De l’eau pour les éléphants (Francis Lawrence, 2011)

de le 30/04/2011
 
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Un roman parait-il passionnant, un réalisateur et ancien clipeur assez doué (malgré leurs gros défauts Constantine et Je suis une légende avaient vraiment de la gueule), des acteurs représentant l’espoir du cinéma américain d’avenir proche, de quoi accrocher le curieux qui tomberait sous le charme de la jolie affiche dessinée pour l’occasion. « La vie est le show le plus spectaculaire au monde » nous dit-elle. C’est beau non? De l’eau pour les éléphants est un drôle de film presque hors du temps, qui s’évertue pendant deux heures à tenter de recréer la gloire passée des grandes fresques hollywoodienne, mais échoue totalement. À moins d’être très tolérant, voilà un gros film un brin boursouflé qui ne repose que sur des idées déjà vues des milliers de fois pendant de longues décennies et qui aujourd’hui sonnent malheureusement faux. Une construction pataude, une romance peu engageante, des personnages sans véritable épaisseur… il en faut un peu plus en 2011 pour espérer convaincre le public. Et ce n’est pas en l’attendrissant avec le regard d’un vieil éléphant torturé par un méchant monsieur que ça fonctionne. Grand roman peut-être, mais tout petit film.

Francis Lawrence, sur la trame construite par son scénariste Richard LaGravenese (le merveilleux Fisher King de Terry Gilliam, les beaux mélos Sur la route de Madison et L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, pas vraiment un branque), utilise la vieille astuce du récit flashback raconté par le personnage principal qui ouvre le film de longues années après les faits. Ce mode de construction qui en appelle au conte est toujours élégant, et il est clair que De l’eau pour les éléphants ne manque pas d’élégance, une de ses rares vraies qualités au passage. Pour le reste, une fois le retour vers le passé effectué, rien de bien exceptionnel qui se déroule sous nos yeux. Si on appréciera la reconstitution des années 30, hyper détaillée, on se situe dans une vision presque fantasmée et qui se traduit comme telle à l’image par une photographie loin d’être réaliste. De même, le contexte de la prohibition, pourtant passionnant mêlé au milieu du cirque, n’est qu’effleuré. C’est dire si on est très loin de l’exceptionnelle série TV La Caravane de l’étrange qui se situait dans le même environnement.

En fait, on assiste tout bêtement à un récit ultra classique qui ne surprendra que les spectateurs n’ayant pas fréquenté une salle de cinéma au cours des 50 dernières années. Le jeune garçon est recueilli par le cirque, il apprend l’humilité et commence tout en bas de l’échelle, il tombe amoureux de la femme du patron, etc… Des les premières bobines on devine précisément comment tout cela va se terminer et il ne reste à peu près aucun enjeu dramatique.  C’est assez déprimant car il y avait là un univers fascinant, quelque part assez proche de celui de Big Fish ou de L’Imaginarium de Docteur Parnassus, mais non, il se retrouve effacé par le mélodrame classique et un peu lourdingue issu d’un autre temps. Que ce soit bien clair, il n’y a rien de honteux dans De l’eau pour les éléphants, c’est juste un film bien trop académique et à l’électro-encéphalogramme bien trop plat pour provoquer autre chose qu’un ennui poli. Il manque la magie.

Pourtant Francis Lawrence redouble d’efforts et signe encore une fois un film extrêmement léché visuellement, avec des moments magnifiques à l’écran. Il peut sans doute remercier le directeur de la photo Rodrigo Prieto qui a fait un boulot remarquable. Pour le reste, on est dans de l’émotion artificielle et un manque cruel d’enjeux. Dommage car les acteurs s’en sortent plutôt bien. Robert Pattinson est même surprenant, loin de son image de légume de Twilight, tandis que Reese Witherspoon s’avère la plus fade du lot. Sans surprise ils se font tous deux écraser par un Christoph Waltz dans une composition certes connue (il reprend plus ou moins le même personnage que celui d’Inglourious Basterds) mais toujours agréable par la folie qui s’en dégage. Par ses excès, il rend la romance entre les deux tourtereaux d’autant plus fade et sans intérêt. Dommage.

[box_light]Avec De l’eau pour les éléphants, Francis Lawrence signe une sorte de fresque hollywoodienne d’un autre temps, révolu. Un mélodrame sur fond de prohibition et de cirque, une histoire d’amour plate et sans passion, des acteurs qui font ce qu’ils peuvent, mais un film qui malheureusement ne nous passionne jamais. Et ce pour une raison simple, il n’y a pas la moindre surprise, simplement des évènements tellement déjà vus qu’on devine tout ce qui se passe dès l’introduction. Dommage, car le film est plutôt beau, mais bon sang qu’il est fade![/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

1931, période de Grande Dépression aux États-Unis. A la suite d'une tragédie familiale, Jacob, un jeune étudiant en école vétérinaire, se retrouve subitement plongé dans la misère et rejoint par hasard un cirque itinérant de seconde classe. Il se fait accepter en échange des soins qu’il pourra apporter aux animaux et ne tarde pas à tomber sous le charme de la belle écuyère Marlène. Elle est l'épouse du directeur du cirque, un être d’une rare violence et totalement imprévisible. Derrière la beauté et la magie des spectacles, Jacob découvre un univers impitoyable et miséreux. Lorsqu’une éléphante rejoint le cirque, Marlène et Jacob se rapprochent l’un de l’autre et préparent un nouveau spectacle qui permet un temps de renouer avec le succès. Mais leurs sentiments deviennent de plus en plus perceptibles et sous les yeux d'August, cette histoire d'amour les met irrémédiablement en danger.