Cyrus (Jay & Mark Duplass, 2010)

de le 09/08/2010
 
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Les comédies indie se suivent et se ressemblent pas mal aux Etats-Unis. Des personnages dépressifs, d’autres un peu dingues, quelques notes de guitare sèche et un bon vieux tube oublié des années 80 si possible sont les ingrédients nécessaires que l’on retrouve dans à peu près tous ces films, des meilleurs aux plus insignifiants. Les frères Duplass appliquent cette recette mais dans une approche globale plutôt inédite laissant une grande place à l’improvisation des acteurs. Jouissant d’une réputation plus que positive suite à leurs deux premiers longs métrages impossible à voir (légalement) en France, The Puffy Chair et Bagheads, les voila à la barre d’une production plus conséquente avec ce Cyrus. Produit par Scott Free, la société de production de Ridley et Tony Scott, distribué par la Fox, et voilà les frangins de retour à Sundance pour montrer qu’il peuvent allier leur style mordant avec un film plus « mainstream » que par le passé. À vrai dire Cyrus est le genre de film qui réussirait déjà à nous convaincre simplement en regardant son affiche et son casting qui mixe deux générations de comédiens superbes. Au final si Cyrus n’a rien d’exceptionnel à donner il n’empêche qu’on est devant une comédie modèle, exécutée avec talent et un certain effort d’originalité sur la forme. Mais les frères Duplass que beaucoup vont découvrir grâce à lui semblent posséder un véritable don pour marier le rire et l’émotion sans que cela ne choque ou ne paraisse artificiel. Ils ont un style, un vrai, et qui fonctionne plutôt bien!

Il est intéressant de voir comment le duo de réalisateurs pionniers du mouvement mumblecore ((micro budget, improvisation, acteurs inconnus et thème récurrent des problèmes des jeunes adultes)) ont négocié leur passage à quelque chose d’une toute autre dimension en ayant accès à de très grands acteurs. Car ils font tout pour essayer de rester dans leur fond de commerce et y parviennent souvent. Cyrus n’est pas le film le plus original de la rentrée, on a même l’impression de l’avoir déjà vu par le passé, mais il s’en dégage quelque chose de très fort, une bonne dose d’humanité et de sincérité. Les frères Duplass voguent entre plusieurs genres, de la chronique familiale à la comédie romantique, du drame doux-amer à quelque chose de plus grave et pessimiste. Et si c’est le personnage de Cyrus qui est bien mis en avant par le titre, le film tourne pourtant essentiellement autour de John. Un type atteignant la quarantaine et qui ne s’est jamais vraiment remis de sa rupture, qui vit quelque peu en autarcie, à la limite de l’autisme. Même s’ils sont en apparence très différents, John et Cyrus sont finalement très proches, et pas seulement par la présence de Molly, amante et renaissance pour l’un, mère pour l’autre.

En résulte un film difficile à saisir car jouant en permanence sur deux tableaux. D’un côté l’humour et de l’autre l’émotion. Et aucun ne prend vraiment le dessus sur l’autre, si ce n’est dans la conclusion qui ne surprendra personne et qui nous rappelle qu’on est bien aux Etats-unis. On retrouve à peu près tous les éléments classiques de la comédie dépressive, de la crise d’angoisse à l’illusion d’un bonheur salvateur mais éphémère, en passant par la présence bienfaisante d’une ex-femme devenue le meilleur des conseillers conjugaux. Il est clair que c’est souvent touchant, parfois très drôle, voire même assez effrayant dans certaines situations (le regard du Cyrus en question est parfois très intense, surtout quand il a un couteau de cuisine dans sa main), mais finalement c’est la petite guerre entre un fils et un type qui débarque dans un noyau familial fragile pour prendre la place vacante du père qui l’emporte sur le reste. Cyrus c’est donc des petits pièges tendus, quelques grosses colères et moments de déprime, pas mal de manipulation des sentiments par les personnages. Rien de neuf mais c’est suffisamment bien exécuté pour convaincre.

Les frères Duplass cherchent à imposer leur style brut au niveau de la mise en scène, suivant les acteurs plutôt que les obligeant à évoluer dans leur cadre. En résulte un aspect pris sur le vif pas désagréable du tout mais qui souffre d’un abus de mises au point sauvages et surtout de zooms. L’effet semble être revenu à la mode ces derniers mois mais quand il n’est pas utilisé avec parcimonie il a tendance à agacer par son côté assez violent et pas vraiment gracieux. C’est un parti-pris de mise en scène original certes, mais pas souvent convaincant. Pour le reste la signature des frères Duplass se retrouve dans des mouvements à l’épaule pour rappeler qu’ils viennent de l’industrie des micro-budgets tournés en numérique, mais cela apporte un certain charme à l’image, quelque chose d’authentique.

Mais si Cyrus nous charme c’est surtout grâce à son casting, un superbe trio d’acteurs qui sont capables de faire se déplacer le public rien que pour les voir à l’écran habituellement. Ainsi en tête John C. Reilly une fois de plus excellent mais c’est tellement logique! Il donne vie à ce quadra qui trouve enfin une bonne raison de faire le deuil de sa relation passée et il est tout simplement touchant. Face à lui Jonah Hill réussit à nous surprendre dans une composition très loin de ses pitreries habituelles souvent portées sur le cul. Tout en sobriété il s’impose dans la peau de Cyrus, le rendant rapidement insaisissable et donc effrayant. Au milieu il y a la belle Marisa Tomei qu’on est ravis de retrouver après the Wrestler. Elle interprète Molly avec beaucoup de justesse et une pointe de folie tout ce qu’il y a de plus charmante.

[box_light]Comédie douce-amère, chronique familiale, bataille rangée pour une femme, Cyrus est un peu tout ça à la fois. Le nouveau film des frères Duplass, coqueluches de Sundance, parvient à jongler assez habilement entre émotion et humour pour un résultat des plus plaisants. Mais il faut avouer que certains choix de mise en scène douteux et un évident manque d’originalité de l’ensemble l’empêche de convaincre totalement. Reste que les numéros d’acteurs exceptionnels et une scène d’ivresse mémorable justifieraient à eux seuls le déplacement.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Sept ans après son divorce, John est toujours célibataire. Il a cessé de croire à l’amour. Cédant à son ex-femme, Jamie, devenue sa meilleure amie, il accepte à contrecœur de les rejoindre, elle et son fiancé, à une fête. A la surprise générale, John y rencontre une femme, la belle et dynamique Molly. Entre eux, c’est le coup de foudre. Pourtant, John va vite découvrir qu’il existe un autre homme dans la vie de Molly : son fils de 21 ans, Cyrus, avec qui elle entretient une relation hors norme. Prêt à tout pour protéger sa mère, le jeune homme n’a pas du tout envie de la partager, et encore moins avec John. C’est le début d’une guerre. Il ne pourra y avoir qu’un seul vainqueur…