Crows ZERO (Takashi Miike, 2007)

de le 27/10/2007
 
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Longs métrages et mini-séries TV confondus, Crows Zero est la 75ème réalisation de Miike, en 18 ans de carrière, en moyenne autour de 4 par an… si dans tout ça il y a à boire et à manger ça force tout de même l’admiration!! On ajoute à ça des apparitions en tant qu’acteur chez les autres et je crois qu’on tient le seul vrai stakhanoviste du cinéma mondial. Pour autant durer, sa recette est simple, alterner gros films commerciaux et films d’auteur, le succès des premiers permettant de financer les seconds. Donc quand on résume le cinéma de Miike à du cinoche trash et barré car on a vu Audition, Visitor Q et Dead or Alive, on est très très loin du compte!! Il a couvert à peu près tous les genres, sans jamais trop tomber dans la redite (pendant que certains tournent déjà en rond au bout de 3-4 films), possède un univers et des obsessions bien particuliers, tout comme sa mise en scène et son mode de narration, sauf que quand il fait du mainstream il est capable d’oublier tout ça et de livrer simplement ce que le public veut voir.

Crows Zero s’inscrit dans cette veine très commerciale de son cinéma, en visant avant tout le public adolescent. Car il s’agit de l’adaptation d’un manga culte inédit chez nous du nom de Crows, d’Hiroshi Takahashi, un shônen auquel le film vient servir de prequel (d’où le « zero » du titre). Le principe est on ne peut plus simple, il s’agit d’un film de guerre de gangs dans la veine des Guerriers le la Nuit ou Gangs of New York, sauf qu’ici chaque classe du lycée Suzuran est un gang, et que le lycée est leur champ de bataille… Au final, quand on voit l’énergie qui se dégage du film, malgré quelques défauts évidents, on se dit que personne d’autre au monde ne pouvait mieux filmer la folie d’un manga que Takashi Miike, qui signe là le manga-live ultime, et accessoirement un de ses films les plus réussis!

Poseur, violent, déjanté, absurde… Crows Zero c’est vraiment l’esprit manga transposé au cinéma avec style. Et ça fait plaisir de retrouver Miike en si grande forme après son western Sukiyaki Western Django légèrement bancal, car ici il renonce à son style narratif habituel, à savoir une intro et une fin choc et entre les deux de longues scènes qui s’étirent à l’infini. Là on entre rapidement dans le vif du sujet, et c’est toute la première heure qui flirte avec le très haut niveau. C’est souvent surréaliste quand ça se bastonne, c’est de l’humour complètement débile mais qu fait mouche, c’est des scènes fantaisistes à gogo… En fait si on aime les shônen, on ne peut qu’aimer le film, par contre si on n’est pas vraiment adepte de mangas ou si on y est réfractaire il y a un gros risque de ne pas adhérer. Mais franchement quel bonheur de voir enfin une réussite de ce type!!!

Au lycée Suzuran, c’est un peu l’école des futurs yakuzas… les professeurs sont étrangement (ou pas) absents du film, les jeunes lycéens sont tous hyper lookés, les deux gros bad boys Genji et Serizawa font preuve d’une classe et d’un charisme fou, et autour d’eux gravitent leurs lieutenants plus une galerie de personnages comme on n’en voit jamais. Franchement c’est le dépaysement total et tous ces acteurs de la nouvelle génération japonaise sont impressionnants! Et en particulier Shun Oguri qui dégage une présence monumentale! Des morceaux de bravoure dans le film il y en a à la pelle… en cela formellement c’est le film le plus maîtrisé de Miike. Entre les points de vue du corbeau, les scènes complètement folles, les bastons omniprésentes et super violentes… il se fait plaisir pendant deux heures et ne faiblit que rarement, c’est une première!

Pour une fois on est heureux de voir tout plein d’artifices de mise en scène, des mouvements de dingues, des filtres, du montage cut… tout ça est absolument nécessaire pour retranscrire l’énergie d’un manga. Mais bien sur, à faire cela il risque de perdre une partie de son public… il faut accepter également l’humour absurde mais franchement voir un big boss jouait au bowling avec des quilles humaines ou ce même bad boy se planter la tête dans un fourgon car il ne sait pas conduire une moto… moi ça me fait mourir de rire. Donc pendant une heure ça alterne entre bons gros fights et blagues très cons, avec un rythme de malade et un pur style dans la mise en scène. Pas d’histoire d’amour bidon comme dans un drama, le seul personnage féminin important ici sert à chanter et à se faire remballer, les autres ne sont que des ressorts comiques.

Par contre passé la première heure le film souffre d’un gros coup de mou pendant lequel il ne se passe pas grand chose… dommage mais ça annonce la grosse baston finale qu’on attend depuis le début en fait. Et là c’est juste la grosse jouissance du fan de film de baston! L’arrivée des deux gangs les icônise à mort, on sent que ça va être sauvage et en effet ça frappe fort. Miike surdécoupe ses combats pour masquer les capacités martiales niveau 0 des acteurs et ça reste pourtant super lisible. Jamais crédible, avec des coups suramplifiés, mais c’est exactement ce qu’il fallait faire. Du coup on se retrouve avec une grosse bataille de masse sous la pluie (korean-style) qui fait passer les bastons de 300 pour des petites bagarres entre nourrissons… c’est ultra efficace, super beau visuellement, ça frappe dans tous les sens… bref ça serait presque parfait s’il n’y avait pas juste à ce moment une musique pourrave et le montage en parallèle d’un des personnages en salle d’opération pour ajouter un peu de drame. Ça casse un peu la scène mais on l’oublie vite quand arrive ce plan final absolument jouissif!!

En gros Crows Zero c’est la rolls du manga-live, un film fun, assez barré, très drôle, avec une BO rock tout simplement géniale. C’est un film hyper stylisé, dans les looks des personnages, dans les décors, dans les cadres surchargés à mort et dans la mise en scène juste parfaite de Miike. Mais c’est aussi une histoire d’amitié et un récit initiatique. Une bombe!!!

FICHE FILM
 
Synopsis

LIEU : territoire des Crows.
CONTEXTE : guerre entre bandes rivales.
OBJECTIF: conquérir le pouvoir suprême.
RÈGLES : aucune.