorable, et plus ennuyeux, sur ce qu’il y avait de pire dans certains films de Shyamalan, y compris les rares bons qu’il a pu réalisé.

On pourrait très bien passer sous silence les gros soucis dont souffre Devil et se contenter d’apprécier le spectacle de piètre qualité pour ce qu’il est, à savoir une bisserie fauchée, sauf que tout se petit monde se prend bien trop au sérieux, à tel point qu’on n’arrive même pas à en rire ne serait-ce que nerveusement. Premier accusé, en plus de l’artiste has been qui ne l’a pas aidé en lui livrant un récit foireux, le scénariste Brian Nelson qui n’est pourtant pas un manche (Hard Candy c’est de lui). Pour Devil il nous sort l’artillerie lourde en rassemblant dans un ascenseur, et dans les environs aussi, tous les clichés possibles. Le flic hanté par un drame, le vigile black pas très net, le gars cool mais sans doute pas net non plus, la gentille mamie, la business woman qui a sans doute quelque chose à se reprocher et le latino qui sait tout car sa grand-mère le lui a dit,e t que de toute façon vu qu’il porte une croix autour du cou il détient forcément la vérité, peu importe si les autres le prennent pour un idiot au départ. Voilà, on s’en doutait un peu avec le titre choisi, Devil est une grosse saloperie de discours catho intégriste caché derrière une gentille série B mal torchée. Dès lors on ne sera même pas surpris devant le message à l’idéologie foncièrement douteuse délivré lors du final où le ridicule emporte tout sur son passage, pulvérisant à l’occasion la déjà mémorable séquence de la tartine, la résolution d’intrigue la plus débile de l’histoire du cinéma.

Avec ses multi-twists foireux, Devil ne surprendra pas grand monde. Il faut dire qu’en plus d’être mal écrit, le machin est réalisé avec les pieds, mais ça on s’en doutait un peu. La seule séquence à provoquer une véritable sensation se situe sur le toit d’un immeuble, un mouvement de caméra un peu fou entraîne une impression de vertige fantastique, mais hors sujet. Car pour le reste, on assiste à tout ce qu’il ne faut pas faire pour créer la peur au cinéma. Une gestion de l’espace tellement calamiteuse dans l’ascenseur qu’on n’y ressent pas la moindre pression, jamais. Des ficelles de montage ahurissantes lors des attaques du démon et qui se traduisent ainsi: on est 5 dans l’ascenseur, on fait clignoter les lumières, on éteint les lumières et on balance 2-3 effets sonores, on rallume la lumière, mince, une personne est morte dans d’horribles souffrances. Sérieusement ça pue l’arnaque, au même titre que le casting où tous les acteurs sont lamentables dans le surjeu, sans la moindre direction. Et quant à savoir qui dans l’ascenseur est le démon… il suffit d’avoir vu une poignée de films d’horreur pendant les 10 dernières années pour le griller en 5 minutes.

[box_light]Devil c’est la preuve que non seulement M. Night Shyamalan ne vaut plus rien en tant que réalisateur mais qu’il ne vaut pas mieux en tant qu’auteur et/ou producteur. Affublé d’un scénario parmi les plus crétins ayant tourné à Hollywood ces dernières années, porté par un discours pseudo-divin aussi dégueulasse qu’un pastis noyé à l’eau bénite d’il y a 2 ans, mis en scène par un pauvre type incapable d’utiliser correctement un budget et une caméra, Devil ferait presque de la peine s’il s’agissait d’une petite production sortant dans l’anonymat vidéo. Sauf que non, ce mauvais film qui aurait été bien sympathique sur une petit TV dans son salon avec des amis va sortir au cinéma avec un grand studio derrière. Et là, il devient indéfendable. c’est dire à quel point on n’est pas pressé de voir la suite de ces Night Chronicles…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

À Philadelphie, cinq individus débutent leur journée le plus banalement du monde. Ils pénètrent dans un immeuble de bureaux et montent dans l'ascenseur. Personne ne se connaît ni ne se salue. Ils n'auront à partager cet espace clos que pour un court instant. Mais, quand l'ascenseur reste bloqué, ce qui semblait aléatoire, s'avère vite parfaitement intentionnel, et leur sort ne leur appartient plus. Ces cinq inconnus vont voir leurs secrets exposés au grand jour, et chacun va devoir répondre de ses fautes. Doucement, méthodiquement, leur situation évolue de la simple contrariété à l'angoisse, puis à l'horreur totale. Un à un, l'adversité les frappe, alors que le doute quant à l'identité de l'auteur de ces terribles événements plane sur toutes les têtes... jusqu'à ce qu'ils comprennent la vérité : l'un d'eux est le diable en personne. Quand toute assistance venue de l'extérieur s'avère inutile, les passagers restants sont forcés de réaliser que leur seule chance de s'en sortir est de faire face aux crimes qui les ont menés là où ils sont aujourd'hui.