Dark City (Alex Proyas, 1998)

de le 02/04/2009
 
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Quatre ans après son premier long métrage, The Crow, oeuvre gothique magnifique et désanchantée, Proyas nous revenait il y a déjà plus de 10 ans avec un film à l’ambition folle, Dark City. La sortie du Director’s cut permet de se replonger dans cette expérience visuellement époustouflante, qui souffre de quelques défauts de narration qui lui empêche d’atteindre les sommets espérés, mais qui se révèle aujourd’hui sous un nouveau jour.

Et si cette nouvelle version du film ne diffère pas tant que ça du montage qu’on connaissait, un élément majeur a été enlevé, Kiefer Sutherland au tout début du film ne nous donne plus les clefs de l’énigme, on entre donc dans cette ville mystérieuse avec les mêmes informations que le héros, c’est à dire aucune, perdu, et l’air de rien ça change tout.

Esthétiquement Dark City est une tuerie. C’est simple, mélanger le film noir avec un univers futuriste, quand c’est bien fait, ça a vraiment de la gueule! Même si on ne le voit que rarement, on sent bien que tout se passe dans un futur assez lointain, malgré des décors des années 30. On ressent particulièrement l’influence du cinéma expressionniste (Lang en particulier) dans ce film, comme c’était déjà le cas dans The Crow. Mais ce n’est pas tout, et c’est peut-être ce qui fait que Dark City est une perle pour cinéphile, car on y voit aussi du Caro et Jeunet de la Cité des Enfants Perdus, du Barker d’Hellraiser ou dans son approche du Scott de Blade Runner.

Il y a un gros travail sur la photographie, vu que tout le film, à part quelques scènes, se passe de nuit. Vraiment rien que pour son ambiance le film est une réussite.

Le scénario est lui aussi plutôt ambitieux, jonglant avec les thèmes de la mémoire, de la manipulation et du mensonge à grande échelle, on pense à Brazil bien sur mais Proyas n’a pas à rougir de la comparaison car malgré quelques légers trous scénaristiques ça tient bien la route. Le seul reproche qu’on pourrait faire c’est que le mystère nous est révélé un peu tôt… Du coup, une fois les interrogations levées on se perd un peu dans une suite d’explications qui enlèvent cette part de rêve et la ville qui était jusque là un personnage à part entière passe au second plan pour laisser la place à des enjeux plus personnels et donc moins originaux.

On comprend vite qui sont ces étrangers au look de cénobite (même s’ils restent relativement flippants, surtout ce drôle de son qu’ils font avec leur langue!), les mécanismes qu’ils utilisent sont dévoilés directement à l’écran. Ca permet des scènes vraiment superbes mais finalement à la fin du film on ne se pose aucune question… c’est le gros défaut de ce film, finalement trop didactique pour le spectateur.

Mais tout n’est pas à jeter dans cette fin qui ose se la jouer super égoïste quand on y repense, et voir un personnage capable de contrôler son monde utiliser son pouvoir à des fins personnelles ça fait plaisir!

Superbe film, trop ambitieux et donc avec pas mal de défauts, mais qui ne sont finalement que des détails si on aime les ambiances très travaillées et les personnages ambigus. Car le casting est un autre point fort de Dark City : Rufus Sewell dans un de ses meilleurs rôles, Jennifer Connelly sublime, William Hurt comme toujours au top et Kiefer Sutherland étonnant en docteur Schreber, sans oublier tous ceux qui jouent les étrangers…

Dommage qu’après ce film Alex Proyas ait changé de direction pour aller vers des projets plus faciles car en deux films il avait posé de sacrées belles bases!

FICHE FILM
 
Synopsis

Se réveillant sans aucun souvenir dans une chambre d'hôtel impersonnelle, John Murdoch découvre bientôt qu'il est recherché pour une série de meurtres sadiques. Traqué par l'inspecteur Bumstead, il cherche à retrouver la mémoire et ainsi comprendre qui il est. Il s'enfonce dans un labyrinthe mystérieux où il croise des créatures douées de pouvoirs effrayants. Grâce au docteur Schreber, Murdoch réussit à se remémorer certains détails de son passé trouble.