Date Limite (Todd Phillips, 2010)

de le 04/11/2010
 
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L’an dernier, avec Very Bad Trip, Todd Phillips confirmait non seulement qu’il était un des réalisateurs de comédie les plus doués de sa génération mais livrait surtout ce qui reste comme un des road trips les plus drôles de tous les temps, un monument de comédie politiquement incorrecte pour spectateurs proches de la trentaine, le genre de film immédiatement culte pour une génération, fait relativement rare. Cette année, en attendant Very Bad Trip 2 qui devrait aller encore plus loin que son prédécesseur, Todd Phillips retrouve Zach Galifianakis et invite le grand Robert Downey Jr. à la fête pour Date Limite. Et comme on ne change pas un concept qui marche, la trame principale de Date Limite reprend celle de Very Bad Trip… sans son ingrédient principal, l’amnésie des personnages. En effet dans le film précédent on avait deux enjeux dramatiques: Doug serait-il arrivé à temps pour son mariage? Et que c’était-il passé la nuit de son enterrement de vie de garçon? Dans Date Limite, il n’y en a plus qu’un: Peter sera-t-il à temps à Los Angeles pour assister à la naissance de son fils? Et cela induit un changement radical dans la construction du film, de même qu’un ton finalement très différent. Beaucoup plus sérieux, Date Limite ne renoue pas avec la crise de rire du film précédent de Todd Phillips, mais ne manque pas d’arguments conséquents qui le propulsent facilement au-dessus de la grande majorité des comédies US de l’année.

Date Limite suit donc le déroulement d’un buddy movie / road trip relativement classique partant d’une rencontre improbable. Et comme dans tout film du genre, tout se base sur l’antagonisme entre les deux personnages principaux foncièrement différents ainsi que sur la galerie de rencontres qui va parsemer leur voyage d’Atlanta à Los Angeles. Dès le départ on retrouve l’humour assassin du réalisateur de Road Trip, son goût pour l’absurde et les gags portés sur le trash et le cul, tant mieux. Mais cette fois, après les étudiants puis les futurs mariés, il évolue considérablement en portant son regard sur un futur père et un utopiste, artiste raté convaincu de son potentiel. En résulte forcément une forme de maturité et une dose d’humour gras plus faible, le film se concentrant sur des problèmes bien plus « adultes » que les précédents, avec responsabilités, deuil du père, paternité… bref des thèmes définitivement plus sérieux que ceux de Very Bad Trip.

Devant Date Limite on pense énormément à une sorte d’hommage à John Hugues, et en particulier à un Ticket pour Deux avec Steve Martin et John Candy, dont la trame générale semble être l’inspiration principale pour Todd Phillips. Ainsi on retrouve en filigrane, bien que de manière beaucoup plus explicite, une relation homosexuelle latente qui renforce le trouble de la personnalité dont souffrent clairement les deux personnages. Un psychorigide ayant un mal fou à se contrôler et un idiot attachant et insupportable à la fois. De cette relation fatale découle une série de situations délicieusement drôles, souvent irrésistibles. La recette est connue, mettre deux individus que tout oppose dans un environnement restreint pour pousser leurs réactions à l’extrême, mais elle fonctionne toujours aussi bien. À la clef, de nombreuses séquences à mourir de rire, d’une scène de masturbation déjà culte à un passage de dos d’âne hilarant, en passant par une méthode radicale pour faire fermer sa gueule à un gamin dont la mère dealer ne sait pas s’occuper. C’est drôle, on rit beaucoup, mais vraiment moins que devant Very Bad Trip. De la même façon on retrouve le thème chéri de Todd Phillips des psychotropes avec un trip sous marijuana fantastique, bercé par le merveilleux Hey You des Pink Floyd.

Si la réalisation de Todd Phillips, ainsi que sa narration, se font bien plus académiques, oubliant au passage tous les effets clinquants propres au décor de Las Vegas de Very Bad Trip, c’est qu’il se focalise sur ses acteurs. À une poignée de seconds rôles et caméos délicieux (RZA, Juliette Lewis ou Jamie Foxx) le duo Galifianakis/Downey Jr. répond à merveille et fonctionne à plein régime. Robert Downey Jr. cabotine à mort tout en jouant l’émotion et reste intelligemment en retrait pour apporter du piment à ce qu’on peut qualifier sans problème de « Zach Galifianakis show ». Le psychopathe barbu en fait des tonnes et réussit à déclencher le rire dès son apparition mais apporte cette fois encore plus de nuance dans son jeu. Il en devient touchant, pour le meilleur et pour le pire. En effet, à trop tomber dans le propos hyper sérieux le dernier tiers du film traîne légèrement en longueur et en devient presque ennuyeux. Cette dernière partie handicape clairement le film qui perd son rythme et n’atteint jamais celui de Very Bad Trip, qui durait presque 2h dans sa version longue sans jamais faiblir. Ici on a un peu l’impression de revoir la même chose, en moins bien.

[box_light]Alors que Very Bad Trip représentait la consécration pour Todd Phillips et la révélation pour Zach Galifianakis, Date Limite ressemble à une simple récréation en attendant la suite. Reprenant plus ou moins le même schéma, expurgé de ses meilleures idées, Date Limite s’avère moins drôle, moins rythmé, et surtout moins fou. Ceci dit, on est là devant une comédie tout ce qu’il y a de plus recommandable, bercée par une bande originale fabuleuse et surtout un duo d’acteurs excellents du début à la fin. Mais on était en droit d’attendre une dose d’originalité plus conséquente, afin de ne pas en retenir qu’une poignée de scènes hilarantes et un ton parfois trop sérieux.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Cinq jours séparent Peter Highman du jour où il sera père pour la première fois, au terme de la grossesse de sa femme. Tandis qu’il se dépêche de prendre un vol d’Atlanta pour être à ses côtés pour la naissance, ses meilleures intentions s’en vont à vau-l’eau. Une rencontre fortuite avec Ethan Tremblay, un acteur en quête de reconnaissance, force Peter à faire de l’autostop dans une virée qui va le mener à travers le pays, détruisant au passage plusieurs voitures, de nombreuses amitiés et sa dernière résistance.