Crows ZERO II (Takashi Miike, 2009)

de le 11/04/2009
 
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Les corbeaux sont de retour! Et on ne les aura pas attendu longtemps, les évènements prennent place 6 mois après la grosse bataille pour le contrôle du lycée Suzuran avec un Genji qui se la joue bien trop solo pour espérer vraiment unifier les deux gangs GPS et Serizawa… Plus qu’une simple opportunité commerciale de surfer sur le succès du premier volet, Crows Zero II est bel et bien l’épisode 2 nécessaire et qui s’inscrit dans la logique de la saga lancée par ce grand malade qu’est Takashi Miike. Pourtant il nous met un peu le doute dans les premières minutes en reprenant exactement le canevas narratif du premier (scène d’intro + concert live des Street Beats sauf que les inserts ne sont plus des flash forwards) mais tout se dissipe rapidement car les deux films ne suivent absolument pas le même schéma et le seul véritable point commun, ce sont les personnages qui reviennent en quasi-totalité (manque le gang des bikers) car pour le reste… autant Crows Zero était fun et décomplexé, autant Crows Zero II est beaucoup plus sérieux, ce qui fait sa force mais aussi sa plus grande faiblesse.

En effet, ce qui faisait vraiment le charme du premier volet était cette approche très premier degré et sans aucune morale d’un lycée transformé en zone de guerre permanente. L’autre point était l’humour absurde typé manga omniprésent… Ici on sent bien que Miike, d’habitude réticent à donner des sites à ses films, cherche à s’en démarquer tout en prolongeant l’expérience. Il prend donc le parti de se restreindre sur l’humour (bon, il y en a toujours avec une scène de drague et un lancer de fléchette hilarants mais dans l’ensemble le film est beaucoup moins drôle) et de se pencher beaucoup plus sérieusement sur le développement psychologique de ses personnages. Là où on pouvait trouver une certaine réflexion bien emmenée par l’humour sur le choix de vie d’un homme par le biais du personnage de Ken, elle se fait de façon bien plus frontale (plus lourde aussi) avec l’histoire parallèle de Kawanishi…

Autre gros point de changement, le rythme. Et là Miike va redonner un peu de grain à moudre à ses détracteurs car en lieu et place d’une première heure tonitruante dans le premier épisode, les premières 30 minutes de celui-ci ne sont pas vraiment les plus énergiques qu’on ait vu… ça se traîne quand même un peu même si on en profite pour se délecter d’un production design toujours aussi réussi avec ces décors détaillés à l’extrême et les costumes toujours aussi stylés des personnages. Puis il va nous dévoiler l’intérêt principal de sa séquelle, Crows Zero II s’apparente plus à un film de guerre qu’à un film de gangs! Mais mis bout-à-bout avec le premier on sent bien qu’il s’agit également d’une métaphore sur le passage à l’âge adulte, ou comment se préparer à une vie qui ne sera pas de tout repos, qu’on choisisse une vie de criminel ou plus rangée.

Mais outre ces considérations psychologico-sociales présentes surtout dans la première partie, même si plusieurs scènes y feront écho tout au long du film, Crows Zero II reste avant tout un film d’action, de baston, avec des lycéens tous plus lookés les uns que les autres et qui se foutent sur la gueule de façon bien barbare. Ainsi toute la (trop) longue exposition n’a finalement qu’un seul but, créer l’unité au sein du lycée Suzuran afin d’affronter le lycée ennemi Hosen dans une bataille finale qu’on attend dantesque. Et en effet on fait bien d’attendre car si tout le film est ponctué de fights bien violents et secs, quand résonne enfin le terrible morceau « Into the Battlefield », c’est là que les choses vraiment sérieuses commencent et on part pour LA grosse scène du film, une énorme bataille entre lycéens en colère d’à peu près 45 minutes!!

Alors ça se bastonne à peu près dans tous les coins et recoins de l’écran en se focalisant sur les lieutenants, tous charismatiques à souhait et avec un look bien défini. Si on retrouve encore des coups un peu abusé façon manga, ça reste du bon gros fight de rue mis en scène de façon bien moins stylisé que dans le premier volet, plus réaliste donc encore plus douloureux.

Encore une fois les acteurs sont magnifiques par leur présence et leur énergie, que ce soient les anciens ou les nouveaux venus (les boss du lycée Hosen, avec en tête Narumi et ses propos ambigus… La déception vient de Miura Haruma, annoncé comme une des grosses stars du casting et qui n’apparaît que quelques minutes, tout en ouvrant la porte à un éventuel troisième épisode. Entre les personnages d’une classe folle et ceux super bizarres, on a encore droit à une belle galerie qui met en avant toute une génération d’acteurs.

Mais c’est un détail… le seul élément qui chagrine un peu, en même temps qu’il passionne, c’est cette volonté de faire un film d’action très sérieux avec quelques éléments fantasques… ça a de quoi déstabiliser les amateurs comme les détracteurs du premier. Mais même si on est encore loin d’un film parfait, il faut avouer que si on accroche au style, quand même moins tape-à-l’oeil que le premier, et très vidéoludique dans sa dernière partie, on prend encore une fois un pied monstrueux devant ce film!

La mise en scène de Miike et la photo plus réalistes, des mouvements de foule gigantesque, de l’action bien généreuse et une BO encore au poil… Crows Zero II s’impose parmi ce qui se fait de mieux aujourd’hui en terme de divertissement d’action, et c’est seulement à ça qu’il prétend. Un peu long à démarrer mais ensuite très efficace, c’est bien le digne successeur du premier Crows Zero, la grande classe!