Daybreakers (Michael & Peter Spierig, 2009)

de le 26/02/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

En pleine accalmie de l’effet de mode Twilight (avant la sortie du 3ème qu’on attend bien dégoulinant de mièvrerie bien entendu), voilà qu’arrive un nouveau film de vampire! Genre qui n’a plus rien de rare au cinéma si on jette un coup d’œil furtif aux sorties de l’an dernier (Morse, Thirst, Blood, pour un panel qualitatif qui va du chef d’œuvre à la bouse intergalactique). Et voilà que débarque ce Daybreakers avec un vampire nommé Edward (prénom très à la mode chez les suceurs de sang) mais le clin d’œil de mauvais goût, et qui n’en est pas un, s’arrête là. Les frères Spierig, à qui on doit le très sympathique bien que bancal car fauché Undead, un film de zombies made in Australie, ont pondu un récit très ambitieux, un mélange de film de vampire et de SF très excitant sur le papier et qui à l’écran passe très près de la belle réussite. Les deux frangins possèdent une véritable culture du cinéma bis et on sent qu’ils y portent un grand amour, ainsi leur film se voit baigné de références en tous genres qui ne pourront que ravir l’amateur de ces univers. D’autant plus qu’ils vont bien au-delà de la redite ou d’un simple patchwork d’influences, sur Daybreakers l’expression « faire du neuf avec du vieux » prend tout son sens. Car s’ils citent volontiers leurs modèles, leur film n’en reste pas moins très original, et des histoires qui n’ont jamais été racontées au cinéma ce n’est pas tous les jours qu’on y a droit, donc rien que pour ce point ils méritent les applaudissements. À l’arrivée le film est imparfait certes mais il porte les germes de quelque chose de très intéressant!

En fait, toute la première partie est fantastique car ils nous dépeignent un univers crée de toutes pièces ultra crédible. Les vampires ne sont plus une minorité et ils ont adapté le monde à leur mode de vie, ainsi des « subwalk » ont été mis en place pour se déplacer en souterrain la journée, les automobiles ont été modifiées, de même que les fenêtres en général, le sang est devenu une denrée en voie de disparition… énormément d’éléments agencés intelligemment afin de créer ce monde auquel on croit en quelque secondes. Les deux frangins ont tout compris, ce n’est pas en insistant lourdement sur des détails que l’ont trouve un impact chez le spectateur, c’est en faisant évoluer des personnages dans un univers fourmillant de détails, et c’est ce qu’ils ont fait, à la manière de tout film de SF ambitieux (panneaux publicitaires, émissions TV, police, ghettos, quasiment rien n’est laissé au hasard). On pense bien sur à Matrix ou à Bienvenue à Gattaca (la présence d’Ethan Hawke aidant beaucoup), on trouve cette idée superbe des humains transformés en bétail pour approvisionner la population vampirique et toutes ces petites choses qui font que ce monde devient criant de réalisme.

De plus c’est dans cette partie mêlant SF, horreur et thriller qu’on trouve un sous-texte plutôt intéressant car faisant un parallèle évident avec notre société capitaliste. Recherche de profits gigantesques à court terme, exploitation de la misère des uns pour faire la richesse des autres, élitisme social, destruction à toute vitesse des ressources naturelles, c’est assez complet et on sent une véritable ambition qui va au-delà du simple divertissement comme l’était leur premier film. Sauf qu’à mi-parcours, à l’apparition du personnage de Willem Dafoe pour être précis, le film prend une direction beaucoup moins alléchante même si à priori plus jouissive. On tombe dans un mélange d’action et de gore qui tâche qui d’un coup perd pas mal de son potentiel et de son originalité. D’autant plus qu’action + vampires = Blade et que la barre a été placée bien trop haut par l’épisode de Guillermo Del Toro pour que quiconque puisse s’en approcher. Alors certes on ne s’ennuie pas et le film nous réserve son lot de scènes mémorables, parfois très graphiques (dont un démembrement par une foule de vampires digne d’un Romero), mais l’intérêt qu’on lui porte baisse cruellement, le propos se faisant bien plus basique.

Sur le sacro-saint autel de l’efficacité, les frères Spierig sacrifient des éléments pourtant prometteurs, dont la relation entre le personnage de Sam Neill et sa fille, traitée par dessus la jambe et qui ne donne donc lieu à aucune émotion (alors qu’il y avait vraiment un thème fort) et n’utilisent celle entre Ethan Hawke et son frère que comme un ressort scénaristique menant à une scène d’action. C’est rageant car on a vraiment l’impression qu’ils ont ruiné une partie de leurs bonnes intentions par excès de générosité. Cela rend l’ensemble assez bancal encore une fois, oscillant entre le très bon et le ratage. Il en est de même sur le plan visuel. L’ensemble du film est vraiment beau, mis en scène avec un talent certain pour l’image, avec des scènes sublimes dans la construction des plans ou la photo. Mais à côté de ça on a droit à des SFX parfois old school, ce qui rend hommage à de vieilles pelloches horrifiques, et des effets numériques complètement foireux qui deviennent risibles tellement ils sont mal foutus. Reste que les acteurs sont vraiment excellents, souvent on the edge et bénéficiant de rôles complexes.

Au final devant Daybreakers, une étrange sensation. On sent la grande série B que cela aurait pu être et qui nous saute aux yeux dans une première partie très maitrisée et originale mais qui se tire dans le pied pour la seconde, tombant dans le déjà vu sans grand intérêt et sans surprise. À y regarder de plus près, il semblerait vraiment que ce film soit plus une longue exposition d’1h30 à un univers très riche et passionnant de par son point de vue qu’autre chose. À voir si cela se confirmera par une suite qu’on espère plus homogène, si elle arrive un jour.

FICHE FILM
 
Synopsis

En 2019, les vampires ont pris le contrôle de notre planète. Les humains ne sont plus qu'une petite minorité, entretenue uniquement pour nourrir la population dominante. Edward Dalton est un vampire qui travaille dans la recherche. Il refuse de se nourrir de sang humain et oeuvre sans relâche à la mise au point d'un substitut qui pourrait à la fois nourrir ses semblables et sauver les derniers spécimens d'hommes. Lorsqu'il rencontre Audrey, une jeune survivante humaine, il va découvrir un secret biologique qui peut tout changer. Désormais, fort d'un savoir que vampires et humains veulent s'approprier à tout prix, Edward va se retrouver au centre d'un affrontement absolu dont l'enjeu décidera de l'avenir des deux espèces...